Randonnée dans le Parc Torres del Paine

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J236 – Dimanche 13 Mars

Le bus part à 7h30, le réveil sonne donc à 5h, sous la pluie et avec pas mal de vent ! La rando s’annonce bien …

A 6h30, alors que j’étais jusqu’ici tout seul dans la salle commune de l’auberge, je croise Elmar. Elmar est un israélien, qui ne parle pas espagnol et très peu anglais et il s’interroge à 6h30 sur comment il va faire pour appeler un taxi pour aller au terminal de bus. Il trouve d’ailleurs scandaleux qu’à cette heure-ci, il n’y ait personne de l’auberge pour le renseigner. Comme c’est un peu un assisté, je lui explique qu’en général, à 6h30, les gens dorment et que comme il part pour randonner plusieurs jours, il peut peut-être marcher 30 minutes de plus pour aller jusqu’au terminal de bus. N’ayant pas d’autre solution, il finit donc par me suivre à pied.

Le bus est plutôt confortable et j’y termine ma nuit. Les nuages se lèvent petit à petit et les fameuses Torres finissent par apparaitre. Après 2h de bus, nous arrivons à l’entrée du Parc. Avec plus de 900 visiteurs par jours au plus fort de la saison, l’organisation est rodée. Il faut commencer par signer le règlement intérieur, payer l’entrée, récupérer la carte, puis visionner un petit film où on te rappelle le règlement intérieur (l’idée générale étant de te dire que si tu es responsable d’un incendie, tu finiras ta vie en prison après avoir endetté ta descendance). Ils sont assez stricts sur tout ce qui est incendie parcequ’il y a déjà eu plusieurs incendies dans le parc, le dernier en date étant un type qui a soulagé un gros besoin naturel en dehors des WC que l’on trouve 2 à 3 fois par jours, mais qui a surtout eu la brillante idée de bruler son PQ pour ne pas laisser de trace ! Un coup de vent plus tard, son PQ enflammé a foutu le feu dans le Parc National, classé Patrimoine Mondial de l’Unesco. L’incendie a duré plus de 2 mois, nécessité plusieurs centaines de pompiers et ravagé quasiment 18 000 hectares. Bref, les chiliens sont un peu sensibles sur la question des incendies. En conséquence de quoi, officiellement, le réchaud à essence est interdit. Pas de chance, je n’ai que ça. Je décide donc de frauder le règlement et on verra bien en route.

Niveau circuits, il y en globalement 3 :
– Le plus court, consiste en une bonne journée de marche pour monter directement au Mirador Torres pour voir les célèbres Torres del Paine, puis redescendre.
– Le circuit intermédiaire, plus couramment appelé W car le sentier forme un W sur la carte, permet de monter au Mirador Torres le 1er jour, puis de parcourir la Valle del Francès et enfin d’aller voir la fin de course du glacier Grey avant de prendre un bateau pour revenir prendre le bus du retour. Pour randonner tout le W, prévoir environ 4 ou 5 jours.
– Le circuit complet, le plus long, couramment appeler le O car le sentier forme plus ou moins un O sur la carte, faisant tout le tour du massif. Le O nécessite généralement 9 jours de marche en y allant tranquillou. Pour diluer un peu les nombreux randonneurs sur l’ensemble du Parc, les marcheurs du W l’effectuent à l’envers (par rapport au sens d’écriture de la lettre W) et partent donc à gauche à l’entrée du parc, tandis que les marcheurs du O commence par la partie non randonnée par les marcheurs du W (et partent donc à droite) puis récupèrent le W pour le marcher à l’endroit (je crois que mon explication n’est pas très claire)

On nous parle aussi du Puma, seul prédateur présent dans le Parc. Le Puma mesure un bon 1m80, il a une ouïe et une vision surdéveloppées, il est plein de poils et t’attaque par derrière si tu le croise de nuit. En fait, c’est un très gros chat.

La météo indique des vents de 70 à 90km/h pour les 4 prochains jours, mais ici tout le monde semble trouver ça normal !

Ici, il c’est vraiment rempli de touristes, l’espagnol est donc une langue secondaire. Le début de la rando se fait sur route, avant théoriquement de bifurquer sur un sentier pour aller directement au camping, mais manque de chance, nous sommes un certain nombre à ne pas voir le sentier et à faire un détour de 5km.

