Sud Lipez – Partie 2 : Laguna Colorada à San Pedro de Atacama

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J148 – Jeudi 26 Novembre
25km ; D+ : 280m ; D- : 260m

Un coup d’épée dans l’eau (oui, vu le dénivelé positif affiché, vous vous doutez bien que je ne suis pas monté au col aujourd’hui).

Ce matin, je pars avec André. La route est assez moyenne, il y a du sable et du ripio, maison avance pas mal. J’ai confiance en la soudure de Carlos et m’en donne à cœur joie. Sans doute un peu trop. Après quasiment 20km, la soudure de Carlos lâche. C’est mal barré pour monter aux geysers.

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Après avoir longé la lagune pendant une bonne partie de la matinée, nous nous en éloignons pour entamer l’ascension, et c’est au pied de la côte que la pédale casse. Il est 11h30, nous prenons donc le temps de manger pour réfléchir à la situation.

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André me propose une réparation avec une toute petite visse qui ne devrait pas faire long feu. Pour ma part, je ne vois qu’une seule solution : il n’y aura pas de réparation possible plus loin et il reste environ 100km avant de retrouver l’asphalte et ensuite 40km avant d’arriver à San Pedro de Atacama. Je ne peux donc pas continuer ainsi et dois faire demi-tour et retourner voir Carlos. C’est la 1ère fois en 5 mois que je fais machine arrière mais je crois qu’il n’y a pas d’autre solution.

Je commence donc à faire du stop, au beau milieu de nulle part, mais en sachant très bien que les 4×4 de touristes sont nombreux. Par chance, 2 jeeps passent à ce moment-là. Les chauffeurs se mettent d’accord : l’un embarque le vélo et l’autre le cycliste, c’est-à-dire moi. Assez rapidement, je me rends bien compte que nous ne sommes pas sur la bonne route. Il s’avère qu’il y a plusieurs refuges au bord de la Laguna Colorada et je ne finis pas dans celui souhaité. Ici, pas de Carlos, mais juste un réparateur de roues. Avec un peu de chance, il pourra quand même me dépanner … ah bah non, aujourd’hui, il n’est pas là. Me voici donc coincé ici, sans possibilité de réparation et à 10km du « bon » refuge.

Je retourne voir les 2 chauffeurs, mais ils ne vont pas au refuge suivant, mais à un mirador pour avoir un joli point de vue sur la Lagune et ils ne semblent pas trop vouloir m’aider. Je fais donc mon peuchère et comme les touristes coréens qui sont dans l’un des 4×4 ont envie de m’aider, le chauffeur me laisse monter dans le 4×4 et m’amène à mi-chemin. Il ne me reste plus que 5km à marcher en poussant le vélo.

Je retourne voir Carlos pour lui demander de l’aide, une 2nde fois. Il est bien embêté que sa soudure ait lâchée et nous décidons qu’il est inutile d’en tenter une nouvelle. L’idée est alors de remplacer la pédale par un gros boulon. Ça sera moins confortable, mais beaucoup plus solide. Il nous faudra un bon moment pour trouver la bonne combinaison, mais je crois que cette fois, c’est du solide : le boulon fait un bon centimètre de diamètre !

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Dans tout ça, il est déjà 16h30 et j’aimerais bien retrouver un 4×4 pour me déposer au pied de la côte où la pédale à casser. J’attends plus d’1h, discute avec plusieurs chauffeurs et pas mal de touristes aussi. Tout le monde est sympa, mais tous les 4×4 sont pleins et personne ne peut m’emmener. Je vais donc passer une nouvelle nuit au refuge de la Laguna Colorada, retour à la case départ. Avec un peu de chance, je trouverais un 4×4 demain matin, et sinon, je referais ce petit bout de route.

Au refuge, je rencontre un autre cycliste, un espagnol nommé Raymond. On discute pas mal, Raymond est très sympa. A priori, il ne reprendra pas la route demain matin car il est fatigué et va se poser une journée ici. Je vais donc reprendre la route seul, en espérant que cette fois, ça soit la bonne. Dans le cas contraire, je crois que je n’aurais pas d’autre solution que de finir en 4×4.

