Isla del Sol

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J112 – Mercredi 21 Octobre

L’orage est fini, le vent est tombé. Le ciel est tout propre et la mer sans vague. Pour éviter d’arriver en retard comme à Puno, j’arrive une heure en avance au port pour acheter mon ticket, avec l’idée d’aller petit déjeuner ensuite. Mais là, surprise ! Il y a une heure de décalage horaire entre le Pérou et la Bolivie. Je suis donc pile à l’heure, mais pas le temps de manger, juste de monter dans le bateau. Dès le départ du bateau, la sortie s’annonce ultra touristique : seulement 2 Sud-Américains dans le bateau pour environ 25 « occidentaux »…

L’avantage de ce décalage horaire c’est que depuis la randonnée au Choquequirao, j’étais réveillé tous les matins entre 5h30 et 6h, maintenant, je me réveille donc entre 6h30 et 7h, c’est quand même plus confortable. En plus le soleil se couche maintenant vers 19h, contre 18h au Pérou, les journées vont sembler un peu plus longues.

Notre pilote se la joue tranquille pépère / je conduis avec mes pieds en envoyant des textos, mais tout se passe bien et 2h30 plus tard, nous accostons.

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D’entrée de jeu, un type se présente comme étant le guide et nous sommes visiblement plus ou moins obligé de rester avec lui (mais plutôt plus que moins). C’est donc accompagné du guide que nous allons acheter notre ticket d’entrée sur l’ile, à 10 bolivianos. Nous passons ensuite par un musée minuscule et sans grand intérêt. ¾ d’heure après avoir accosté, nous partons enfin.

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D’ailleurs, je me rends compte que ça fait environ 1 semaine que je suis au bord du lac et que je ne vous en ai toujours pas parlé : d’un point de vue géographique, le Lac Titicaca est un lieu assez exceptionnel car c’est le plus grand lac d’Amérique du Sud en termes de volume d’eau, mais pas en superficie. Il y a en effet un lac au Vénézuela (je crois) qui a une superficie plus grande, mais moins d’eau car moins profond. La profondeur du Lac Titicaca est en moyenne de 107m, mais sa profondeur maximale est de 327m. Ce lac est à cheval sur la frontière boliviano-péruvienne, à environ 3800m d’altitude. Cela en fait donc également le plus haut lac navigable du monde pour des vrais grands bateaux commerciaux de grande taille (oui parce que sinon, on peut juste mettre une barque dans une petite lagune située à plus de 4000m pour en faire le plus haut lac navigable du monde).

Enfin, son bilan hydrique est assez étonnant lui aussi : il y a tout plein de rivières qui viennent alimenter le Lac Titicaca (principalement des eaux de surface péruvienne, mais aussi des eaux issues de la fonte des glaciers boliviens dans la Cordillère Royale), mais une seule en repart, le Rio Desaguadero. Il y a ainsi 450m3 d’eau qui arrivent dans le Lac Titicaca chaque seconde, mais seulement 7% de tous ces m3 finissent dans le Rio Desaguadero. Tout le reste s’évapore, ce qui est assez exceptionnel pour un lac situé à cette altitude et avec des températures sommes toutes pas si élevées que ça. Bref, je comprends mieux pourquoi il flotte quasiment tous les jours depuis que je suis à proximité du lac. Et pourtant, normalement, le climat est bien plus sec (je ne comprends donc pas oú va toute cette eau en temps normal), mais cette année, la saison des pluies est en avance à cause du phénomène El Niño.

Au-delà de ces quelques particularités géographiques, le Lac Titicaca est aussi le siège de plusieurs légendes. Selon l’une d’elles les hommes vivaient heureux dans une vallée fertile. Rien ne leur était interdit sauf de monter dans la montagne. Le diable, jaloux de leur tranquillité, leur dit d’aller dans la montagne chercher le feu sacré, sinon un malheur s’abattrait sur eux. Mais les dieux de la montagne appelés Apus les surprirent et firent sortir des cavernes des pumas qui dévorèrent toute la population. Inti, le dieu du soleil qu’ils vénéraient, pleura pendant 40 jours et 40 nuits sans s’arrêter, ce qui inonda la vallée et créa le lac Titicaca ; seul un couple survécut en se mettant dans une barque. Ils dirent que, de leur barque, ils avaient vu les pumas, qui s’étaient transformés en pierre. C’est pour cela que le lac Titicaca s’appelle aussi « el lago de los pumas de piedra », le lac aux pumas de pierre. Ces pumas de pierre sont aujourd’hui représentés dans la symbolique Aymara (le peuple local) par la figure de proue des bateaux, une tête de puma tressée. A moins que cette histoire ne date de l’arrivée des colons espagnols, parce que ça me semble quand même être un savant mélange entre Adam et Ève et l’arche de Noé.

Il existe également une autre légende qui raconte qu’un trésor inca dormirait au fond du lac. Il s’agirait d’une partie du grand trésor Incas du XVIe siècle. Quand Atahualpa fut capturé par Pizarro à Cajamarca (Cf. l’article d’il y a quelques semaines), il négocia sa libération contre des richesses car il avait bien vu que les espagnols n’étaient là que pour l’argent. Du coup, les richesses de l’empire Incas affluèrent de tout le territoire, et notamment par le Lac Titicaca oú des bateaux chargés d’or et d’argent voguèrent de la rive Est à la rive Ouest. Sauf qu’entre temps, Pizarro a zigouillé Atahualpa. La légende ne dit pas comment les Incas des bateaux l’on apprit, mais visiblement ils n’étaient pas très content, donc ils ont coulé les navires et le trésor avec. Depuis, il y a quelques chercheurs qui fouillent le Lac Titicaca a la recherche de vestiges Incas, mais aussi à la recherche du fameux trésor. C’est notamment le cas du commandant Couteau qui fut l’un des premiers à aller plonger dans le lac.