En cours de route, je bénéficie d’un ciel bien dégagé pour observer les célèbres Torres del Paine, dont les sommets culminent entre 2600m et 3050m d’altitude. Comme c’est pas tous les jours qu’on peut les observer sans nuage, c’est le moment d’en profiter. Pas sûr d’avoir autant de chance lorsque je monterais au pied de ces tours rocheuses lors de mon dernier jour de randonnée.

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Dans la 1ère vraie mini-monté, je croise un américain au sac beaucoup trop lourd et qui se plaint de tout. Il est parti avec du matériel d’expédition bien trop lourd pour ce type de randonnée, beaucoup de fringues et de la bouffe pas du tout optimisée. En fait ce mec est le cliché du touriste qui vient se faire une rando de 10 jours sans la moindre préparation et du matériel inadapté pour dire qu’il est parti avec le meilleur matériel et qu’il a fait une rando du Lonely Planet.

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Bref, je finis par arriver au camping avec une petit 17km de marche. Comme c’est le 1er camping, le gérant a mis une balance à sac à disposition pour savoir combien on porte. Verdict : 17kg, C’est un peu trop lourd, mais ce qui n’est finalement pas si mal si l’on considère que je porte 2L d’eau, une tente de 3kg, un réchaud qui doit friser le kg, idem pour mon sac et mon duvet, auxquels s’ajoutent quelques fringues, quelques bricoles et 7 jours de nourriture (oui, comme c’était un peu compliqué de faire rentrer 9 jours de nourriture dans mon sac, j’ai décidé d’être performant)

 

 

J237 – Lundi 14 Mars

Ce matin, je repars vers 9h30, la plupart des randonneurs semblent encore moins matinaux que moi et ne sont toujours pas parti. Il faut dire que si tu marches 9 jours, les étapes sont assez courtes et se marchent en ½ journée, donc il n’est pas nécessaire de se lever de très bonne heure, surtout que tu n’es pas accablé par la chaleur l’après-midi.

Je marche tranquillement et profite d’une jolie lumière sur les montagnes et les lagunes environnantes.

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Puis vient une petite ascension. 200m plus haut, je comprends pourquoi il y a un petit symbole de vent sur la carte : le vent s’est levé et les conditions sont ici dantesques ! Le vent est tellement fort que j’ai du mal à avancer. Heureusement il est de face, ce qui permet d’assurer à peu près la trajectoire. Malgré le vent, je m’assoie quelques minutes pour profiter de la vue sur le Lac Paine.

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En redescendant, le vent se calme petit à petit. J’arrive au poste des rangers après environ 3h de marche (ici les garde-forestiers sont des Rangers ! Comme Walker, alors ça rigole pas).

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Je repars après avoir signé le registre de passage. L’après-midi sera beaucoup plus calme, avec peu de vent et peu de dénivelé. Etrangement, la carte prévoit 6h de marche pour parcourir ces 10km sans difficulté. Ici la végétation est composée d’herbes hautes, de petits buissons épineux et de quelques arbres épars et j’arrive au camping après 18km de randonnée.

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J238 – Mardi 15 Mars

Ce matin encore, je prends le départ vers 9h30 et ce matin encore, je suis parmi les 1ers. Le sentier en montée, dans la forêt, jusqu’au refuge de Los Perros n’est pas particulièrement passionnant. J’arrive alors à la Laguna de Los Perros dans laquelle un glacier vient mourir. La Laguna porte ce nom car une dizaine de chiens (perros en espagnol) s’y seraient noyés ! Après ces 10km de montée, j’arrive au refuge pour le déjeuner. Aujourd’hui, je double l’étape et souhaite continuer jusqu’au refuge suivant. Le ranger hésite, mais fini par me donner l’autorisation de continuer.

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Direction le Paso John Gardner. 3h de montée dans la boue d’abord, puis dans la caillasse et le vent pour arriver à 1200m d’altitude, point culminant de la randonnée.

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Au col, c’est la surprise, je découvre le Glacier Grey : une énorme langue de glace bleue qui semble infinie. C’est vraiment impressionnant et très beau.