 

 

J129 – Vendredi 27 Novembre
35km ; D+ : 625m ; D- : 315m

Aujourd’hui, journée marathon.

Je pars plus tôt qu’hier et tente de nouvelles pistes, plus directes qu’hier, en espérant des pistes en meilleur état. Raté ! Je mettrais 30min de plus pour parcourir 5km de moins. Faut dire aussi que sans André, je prends un peu plus mon temps.

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Je déjeune au même endroit qu’hier, puis c’est le moment d’attaquer l’ascension. 20km de piste pour passer de 4300m à 4900m d’altitude avec quelques petits cols entre les 2. Les 100 premiers mètres de dénivelé positif se passent plutôt bien : la piste est correcte et la pente abordable. Ensuite, vient le sable, puis un petit km de pente à 10 ou 12%, puis la caillasse. Il me faudra quasiment 3h pour parcourir les 6 premiers kilomètres, mais j’arrive déjà à plus de 4700m.

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Après ce col à 4722m, une petite descente en ripio me mène droit dans un grand bac à sable. Le problème avec tout ça, c’est qu’il me reste encore 14km avant d’arriver aux geysers et qu’il est déjà 16h. Dans 2h, le soleil va commencer à baisser et le froid va s’installer petit à petit.

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Je n’ai pas d’autre choix que de continuer et d’accélérer la cadence. Je force donc, ça secoue pas mal sur ces pistes assez chaotiques, j’ai mal aux jambes et m’arrête régulièrement pour reprendre mon souffle. Je dépasse les 4807m, altitude du Mont Blanc, mais si je suis plus haut que le sommet de l’Europe, ici, il me reste encore du chemin à faire.

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Le soleil baisse, la température avec. Je suis fatigué et j’en ai plein les jambes. Je tente de rouler au maximum dans la caillasse et les plaques rocheuses pour éviter les ripios qui font mal aux fesses et le sable qui oblige à pousser.

J’arrive finalement aux geysers vers 18h30, après avoir passé un col à 4904m. Il fait un froid de canard et je mets un peu de temps à trouver un endroit pour camper car il y a beaucoup de vent, mais j’y suis arrivé 🙂

Je plante la tente à plus de 4850m, ça va cailler cette nuit. Avec cette altitude, il me faudra 30min pour faire cuire des pâtes, mais je profite d’un beau ciel étoilé pendant la cuisson (dommage qu’il fasse 3 degrés !) et surtout d’un levé de Lune, assez incroyable. Au début, je voyais une lueur au loin sans trop savoir ce que c’était. J’ai d’abord pensé à un incendie, mais dans cette région, il n’y a pas de végétation, et puis ensuite, j’ai cru à un levé de soleil, à cette heure, c’était quand même assez improbable, mais j’ai quand même vérifié l’heure 2 fois pour m’en assurer, et puis finalement, au fur et à mesure, je vois la Lune s’élever dans le ciel …

 

 

J130 – Samedi 28 Novembre
36km ; D+ : 480m ; D- : 820m

Après la dure journée d’hier, je mets le réveil plus tard ce matin, d’autant plus que cette journée s’annonce plus cool. Réveil à 7h ! (c’est la fête !). Les touristes, eux, sont bien matinaux et certains viennent assister au lever de soleil avec vue sur les geysers. Il parait que c’est plus impressionnant. De mon côté, je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit car en plus de me coucher relativement tard, le vent m’a réveiller de nombreuses fois.

Hier avant de quitter le refuge de la Laguna Colorada, j’avais quémandé un peu de bouffes et je suis reparti avec 2 bananes et même du pain. J’en fais donc un petit festin au petit déjeuner … en plus de mon petit déjeuner habituel. Il me faut donc un certain temps pour ingurgiter tout cela.

A 9h, je suis sur le pied de guerre. Mais avant de partir, je vais quand même aller voir ces fameux geysers. Ça fume, ça crache, ça bouillonne et ça sent le soufre. C’est chouette, par contre, je pensais voir les geysers cracher de grandes gerbes d’eau à 10m de hauteur et en fait, pas du tout. Du coup, ici, tu peux marcher au milieu des geysers.

