Et voici le Perito Moreno !

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J228 – Samedi 5 Mars

Aujourd’hui, direction le Perito Moreno. Pour y aller, il y a un petit 80km. Vent de face à l’aller et de dos au retour. A priori, je n’ai pas trop envie d’enfourcher le vélo aujourd’hui. Je suis un peu fatigué et 80km vent de face ne me vendent pas du rêve. Les bus sont assez chers et les tours organisés par des agences encore pires. Je décide donc de tenter le stop, il parait que ça marche pas mal.

Je commence donc par traverser la ville pour aller à la sortie où 9 véhicules sur 10 passant va au Perito Moreno : 1h de marche où je tente déjà d’amadouer l’automobiliste, sans succès. Pire, un certain nombre de ces véhicules semblent déjà remplis d’auto-stoppeur. Il faut croire que je n’ai pas choisi le bon spot… Je poursuis néanmoins ma route et arrive au rond-point souhaité. Dans tout ça, il est déjà quasiment 10h30 et on ne peut pas dire que les voitures se bousculent. Bref, ça sent le sapin. Je prends mon mal en patience et attends sur le bord de la route, dans le vent et le froid, avec ma petite pancarte. Je comprends un peu mieux ce que ressent le backpacker qui fait du stop sur le bord de la route et que personne n’embarque. Ceci dit, s’il veut avancer sans dépendre des autres, il peut aussi voyager à vélo ^^

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Je n’attendrais finalement pas si longtemps. Au bout de 15min, une voiture s’arrête. A son bord, un couple d’allemand et un suisse allemand. Tout me laisse penser que le couple à louer la voiture et embarquer le suisse allemand en stop un peu plus tôt, puis moi. On discute un peu pendant la route, tout se passe bien. Visiblement, aucun d’eux ne parle espagnol, je sers donc de traducteur en arrivant au péage à l’entrée du site, et nous nous garons sur le parking. On s’entend bien, le feeling est bon et je vois que le suisse allemand s’accroche un peu aux basques des allemands. Je m’incruste donc également et nous découvrons tous ensemble ce géant de glace qu’est le Perito Moreno.

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Le site est vraiment très impressionnant. Le front du glacier, haut d’une soixantaine de mètres est devant nous et on ne se sent pas très grand alors que nous sommes sur la colline d’en face. Ceux qui se payent le tour en bateau au pied du glacier doivent vraiment se sentir minuscule. Ceci dit, comme il ne peut pas trop s’approcher à cause des chutes de morceaux de glace et des vagues engendrées, il parait que la plus-value esthétique n’est pas ouf, et en tout cas pas à la hauteur de la plus-value financière (au cas où vous passeriez dans le coin). S’il est quand même assez haut, le glacier est aussi très large, puisqu’il fait environ 5km de largeur. Les heures défilent et nous parcourons le circuit de passerelles pour aller de point de vue en point de vue. Nous restons de longs moments à contempler, nous sommes un peu en dehors du temps.

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De temps en temps, de petits morceaux de glace tombent dans un fracas assourdissant. C’est d’ailleurs amusant de voir comme des morceaux de glaces qui nous paraissent tout petits sont capables de faire autant de bruit. En vrai, le glacier est tellement grand que les morceaux de glace ne sont pas si ridicules que cela et puis le site forme une sorte de grosse caisse de résonnance, qui amplifie les craquements du glacier et la chute des blocs de glace. Nombreux sont les touristes qui sont ici pour voir d’énormes morceaux de glaces s’effondrer dans le lac comme sur les cartes postales et certains, dans la plus pure tradition française demande remboursement devant le manque de spectacle.

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Dans la plus pure tradition française car ici il n’y a que des touristes internationaux. En dehors de la personne qui nous a vendu les tickets d’entrée, je crois n’avoir quasiment pas entendu d’espagnol pendant les quelques heures que j’ai pu passer sur place. Après quelques mois de voyage, j’ai d’ailleurs établi une grille de classification des lieux visités. Dans les lieux les plus perdus, les seuls touristes qui passent pas ici sont la plus part du temps français ou allemands. Si tu n’y croises personne, c’est que le quota, c’est toi. Quand c’est un coin un peu plus connu, tu vas trouver d’autres européens et des anglo-saxons. Enfin, quand tu arrives dans le top 10 des trucs à voir sur le continent (Machu Picchu, Salar d’Uyuni, Perito Moreno…), tu croises aussi des groupes d’asiatiques.