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La redescente est assez raide dans la forêt et n’épargne pas mes pauvres genoux. Entre les arbres, je continu d’apercevoir le glacier et un peu plus de 2h plus tard, me voici au refuge, après 18km de marche, pour une bonne nuit de sommeil.

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J239 – Mercredi 16 Mars

Je reprends le sentier ce matin, toujours en longeant le glacier dans la forêt. Après quelques kilomètres, je fini même par le dépasser, puisque celui-ci achève sa course dans un lac. Sur le parcours, j’ai notamment droit à 2 passerelles suspendues d’une 50ène de mètres de longueur … avec 20m de vide en dessous. Autant dire que je ne suis pas fier en les traversant et que je ne m’attarde pas pour prendre des photos.

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Au fur et à mesure de mon avancée, je croise de plus en plus de marcheurs. Ce sont les randonneurs du W qui font un peu de rab pour se rapprocher du glacier. L’occasion pour moi de retrouver quelques français et belges et j’ai même croisé un singapourien et une malaisienne.

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Au pied de la Laguna de Los Patos (qu’on pourrait traduire en « mare aux canards » !), je quitte la forêt pour retrouver la végétation rase, les herbes hautes et les arbres épars. Quelque chose me dit qu’il y a souvent du vent par ici, mais aujourd’hui, je suis épargné.

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Vers 16h30 et après 18km de marche, j’arrive au camping, l’étape du jour est finie. Pour les randonneurs du W, c’est ici qu’ils prennent le très pompeusement appelé « catamaran » pour traverser le lac et retrouver le bus qui les ramènera à Puerto Natales. N’espérez pas naviguer sur un voilier, il s’agit juste, en réalité, d’une petite vedette.

Du camp, j’ai une vue imprenable sur les Cuernos del Paine. Cette montagne est constituée de 2 couches de roches différentes superposées, ce qui donne un résultat assez étonnant. Si j’ai tout compris, la partie clair, c’est du granit et les parties sombres, des sédiments.

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J240 – Jeudi 17 Mars

La nuit aura été marquée par le vent et la pluie et je replie la tente trempée. Après quelques kilomètres, je croise André qui est parti après moi sur le W. Nous profitons d’un semblant d’accalmie pour bavarder au milieu de chemin et reprenons chacun notre route. Il crachine un peu, tout est mouillé et le terrain est détrempé, mais rapidement le soleil revient.

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Je traverse une forêt d’arbres gris-blanc et sans écorce, vestiges du dernier incendie. Après 2h de marche, j’arrive au campement Italiano, à l’entrée de la Vallée du Français. Je plante la tente, mange un bout et repars. La suite de la journée s’effectuera sans sac, puisque j’attaque la branche centrale du W, c’est donc un aller/retour. L’idée est donc de remonter la vallée jusqu’au Mirador Britanico, et sans sac c’est bien plus facile.

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Après une petite heure, j’arrive au Mirador Francès, avec vue sur le glacier du même nom et la vallée du même nom également. Le ciel est bien couvert et la petite pluie fine a repris.

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Direction maintenant le Mirador Britanico. Il fait bien froid et en montant, la pluie devient neige. Comme je suis un peu bêbête, je continu l’ascension sous une bonne chute de neige. En haut bien évidemment on n’y voit rien !

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Y’a plus qu’à redescendre. La neige d’intensifie et tient au sol, mais pas pour longtemps. Je perds en altitude, la neige cesse et la pluie prend le relais. Avec tout ça, le sol est parfois glissant et il faut faire bien attention pour ne pas se vautrer dans la descente.

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A 17h30, je suis déjà de retour au camp, après 19km de marche. C’est donc l’occasion de se reposer car demain la journée sera longue et avec le sac cette fois-ci. Je m’endors au bruit du glacier et des avalanches 🙂

 

 

J241 – Vendredi 18 Mars

Beaucoup de pluie et de vent cette nuit, c’est donc armé de mon k-way que je reprends le chemin ce matin. Heureusement, la pluie s’arrête assez rapidement. En altitude, il a pas mal neigé et les cimes sont toutes blanches.

Les paysages du jour sont superbes, avec notamment la vue sur la vallée et sur le Lac Nordenskjöld.

