Parque Nacional Tierra Del Fuego

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J261 – Jeudi 7 Avril

En route pour le Parc National de la Terre de Feu !

J’embarque avec moi les cartes postales de Pierre et Capucine, 2 backpackers très sympas, rencontrés hier et qui m’ont donné quelques infos sur le parc. Si je repars avec leurs cartes postales, c’est parce que oui, il y a un bureau de poste dans le Parc National, qui est officiellement le bureau de poste du bout du monde, avec des tampons spéciaux et des prix spéciaux aussi. Concrètement, je pense qu’ils l’ont mis ici plutôt que dans Ushuaïa pour obliger les touristes désireux de recevoir un petit souvenir chez eux à payer l’entrée du Parc.

Comme je suis malin (et un peu radin aussi ^^), j’ai mis en place une stratégie pour visiter le Parc Naturel à moindre frais. Je fais du stop au lieu de payer la navette, je m’arrête avant l’entrée du Parc Naturel pour la contourner par la voie de chemin de fer et économise ainsi le prix de l’entrée, tout en découvrant les paysages du train, que je ne paye pas non plus, puisque je marche le long de la voie.

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Par chance, je n’attends pas longtemps avant d’être ramassé en stop, alors qu’il est quasiment midi. Quelques minutes plus tard, je suis à la gare, contourne le grillage et accède aux voies. 1h plus tard, je suis dans le Parc, ni vu ni connu 🙂

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Vous vous interrogez sans doute sur le pourquoi d’une ligne de chemin de fer aussi courte ici et peut-être même aussi sur le pourquoi de ces nombreuses souches d’arbres. Non ? Bah je vais quand même vous expliquer tout cela à travers un rapide historique de la ville d’Ushuaïa.

En 1869 un pasteur est venu s’installer dans le coin et en 1884, la ville d’Ushuaïa est fondée. Pour venir vivre dans la ville la plus australe du monde, avec un temps de chiottes, même si le cadre est magnifique, autant dire qu’il n’y avait pas foule de prétendant. Les argentins ont donc construit ici une prison pour leur prisonniers les plus dangereux, sur le modèle du bagne anglais en Australie. L’idée était de les cantonner le plus loin possible de Buenos Aires, en se disant que si les criminels se faisait la malle de la prison, ils ne sortiraient pas de l’ile. Concrètement, la vie en Terre de Feu n’est pas des plus faciles à vivre en raison du climat. Une température moyenne annuelle d’environ 6°C, humidité, vent, nuages, brume et chutes de neige fréquente. Bref, tu vois pas souvent le soleil et on y trouverait le taux de suicide le plus élevé du pays.

Pour éviter que des vilains méchants ne sombrent dans la folie, ils ont alors eu l’idée de les faire travailler. Les prisonniers étaient donc chargés de couper du bois dans la forêt, d’abord pour se chauffer, puis pour construire la ville. Ils ont donc construit cette ligne de chemin de fer, de 25km, reliant le port d’Ushuaïa à la forêt (qui est aujourd’hui le Parc National) pour faciliter le transport des prisonniers et du bois. Sur les 22km initiaux, il n’en reste aujourd’hui que 8, autour desquels on trouve de grandes surfaces déboisées, avec les souches comme témoins du passé. Ensuite, les prisonniers libérés se sont vu attribuer des terres, avec pour mission de s’installer en Terre de Feu. En 1947, la prison est fermée pour des raisons humanitaires, en 1949, la ligne ferroviaire est en partie détruite par un tremblement de terre et il faudra attendre 1994 pour que celle-ci soit partiellement reconstruite et utilisée à des fins touristiques. Aujourd’hui, la prison est toujours debout. Une partie a été transformée en musée et l’autre est utilisée par l’armée argentine.

Cette petite marche le long de la voie de chemin de fer m’entraine donc à l’intérieur du parc national et j’attaque mon 1er sentier : le sentier de Pampa Alta. Pas très long, pas très difficile, c’est un sentier d’interprétation plutôt pas mal avec plein de panneaux pour donner des informations sur les oiseaux, arbres, arbustes, insectes, champignons, le cycle de l’eau …

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Après 2h de marche, j’ai retrouvé la route principale qui traverse le parc. Il est temps de prendre la direction du bureau de Poste pour me délester des cartes postales. 20 min dans la forêt et me voici au bord de la baie et devant le fameux bureau de Poste. J’y dépose les cartes postales et c’est déjà reparti.

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Le sentier suivant longe le Canal de Beagle sur 8km avant de rejoindre la route. Il est déjà 16h30 et j’ai un peu peur de finir de nuit, mais au pire j’ai la frontale. En route ! Avec la pluie de cette nuit, le terrain est plutôt boueux et détrempé, mais toutes les cimes environnantes sont enneigées, les vues depuis le sentier sur le Canal de Beagle et les îles sont assez fantastiques.