Enfin, le Lac Titicaca constitue le berceau de la civilisation Inca. la légende raconte que Manco Cápac (premier empereur Inca) et Mama Ocllo, enfants du Dieu du soleil Inti, seraient nés de l’écume du lac Titicaca avec la mission d’apporter la civilisation aux hommes et de créer la capitale du futur empire, Cusco. On trouve ainsi de nombreux vestiges Incas sur les différentes iles du Lac et notamment sur la Isla del Sol.

Revenons donc à cette fameuse Isla del Sol et au guide qui s’est invité au milieu de la horde de touristes venus envahir son ile le temps d’une journée. Depuis le petit port oú nous avons accosté, nous prenons la direction du Nord pour justement aller visiter l’un de ces vestiges Inca. En cours de route nous faisons quelques haltes et apprenons notamment que :
– Il y a environ 2400 habitants sur l’Ile et que tout le monde se connait.
– L’Ile jouit d’une certaine autonomie vis-à-vis des lois et réglementations boliviennes.
– Les Incas ont régné sur cette région pendant 300ans, mais avant, les Aymaras ont vécu ici pendant environ 3000 ans.
– L’Ile du Soleil est alignée avec la ville de Cusco et le site archéologique de Tiwanacu (situé non loin de La Paz).
– Lors de ses recherches, le commandant Cousteau a trouvé des ruines à 12m sous le niveau du Lac Titicaca. Comme il est peu probable que les Incas soient allés maçonner des temples avec des palmes et des bouteilles d’oxygène, les chercheurs en ont déduis que le niveau du lac est monté vers 500 avant JC.
– Au Nord de l’Ile, on trouve de superbe plage de sable blanc avec des eaux cristallines, alors que les côtes Sud de l’Ile sont plutôt constituées de falaises et de caillasses.
– Un système de rotation des cultures est en fonctionnement depuis des millénaires sur l’Ile. Il s’étale sur 12 ans : 5 ans de culture (avec des cultures différentes chaque années) et 7 ans de jachère. Avec ce système, les habitants arrivent à subvenir à leurs besoins alimentaires alors que l’Ile est essentiellement rocheuse. Ensuite, les habitants font du troc entre eux pour diversifier leur alimentation.
– L’agriculture est 100% bio, ils mangent peu de viande et beaucoup de poisson, ce qui leur permet de ne pas connaitre le cancer et d’avoir beaucoup de centenaire.
– Les ruines situées au Nord de l’Ile sont sacrées et on y trouve une fontaine de jouvence et de santé (j’en profite donc pour remplir ma gourde).
– Enfin, on trouve aussi au Nord de l’Ile, une pierre magnétique, tout le monde va donc toucher la fameuse pierre pour bénéficier de toute cette énergie positive.

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Avec tout ça, les théoriques 45min de visite ont duré 3h. On n’est pas en avance sur la suite du programme. C’est également le moment où le guide demande à être payé (et non, ce n’était pas compris dans le prix du ticket, surprise !).

Même s’il était relativement intéressant, je suis quand même content de me débarrasser du guide pour avancer un peu plus vite. Direction le chemin des crêtes pour 2h30 de randonnée afin de traverser toute l’Ile du Nord au Sud pour ensuite reprendre un bateau pour Copacabana. Mais bon, comme il faut bien que ces pauvres iliens gagnent leur pain quotidien, il y a 6 péages en cours de route : 3 pour te faire payer et 3 pour vérifier que tu as bien payé. Bref ce n’est plus tellement l’Ile du Soleil, mais plutôt l’Ile du Racket. Si la vue est plus jolie que depuis Amantani ou Taquile, on nous prend quand même un peu trop pour des vaches à lait.

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Arrivé au Sud de l’Ile, il est environ 15h. J’ai déjà dépensé quasiment 100 bolivianos et je n’ai toujours pas mangé. Je me pointe dans un resto : 40 bolivianos la truite ! A ce prix-là, je fais 4 repas au Pérou. Je décide donc que ça suffit, ils n’auront pas plus d’argent de ma part et j’attendrais 2h de plus pour manger à Copacabana.

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De retour à Copacabana, j’en profite pour grignoter un peu dans la rue en attendant le repas du soir et je fais aussi quelques courses. Dans mon sac un petit fromage. Après l’échec du fromage équatorien et du fromage péruvien, je vais tester le fromage bolivien. Verdict : c’est pas bon !

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Le coucher de soleil est bien plus beau que la veille, mais je ne suis pas au sommet du Cerro Calvario pour l’admirer, dommage.

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Pour manger, je me dégotte un petit resto à 20 bolivianos (soit quand même 2 fois plus cher qu’au Pérou) où je me retrouve avec un demi-plat. Résultat des courses, je remange une 2ème fois dans la rue. Si les hébergements sont abordables, la nourriture est décidément très chère et la ville bien trop touristique à mon goût. Heureusement, je pars demain matin.

Sur la place principale de Copacabana, une scène avec la musique à fond. La même qu’au Pérou. Pas un touriste, ici que des boliviens tous plus saoul les uns que les autres, qui ne marchent pas droit, se vautrent par terre, se pissent dessus … bref la décadence, même si dois avouer que c’était quand même un peu marrant.

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