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Après une petite pause vers 14h, je repars en direction du campement Torres que j’atteindrais en fin d’après-midi, après 25km de marche. Il reste une petite heure de marche pour atteindre le Mirador Torres, mais la fin de l’ascension sera pour demain.

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Le temps n’est pas très engageant et annonce une nouvelle nuit pluvieuse et venteuse. Espérons que les nuages se lèvent pour demain.

 

 

J242 – Samedi 19 Mars

Ici, les randonneurs matinaux plus discrets qu’au Fitz Roy, en tout cas je ne les ai pas entendus partir. Par contre, j’ai vu un renard dans le camp au petit matin en train de chercher de la bouffe.

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De mon côté, je suis prêt à partir vers 9h, je laisse mon sac au campement et entreprends la fin de l’ascension pour arriver au Lac avec vu sur les Torres. Il y a des nuages, j’ai bien fais de ne pas me lever, il n’y avait pas de spectacle ce matin. Après le coup du Fitz Roy, on me la fait plus, fini le réveil à 5h du mat’.

Une fois en haut, la vue est sympa, quoi qu’un peu gâchée par la présence de quelques nuages, mais ça reste très chouette quand même. La redescente au campement est rapide, je rempli les gourdes et c’est parti pour tout redescendre et retourner au point de départ.

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Descente festival avec tous les « quotidiens » (ceux qui font juste l’aller-retour dans la journée) qui montent équipés … pas franchement équipés en fait : chaussures de rando optionnelles, manteau de ville, jean, petite chemise à carreaux …

Dans la descente, certains randonneurs me double en courant malgré des sacs au moins aussi gros que le mien, sans que je comprenne vraiment pourquoi.

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Arrivé au 1er parking, je comprends : fini le petit sentier, pour rejoindre l’entrée du Parc, il y a une piste en ripio sur laquelle j’avais marché à l’aller. Et là, c’est l’heure de départ de la navette. Enfin bon, rien ne sert de courir, il faut partir à point et il se trouve que je suis parti à point. J’ai donc le choix entre prendre la navette moyennant une contribution bien trop importante pour la distance effectuée et prendre le bus pour arriver à Puerto Natales en milieu d’après-midi, ou marcher ces quelques kilomètres, rater le bus et attendre le suivant 3 ou 4 heures pour arriver à Puerto Natales en début de soirée. Vous l’avez compris, j’ai casqué.

A Puerto Natales, je retrouve André, ainsi que quelques autres cyclistes, qui partent randonner demain, nous profitons donc de cette soirée commune pour se faire un resto.

 

 

J243 – Dimanche 20 Mars

La journée n’est pas productive. Après ces 7 jours de randonnées et plus de 8 mois de vélo, j’ai besoin de repos. Je laisse donc André reprendre la route et reste ici une journée de plus. Au programme : pas grand chose ! Mais je suis tout de même aller voir le mur avec les peintures dédiées aux Tehuelches, le peuple premier qui vivait dans la région avant la colonisation espagnole.

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Je suis aussi passé à la sortie de la ville, photographier le Mylodon. D’ici, ça ressemble à un gros ours, mais en fait c’est plutôt un genre de paresseux géant (il pouvait tout de même atteindre les 3m de hauteur), qui s’appuyait sur sa queue pour atteindre les feuilles des arbres. Et si on trouve une représentation du Mylodon à la sortie de la ville alors que l’espèce s’est éteinte il y a près de 10 000 ans, c’est parcequ’à 25km de là, a été découvert en 1895 la Cueva del Milodón (ou grotte du Mylodon) : une grotte aux dimensions impressionnante, puisqu’elle mesure 30m de hauteur pour 80m de largeur et atteint 200m de profondeur. Et dans cette grotte, l’explorateur y découvrit les restes très bien conservé d’un Mylodon.

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J244 – Lundi 21 Mars

Nouvelle journée de glande, mais je profiterais tout de même de la journée pour préparer les sacoches pour le départ, envoyer les cartes postales achetées à El Calafate que je n’avais toujours pas eu l’occasion de poster, faire quelques courses, rechercher un hébergement à Punta Arenas et souhaiter l’anniversaire de mon papa.

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