Région des Lacs : De Villarrica à Villa la Angostura

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J175 – Lundi 11 Janvier
28km ; D+ : 295m ; D- : 295m

Après une nuit de bus, j’arrive à Villarrica vers 9h. J’y retrouve Fabien et Kristell qui avait pris un car un peu plus tôt que moi, puis nous faisons route ensemble jusqu’à Pucon : Je crois que nous allons rouler ensemble pendant un petit bout de chemin. Vous pouvez retrouver leurs aventures sur leur blog : http://lesbreizhiliensavelo.com/ (avec un nom comme ça, vous vous doutez bien qu’ils sont bretons ^^).

La route longe le lac Villarrica et est relativement tranquille, en dehors de la circulation. Malheureusement pour nous, il y a pas mal de nuages et nous ne pouvons pas voir le sommet du Volcan Villarrica. Du haut de ses 2847m, le volcan Villarrica est l’un des volcans les plus actifs du Chili. C’est également l’un des plus dangereux, puisque c’est un stratovolcan (comme le Vésuve en Italie, qui a englouti la ville de Pompéi). Il est en éruption depuis décembre 2014.

Avec tous mes allers-retours entre l’appartement de Pedro et le centre-ville de Santiago, j’ai tout de même parcouru plus de 300km dans la semaine et je passe ainsi la barre des 4500km.

Mon arrivée à Villarrica marque sans doute mon entrée dans cette grande région géographique qu’est la Patagonie, mais au Nord, le climat est encore clément.

Villarrica et Pucon sont en territoire Mapuche, comme toute la région des Lacs. Les Mapuches sont l’un des peuples autochtones qui vivent en Patagonie depuis de nombreux siècles. Ils sont aujourd’hui 800 000 et vivent au ¾ au Chili, le ¼ restant étant en Argentine. Ils sont les seuls à avoir résistés à l’invasion des incas puis à celle des espagnols. Ils ont cependant été soumis après l’indépendance du Chili par une série de campagnes militaires car le gouvernement chilien craignait que les Mapuches demandent leur indépendance. Au passage, ils en ont profité pour leur voler leurs terres ancestrales.

Nous profitons de l’après-midi pour nous promener un peu dans Pucon, passer à la plage et gouter au célèbre cocktail chilien : le Terremoto (tremblement de terre en espagnol). Le Terremoto est composé de beaucoup de pipeño (c’est un alcool de raisin), un peu de pisco, un trait de grenadine et du sorbet d’ananas. Il y a aussi le petit frère, le Replica, mais comme on était qu’en début d’après-midi, on a préféré évité d’être saoul à 14h. Ça sera pour une prochaine fois.

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Au camping, nous retrouvons Pavlo, que j’avais rencontré hier au terminal de bus.

 

 

J176 – Mardi 12 Janvier

On n’avait pour projet d’aller faire l’ascension du volcan Villarrica, mais les conditions d’accès sont bien plus contraignantes que nous l’espérions. Il est obligatoire de louer les services d’un guide pour monter et le seul moyen de s’en passer est de prouver que nous sommes aptes à monter en autonomie, via une adhésion au Club Alpin Français par exemple. Bref, pour nous, c’est guide obligatoire et celui-ci coute un bras. Les projets changent donc et nous prenons un bus pour aller randonner dans le Parc National Huanquehue. Les nuages étant bien bas aujourd’hui, nous optons pour le chemin des lacs, plutôt que pour celui qui nous amènerait à un point de vue sur les montagnes et volcans voisins, où nous ne verrions a priori pas grand-chose.

Le chemin grimpe pas mal, mais nous permet de mieux découvrir la végétation de cette région. Nous sommes en pleine forêt et des panneaux demandent de ne pas déclencher de feux de forêt car il s’agit d’une forêt primaire.

Au Chili, la région administrative de Pucon s’appelle l’Araucani, du nom d’un conifère local, que nous avons l’occasion d’observer au cours de notre petite randonnée. Visuellement parlant l’Araucani est un arbre un peu singulier, comme vous pourrez le constater sur les photos. D’autre part, une fois arrivé à sa taille adulte, l’Araucani perd ses branches les plus basses au fur et à mesure des années. Il est donc aisé de reconnaitre les plus vieux des plus jeunes.