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Pour en revenir au glacier, les premiers points de vue nous offraient une vue à peu près global d’un côté du glacier. Les derniers nous permettent de nous en approcher davantage, là où le front convexe du glacier rejoins la berge du lac et coupe ce dernier en 2. Cette relative proximité nous permet d’observer l’érosion de la glace due aux vents puissants qui soufflent dans cette région, aux pluies et à la fonte engendrée par le soleil. On voit des failles, des cavernes … les tonalités de bleus se multiplient, allant du bleu presque blanc en surface, au bleu profond, très sombres, presque noir dans les endroits les plus profonds.

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Comme indiqué quelques articles plus tôt, le Glacier Perito Moreno descend tout droit du Campo Hielo Sur. Il y a encore quelques années, c’était le seul glacier de la planète à ne pas être en recul et je crois que c’est toujours le cas. Sur un glacier, on distingue plusieurs zones : en amont, c’est la zone d’accumulation. Il neige, la neige s’accumule, se transforme en glace et hop, ça fait un glacier. Avec le poids et la pente, le glacier avance et en fin de course, il fond. Vous vous en doutez, si la glace s’accumule en amont plus vite qu’elle ne fond en aval, le glacier croît, sinon il est en recul. L’une des particularités du Perito Moreno, c’est qu’il termine sa course dans un lac, et surtout dans un endroit très étroit du lac. Tellement étroit que le glacier traverse le lac et rejoint l’autre berge du lac, coupant ainsi la circulation de l’eau. Du coup d’un côté du glacier, le niveau de l’eau monte, créant une sacré pression sur le glacier. Ajouté à cela que le glacier fond lentement en fin de course et le résultat c’est que tous les 4 ans, c’est le grand fracas ! Le glacier fragilisé par la fonte cède sous la pression de l’eau et un immense pant s’effondre. Ensuite, il faudra 4 nouvelles années pour que le glacier traverse de nouveau le lac, rejoigne la berge et s’effondre sous les yeux des touristes. De mon côté, j’ai raté le spectacle de peu, puisque le glacier s’est effondré 4 jours après mon passage.

Vers 16h30, nous repartons. Comme je suis toujours avec les chauffeurs de l’aller, je continu l’incruste et fais le retour avec eux. Le vent, ça épuise et je m’endors rapidement dans la voiture, comme tous les autres passagers. Le conducteur aussi a piqué du nez d’ailleurs. Heureusement, il ne s’est pas endormi et nous revenons tous vivant à El Calafate. Un petit passage sur les berges du Lago Argentino et nous revenons dans le centre-ville. Mes compagnons de visite font une halte au terminal de bus pour acheter des billets de bus pour Puerto Natales, et c’est alors que je comprends que tous les 3 voyagent ensemble et que le suisse allemand n’était pas un auto-stoppeur. J’ai donc joué l’incruste toute la journée sur un grand quiproquo ^^

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Au terminal de bus, je retrouve Alice, Benoit et Charley qui veulent aussi acheter un billet de bus pour Puerto Natales. En effet, Charley étant venu sans son vélo, ils voyagent en bus dans cette partie de la Patagonie. C’est fou de se retrouver ici ! On papote et je leur indique dans quel camping je suis, puis je pars faire quelques courses après avoir remercié mes chauffeurs du jour. A peine revenu au camping, je les retrouve qui ont planté leurs tentes à côté de la mienne … en voilà d’autres qui jouent l’incruste ^^ Nous passerons la soirée tous ensemble autour d’un barbecue.

En bonus, sachez que Perito Moreno désigne un type célèbre dans l’histoire de l’Argentine. Perito, c’est son titre et Moreno, c’est son nom. Ici on désigne beaucoup les gens par leur profession : Professeur Bidule, Ingénieur Truc, Avocat Machin … Lui c’est Expert Moreno. Francisco, de son prénom, a joué un rôle important au 19ème siècle dans la définition de la frontière entre le Chili et l’Argentine. Erigé en héros national, le glacier le plus connu du pays porte son nom, tout comme une petite ville, de nombreuses rues, écoles … Bon, le seul problème dans tout ça, c’est qu’en 2006, un groupe d’étudiant en éthnologie a mené l’enquête et découvert que Moreno était complice du génocide des peuples premiers de la région. Il en aurait notamment laisser quelques uns crever pour mettre les cadavres dans son musée. Avouons que ça fait un peu tâche quand même.

 

 

J229 – Dimanche 6 Mars

Aujourd’hui, c’est repos car même si je n’ai pas roulé hier, la journée ne fut pas de tout repos. J’en profite aussi pour faire un brin de lessive, organiser la suite de l’itinéraire, poster 1 ou 2 article sur le blog et procrastiner sur internet.

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