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Le vent se lève alors que je ne suis pas encore parti. Précoce ce matin ! Je repasse un col à 4900m et ensuite c’est la descente. La piste est plutôt bonne, le paysage est beau et en plus, fait exceptionnel, j’ai le vent dans le dos. Ça avance beaucoup plus facilement et je me rends compte à quel point le vent peut être un réel atout.

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J’arrive à la Laguna Chalviri, c’est vraiment superbe, mieux que la Laguna Colorada pourtant bien plus côté. Et en plus, ici il y a des bains thermaux. Comme c’est l’heure de déjeuner, c’est plein de touristes. Je décide donc de manger à l’œil, comme au refuge de la Laguna Colorada. Pour l’instant, il n’y a que de la soupe de quinoa. Pensant que c’est l’entrée, je vais me baigner le temps que les touristes finissent de manger. Je reviens un peu plus tard, toujours que de la soupe de quinoa. Je ne vais pas faire le difficile, en plus ça change de la purée lyophilisée et des pâtes.

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Les touristes partent petit à petit. Je rentre en cuisine pour rendre mon assiette, remercier et voir s’il n’y a pas quelques restes en plus. La réponse est non. Par contre, la soupe coute 9 bolivianos et la poubelle déborde de bouffe. Bravo !

Avec tout ça, il est tout de même plus de 14h quand je pars. Le vent continu est toujours bien présent, il a même bien forci. Ça souffle comme jamais, à peu près autant qu’à la Laguna Honda il y a quelques jours. Ce matin, le vent me poussait à 15km/h sans pédaler, maintenant je force pour atteindre péniblement les 7 ou 8 km/h, sans parler des rafales. C’est dommage parce que la piste est toujours bonne et sans le vent j’aurais pu attendre le col suivant. Je m’arrête finalement 7km avant, après avoir longé le Désert de Dali. Pour info, Salvador n’est jamais passé par ici, mais le désert porte son nom car les empilements de pierres ont été jugés surréalistes.

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Au moment de chercher un coin pour camper, il y a toujours autant de vent et pas le moindre abri. Je fini tout de même par trouver ce qui ressemble à une carrière de terre. C’est plus bas que le niveau du sol, c’est désert, ça devrait faire l’affaire, même si c’est loin d’être parfait. En plus, il est plus tôt que d’habitude, je vais pouvoir faire une bonne nuit après celle d’hier qui fut assez courte.

Le programme de demain est de monter les 7km restant avant le col, puis de redescendre vers la Laguna Blanca et la Laguna Verde pour une dernière nuit dans le désert, avant de rejoindre San Pedro de Atacama.

 

 

J131 – Dimanche 29 Novembre
90km ; D+ : 715m ; D- : 2750m

C’est assez marrant : hier encore, je me disais qu’entre l’état de la piste et mes problèmes mécaniques, j’avais encore un sacré moral alors que c’est une zone difficile tant physiquement que psychologiquement. Il suffisait de se dire ça pour faire pencher la balance du mauvais côté.

Nuit d’enfer, il a venté toute la nuit et comme le vent est un petit malin, il a eu l’idée de tourner. Habituellement d’Ouest, il a soufflé d’Est quasiment toute la nuit. Autant dire que la tente n’était pas bien protégée et que la nuit a été courte, plus qu’hier. C’est donc encore fatigué (par le vent et sans doute aussi par ces quasiment 3 semaines de pistes) que je me lève.

Aujourd’hui, l’objectif est d’aller au refuge de la Laguna Verde et d’y passer la nuit avant de tenter l’ascension du Licancabur demain matin. Mais un bolivien qui bosse dans la carrière de sable m’informe qu’il est normalement obligatoire de monter avec un guide, mais que j’en trouverais un au refuge. On verra bien. En attendant, je pars pour l’ascension de ce qui devrait être mon dernier col dans ce désert. La montée se passe plutôt bien, la piste est relativement correcte, sauf que comme hier, le vent est bien trop matinal et commence à souffler dès 9h30.