Le chemin de randonnée nous permet de passer à côté de plusieurs cascades et lacs d’altitude qui trouvent leur origine dans la fonte d’un glacier il y a fort longtemps. Dans l’un des lacs, un truc dépasse de l’eau. On pourrait croire à la colonne vertébrale d’un dinosaure ou d’un autre gros animal, mais en fait, il s’agit juste d’un tronc d’arbre !

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Le beau temps n’aura pas franchement été de la partie, mais nous repartons tout de même bien content de cette petite marche dans la nature patagonienne.

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J177 – Mercredi 13 Janvier
62km ; D+ : 690m ; D- : 190m

Ce matin, nous n’avons pas entendu le réveil et ne prenons réellement le départ que vers 10h30. Nous profitons d’un super temps et d’un ciel bien dégagé pour voir pour la 1ère fois en 3 jours le sommet du Villarrica. Le Villarrica est actuellement en activité et quelques fumées s’échappe de son cratère. Il est d’ailleurs assez amusant d’observer les seuils d’alerte en cas d’éruption. La Ville de Pucon a visiblement l’habitude de vivre à côté d’un volcan en activité et les grondements, petites secousses et fumées ne déclenchent que l’alerte verte.

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Les 37km nous séparant de Carrarrehue sont assez faciles et nous y arrivons vers 13h pour déjeuner et faire quelques courses pour les jours à venir. Ensuite, ça grimpe. Nous remontons le cours d’une rivière, au milieu des montagnes et des forêts. Les paysages sont très beaux et nous jouissons également d’une superbe vue sur le volcan Lanin.

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Le Lanin mesure 3747m de hauteur, et comme le Villarrica, c’est un stratovolcan. Celui-ci est cependant endormi depuis 1500 ans. A noter que son cratère principal mesure tout de même 1km de diamètre !

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Nous arrivons à Puesco, à 17km de la frontière, un peu avant 18h et la personne de l’office de tourisme nous indique un super coin pour camper. Il y a même des tables de camping et un évier avec de l’eau.

 

 

J178 – Jeudi 14 Janvier
64km ; D+ : 660m ; D- : 645m

Comme d’habitude, on se lève un peu tard. Fabien et Kristell sont plus rapides que moi pour ranger tout leur matériel puisqu’ils sont 2. Ils partent donc avant moi en se disant que je vais les rattraper rapidement. C’était sans compter sur la route : une montée bien raide de 4km à 10% en moyenne. Bref, je ne suis pas très rapide et il me faudra un certain temps pour les rejoindre.

Notre route sinue toujours au milieu de la forêt primaire, des montagnes, des lacs et rivières. Les araucanis sont toujours là et le volcan Lanin aussi. En plus, le col étant interdit aux camions, il y a relativement peu de circulation.

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Depuis hier, les taons ont fait leur apparition et se montrent relativement coriaces. Fabien et moi décidons donc de riposter et nous partons en chasse. Les quelques taons qui s’approchent en feront les frais.

Nous finissons par arriver au poste de douane. Le passage sera un peu long car il y a pas mal de monde dans la queue, mais une fois de plus, je passe sans la moindre fouille. Ça tombe bien, il nous restait des fruits et légumes. Sitôt la frontière passée, comme au Paso Sico, nous quittons la belle route chilienne pour la piste argentine. Bienvenu ! Ces quelques kilomètres de piste sont assez sableux, mais on a connu pire en Bolivie.

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La « vraie » route fait ensuite son apparition et les kilomètres défilent. Après quasiment 65km de route, nous nous arrêtons à l’intersection avec la célèbre route 40 et campons dans un joli spot, avec une rivière, des arbres et des pécheurs. Prochaine destination demain matin, Junin de los Andes, à 20km.

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J179 – Vendredi 15 Janvier
71km ; D+ : 600m ; D- : 480m

Aujourd’hui, nous avons passé notre temps à enchainer les petites montées et les petites descentes. Les 20km nous séparant de Junin de los Andes passent assez rapidement et nous y arrivons vers 11h. Ensuite, le vent se lève et sur un très long faux plat montant.

Un type en VTT nous double en faisant un peu son crâneur. Pas d’hésitation, Fabien et moi le prenons en chasse et il ne nous faudra pas longtemps pour le redoubler, le distancer et l’attendre en haut de la côte en mangeant des biscuits avec un grand sourire 🙂

Dans la Région des Lacs, la plupart des petites villes ont une architecture qui n’est pas sans rappeler les stations de ski alpines. St Martin de los Andes n’y échappe pas. Nous passons devant le lac Lacar, il y même une plage et de nombreux baigneurs. La route monte en longeant le lac et nous offre un très beau panorama de montagnes plongeant dans le lac.