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Le soleil baisse petit à petit, mais je termine le sentier vers 18h45, il fait encore un peu jour et je n’ai plus que 2km pour arriver sur le lieu de camping. Je plante la tente dans le noir et le froid, mais après une belle journée de randonnée bien remplie 🙂

 

 

J262 – Vendredi 8 Avril

Il a bien plu toute la nuit. Je pars vers 11h et il ne fait pas bien chaud. Direction le Cerro Guanaco, 976m, que tout le monde m’a dit de gravir. Après 30min de marche, j’arrive au début du sentier, ça monte raide dans la forêt et le chemin est parsemé de racines. Après 1h de grimpette, j’atteins un belvédère. Ici une fine couche de neige au sol, mais malheureusement pas grand-chose à l’horizon en raison du ciel bien nuageux.

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Je reprends donc mon chemin dans la forêt. La neige laisse place à une bonne grosse gadoue. Le sol est gorgé de flotte et je m’enfonce jusqu’au-dessus de la cheville si je ne choisis pas minutieusement où poser le pied. Ma progression devient alors lente et pénible. 30min plus tard, j’arrive sur un plateau et 30min plus tard je l’ai traversé et suis au pied de la dernière montée pour arriver au sommet. Malheureusement, il y a de plus en plus de neige, mais toujours autant d’eau en dessous. Si le fond de l’air est bien froid, le fond de l’eau ne l’est pas assez pour être gelé. C’est donc toujours la galère.

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Devant moi, le Cerro Guanaco, il ne me reste que quelques centaines de mètres à gravir pour le sommet, mais il neige depuis quelques temps maintenant. Le ciel est bouché, pas de signes d’amélioration et le sentier est quasiment invisible. Bref, parfois, il faut savoir rebrousser chemin. Je fais donc demi-tour, retraverse les zones pleines de flotte et redescend. Je suis tout de même un peu récompensé par un vol de condor au-dessus de ma tête et 3 oiseaux charpentiers dans un arbre.

Arrivé quasiment en bas, je fais une drôle de rencontre : un taxi s’arrête à côté de moi, avec ses passagers à l’arrière et le chauffeur commence à discuter avec moi. Et assez rapidement, il me demande si je suis français, si je voyage à vélo et si je suis parti de Quito … Et là, je ne peux pas m’empêcher de me dire que je suis un type d’une banalité affligeante. Ce chauffeur de taxi ne me connaît pas et après 30 secondes de discussion il sait qui je suis et d’où je viens. Mais en fait non, alors qu’on continu à discuter, le conducteur fini par me dire qu’on s’est déjà croisé devant la boulangerie à Tolhuin ! Me voilà rassuré.

A 16h30, je suis de retour dans ma tente. Je grignote un peu et repars. Il y a quelques petits sentiers que je comptais garder pour demain, mais vu que je suis de retour plus tôt que prévu, autant en profiter. Je chemine donc, et arrive au bout du bout de la route 3. Plus au Sud, il n’y a que quelques iles, le Cap Horn, l’Océan et l’Antarctique.

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Sur le chemin du retour, je passe par quelques castoreraies (je crois que c’est comme ça qu’on peut traduire le lieu où habite les castors). Les castors y ont ravagé toute la nature pour y construire leur habitat (un peu comme les humains en fait !) : un barrage fait de branchage et de tronc assez impressionnant.

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Ici les castors sont une plaie d’origine humaine. En 1946, des colons se sont dit qu’il y avait un business à monter en élevant des castors pour leur fourrure, comme au Canada. Comme il n’y avait pas de castors en Terre de Feu, ils sont allés en chercher quelques-uns au Canada et ont créé leur élevage. Manque de chance, ici il fait vachement moins froid qu’au Canada, du coup, les castors produisent une fourrure beaucoup moins épaisse qui ne vaut rien. La poule aux œufs d’or s’échappait (ou plutôt le castor aux fourrures d’or) et l’élevage a été abandonné. Le problème, c’est qu’en Terre de Feu on ne trouve pas les prédateurs présents au Canada, comme le loup ou l’ours, le castor a donc proliféré et prolifère encore. On en compterait près de 150 000 aujourd’hui en Terre de Feu (contre un peu plus de 130 000 habitants !). Les dégâts sur l’environnement sont considérables.

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J263 – Samedi 9 Avril

Après une petite grasse mat’, je replis tranquillement mon matériel, retraverse le Parc National et ne sachant pas s’il y a un contrôle des billets à la sortie du parc, je ressors par où je suis rentré, c’est-à-dire par la voie de chemin de fer et suis de retour à Ushuaïa en début de soirée

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