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Je fais quelques photos en haut, puis il est temps de redescendre, l’état de la piste se dégrade, il y a de gros bancs de sable, mais ça passe. Le vent souffle toujours assez fort et comme la piste est quand même meilleure que ces derniers jours (en dehors des bancs de sable) les 4×4 de touristes roulent assez rapidement, soulevant des nuages de poussières et de sable sur leur passage. Ça fait donc 2 jours que je mange pas mal de sable tout au long de la journée.

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Tout au loin, je commence à apercevoir la Laguna Blanca, mais c’est encore un peu loin et le vent n’aide pas vraiment. Un vent puissant comme hier : Un vent qui t’empêche d’avancer, qui t’empêche de dormir, qui t’empêche de vivre. Je fini par arriver au bord de la Laguna Blanca. Il serait temps de manger, mais je me dis que ça sera plus sympa avec la vue sur le Licancabur et la Laguna Verde.

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Je poursuis donc ma route à travers le vent et les pistes sableuses et c’est en début d’après-midi que j’atteins enfin la Laguna Verde. Si cette lagune est verte, ce n’est pas en raison des algues comme pour la Laguna Colorada, mais en raison de la présence de cuivre dans l’eau. Ça aurait pourtant été marrant d’avoir aussi des flamands verts ^^

Comme depuis ce matin, il y a toujours autant de vent, tellement qu’il y a des vagues à la surface de la Laguna Verde, qui n’est donc pas super verte. Mais avec le Licancabur en toile de fond, c’est quand même joli. Par contre, pas moyen de manger ici avec un tel vent. Je poursuis donc ma route vers le refuge de la Laguna.

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La piste me semble bien longue et je peine de plus en plus, en fait, je crois que je suis épuisé. J’arrive au refuge vers 15h. L’idée, au refuge, est de demander le prix du guide pour monter au Licancabur et au passage d’essayer de gratter un peu de bouffe. La gérante est assez désagréable et tout sauf coopérative. Elle tente de me faire croire qu’elle ne connait pas le prix du guide alors que celui-ci vient plusieurs fois par semaine pour emmener ses clients au sommet du volcan : L’idée sous-jacente est bien entendu de me faire attendre le retour du guide actuellement sur le volcan pour qu’après je n’ai plus le temps de continuer et sois obligé de rester une nuit dans son refuge. Comme je commence à être excédé par ces boliviens des zones touristiques qui n’en ont qu’après ton argent au motif que le pays est pauvre alors qu’eux son pété de blé. D’autant plus que les boliviens réellement pauvres sont vraiment adorables. Fatigue aidant, je pense que je n’ai pas été super sympa et suis donc reparti. Tant pis pour le Licancabur, je poursuis ma route. Je prends quand même minutes pour manger et prends ensuite la direction du poste frontière.

La piste est toujours mauvaise et me semble durer une éternité, j’y arriver vers 17h. Le douanier est plutôt sympa et ma sortie de Bolivie se passe sans encombre. Côté chilien, la route n’est pas meilleure, sauf qu’en plus, il y a plus de dénivelé.

Je retrouve enfin l’asphalte à 19h, après une journée à rallonge. C’est un peu la délivrance après ces quasi 10 jours de pistes. Il me reste désormais une quarantaine de kilomètres pour arriver à San Pedro de Atacama, quasiment que de la descente 🙂 Il me faudra 2h de plus pour arriver en bas. Ça roule tout seul, ça tombe bien, je n’aurais pas pu aller beaucoup plus loin s’il avait fallu pédaler. Je profite même d’un super coucher de soleil sur les montagnes et finis de nuit.

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J’avais rajouté pas mal de couches de vêtements car là-haut il commencer à faire bien froid, mais au fur et à mesure de ma descente, et malgré la tombé de la nuit, l’atmosphère est de plus en plus chaud.

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J’arrive à San Pedro de Atacama vers 21h. Mais ici, il est 22h car il y a 1h de décalage horaire avec la Bolivie. Du coup le poste d’immigration est vide et je suis obligé d’aller frapper chez eux pour les faire retourner au bureau. A cette heure, autant dire qu’ils ne sont pas trop exigeant et j’obtiens rapidement le tampon sur le portefeuille et mes bagages ne seront pas fouillés. Il me faudra encore 1h pour trouver l’auberge que l’on m’avait recommandée et y retrouve André, à qui j’avais transmis l’adresse.

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