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Nous continuons à monter et atteignons une zone forestière, puis des fermes de gauchos. Rien à voir avec les gauchos français. Les gauchos sont ces cavaliers argentins, le plus souvent coiffés d’un grand béret ou d’un chapeau de cow-boy qui s’occupent des élevages de chevaux et que nous croisons assez régulièrement sur notre route.

Au détour d’un virage de cette longue montée, nous trouvons un joli petit spot de camping et nous installons pour la nuit.

 

 

J180 – Samedi 16 Janvier
59km ; D+ : 880m ; D- : 830m

Aujourd’hui, ce fut un peu difficile. Encore de longues successions de montées et de descentes, pas très longues, mais très pentues. On en avait vraiment plein les jambes en s’arrêtant ce soir. Niveau météo, c’était pas la joie non plus : pas mal de nuages, un peu de vent, des températures pas bien chaudes et même quelques gouttes de pluies en montant la tente.

Par contre, les paysages … ! Typique de l’image que je pouvais me faire de cette région de la Patagonie : de petites montagnes, beaucoup d’arbres, des lacs, et parfois même un peu de neige sur les sommets. Des jauges en bordures de route nous rappellent régulièrement que nous sommes ici à a bonne saison et que dans quelques mois, tout sera recouvert d’1 ou 2m de neige.

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Et puis, nous avons croisé une bonne vingtaine de cyclistes (alors qu’entre mon départ de Quito et mon arrivée à Cusco, j’ai dû en croiser moins de 5 !).Pour la plupart, c’était des argentins partants pour le week-end ou la semaine, mais nous avons aussi vu quelques cyclovoyageurs internationaux, notamment un cycliste Tchèque qui roulait en vélo pliable ! Et je ne vous parle pas des 2 jeunes argentins qui voyageaient en long board, avec les sacs de randonnée sur la planche !

 

 

J181 – Dimanche 17 Janvier
48km ; D+ : 640m ; D- : 800m

Ce matin, ça caille sévère et avec la forte rosée, les tentes sont toutes trempées. Il reste un petit 40km pour arriver à Villa la Angostura. C’est globalement descendant, mais nous passons notre temps à faire des petits up and down, comme hier et ça casse un peu les jambes. Heureusement, il fait plus beau qu’hier et le soleil nous réchauffera rapidement.

La route est superbe. Nous serpentons entre les lacs, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette région s’appelle la Région des 7 Lacs. Un peu après midi, nous arrivons à une intersection : à droite la route pour la frontière chilienne, à gauche la route pour Villa la Angostura et San Carlos de Bariloche. Mes plans ont changés ces derniers jours. Initialement, je voulais aller jusqu’à San Carlos de Bariloche et traverser le Nahuel Huapi jusqu’à Puerto Montt. Au programme : de la piste, mais surtout 3 lacs à traverser. 1 seule compagnie propose la traversée et comme dans tout monopole, c’est le client qui casque. A 100€ le tour de bateau, ça sera sans moi, même s’il parait que c’est vraiment superbe. Je vais donc passer la frontière un peu plus au Nord. Pour en revenir à notre intersection, nous aurions dû bifurquer vers le Chili, mais nous sommes un peu juste en nourriture, nous faisons donc un crochet d’une vingtaine de kilomètres pour nous ravitailler à Villa la Angostura et profiter de l’électricité et du wifi et la station-service.

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Nous rebroussons ensuite chemin et campons à proximité de l’intersection. Il ne nous reste plus qu’une trentaine de kilomètres pour atteindre la frontière chilienne.

Ici, ce sont les vacances d’été et dans cette région très touristique, tous les prix sont exorbitants (sans parler de l’inflation engendrée par l’élection du nouveau président). Nous cherchons donc des spots de camping sauvage tous les jours et pour le moment, nous sommes plutôt chanceux.

2 Responses

  1. En fait, l’arbre c’est l’Araucaria . On peut le voir planté en Bretagne dans les jardin, c’est très fréquent.
    Il produit des gros pignons comestible, une base alimentaire pour les Mapuche. Le tronc sert à fabriquer des mâts de bateau là bas.
    J’en ai planté une bonne vingtaine ici 🙂

  2. En tout cas, c’est son nom latin et son nom français. On l’appelle aussi désespoir des singes …

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