De Oruro à Sabaya

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J132 – Mardi 10 Novembre
60km ; D+ : 150m ; D- : 100m

C’est le grand jour : départ d’Oruro direction le Sud de la Bolivie. Avant de partir, je passe à La Poste pour envoyer mes cartes postales car je ne passerais par aucune grande ville avant de sortir du pays. Dernier détour par un cyber café pour vérifier 2 ou 3 informations car je n’aurais probablement plus accès à internet avant d’arriver au Chili. Et puis vers 10h30, c’est parti.

Après 4 ou 5 km, je fais tout de même un mini-arrêt dans un cyber café pour vérifier que la balise GPS fonctionne bien et je repars.

Je quitte Oruro avec une drôle d’impression. Pour la première fois, je prends le départ en doutant. Le trajet choisi est ambitieux et je ne suis pas vraiment sûr d’en être capable, mais bon, on verra bien en cours de route. Je prévois de rouler jusque Sabaya, à 190km d’Oruro, puis de traverser le Salar de Coïpasa, de rejoindre ensuite le Salar d’Uyuni pour le traverser également. Ensuite, cap sur San Juan de Rosario qui sera mon point de départ pour la traversée du Sud Lipez jusqu’à San Pedro de Atacama au Chili. Arrivée prévue dans environ 25 jours. Si la route jusque Sabaya ne devrait pas poser de problème, la suite du parcours est plus aventureuse.

A Sabaya, je vais quitter la route pour emprunter les pistes boliviennes et ne devrais retrouver l’asphalte qu’au Chili. Entre les 2, environ 700km. Le Salar d’Uyuni est très touristique et il ne devrait pas être difficile de trouver le bon chemin. Le Salar de Coïpasa est en revanche bien moins fréquenté, l’orientation devrait y être plus délicate, sans compter que je ne sais pas trop où je vais devoir en sortir. Les cartes concernant les pistes inter-Salar disent tout et son contraire, espérons que les locaux pourront m’informer sur le bon itinéraire. A cela s’ajoute la saison des pluies qui semble un peu en avance et je n’ai pas la moindre idée de l’état dans lequel je vais trouver ces fameuses pistes, ni de l’état des Salars. Seront-ils inondés ou encore praticable ? Là encore, je vais compter sur les locaux, mais soyons honnête, je n’ai pas de plan B.

Enfin, dernière épreuve, et non des moindre, avant d’arriver au Chili : la traversée du désert du Sud Lipez. 400km de piste considérées par les cyclovoyageurs comme le 2éme itinéraire le plus difficile au monde et sans doute le plus difficile du continent. Environ 9 jours de vélo entre 4000 et 5000m d’altitude, de la terre, du sable, de la caillasse, des ripios et quasiment aucun ravitaillement en route. S’il est possible de trouver de l’eau, il faut en revanche partir avec une autonomie alimentaire totale (ou presque).

La récompense pour tout cela (oui, je ne suis pas totalement maso, il y a forcément une carotte au bout) ? Des paysages atypiques et exceptionnels, parmi les plus beaux de tout le voyage. Bref, je prends la route avec beaucoup d’espoirs, mais très peu de certitudes et sans vraiment savoir où je vais, ni à quelle sauce je vais être mangé.

A la sortie d’Oruro, il y a un lac : le Lac Uru Uru. Beaucoup de détritus et ça sent la vase, mais celui-ci est aussi peuplé de quelques centaines de flamands rose. Si au premier abord, ceux-ci sont bien pâle, il suffit de les voir s’envoler pour découvrir le rose vif de leurs ailes.

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Je suis sur l’Altiplano bolivien et ici c’est vraiment plat de chez plat. On y voit donc à des kilomètres à la ronde et la notion de distance est assez relative. Au loin, je vois une antenne, je l’estime à environ 1km, il m’en faudra 4 pour arriver au pied.

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Les kilomètres défilent, lentement, dans ces grandes lignes droites interminables et j’en profite pour passer la barre des 2500km. Autour de la route, l’environnement est très sec. Tout n’est que terre, sable et poussière, avec de temps en temps quelques touffes d’herbes. Un petit vent tourbillonnant navigue sur cette grande étendu plate et sèche et parfois des tempêtes de sable se forment, telles de petites tornades.

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Après une trentaine de kilomètres, le ciel s’assombri et le vent se renforce, tout cela sent l’orage. 10km plus loin je passe la barre des 2500km depuis mon départ de Quito. Le vent continu de souffler, heureusement, de l’ai dans le dos. C’est assez rare profitons-en. Je roule à 25km/h sans trop d’effort, c’est assez appréciable.

Je m’arrête quelques instants dans un village pour manger. Les boliviens de l’Altiplano ont la réputation d’être assez taciturne, mais ceux-là sont très accueillants et on visiblement envie de discuter. Je repars quelques instants plus tard pour attaquer la portion de route en construction.

Après 60km, je m’arrête. Il n’est que 16h, mais j’ai parcouru 1/3 de la distance pour Sabaya. Pour une journée de reprise, c’est pas mal. Le vent souffle toujours assez fort et je peine un peu pour planter la tente. 17h30, c’est un peu tôt pour le diner, mais je sens que l’orage ne va pas tarder à péter. Et effectivement, vers 18h c’est la fin du monde. Les éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre gronde, raisonne sur tout l’Altiplano et fait trembler le sol pendant qu’une bonne grosse pluie s’abat. C’est donc l’occasion de vérifier la solidité et l’étanchéité de la tente.

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J133 – Mercredi 11 Novembre
70km ; D+ : 460m ; D- : 400m

S’il a plu une bonne partie de la nuit, l’orage et le vent se sont assez rapidement calmés. Ce matin, il fait beau et je pars un peu tard pour laisser le temps à la tente de sécher. Je retrouve ensuite la route en construction, belle pise agréable à rouler. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et je récupère une piste assez mauvaise pour quelques kilomètres avant d’avoir un petit tronçon de route bétonnée. Visiblement en Bolivie, on construit les routes par petits bouts et pas dans l’ordre.

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Et puis après c’est le drame (oui, au moins ^^). Fini la route en béton, fini la belle piste, place désormais à une mauvaise piste de sable et de ripios. Mais au fait, c’est quoi le ripio ? En gros, c’est une piste en sale état qui ressemble à de la tôle ondulée. Autant dire que ça remue un peu et que ce n’est pas des plus confortables pour l’arrière train. Le jeu consiste alors à trouver le coin de la route le moins pire pour rouler et ça durera un bon 15km. Et comme ça ne suffit pas, la journée sera ponctuée de petites averses.

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Après la piste, je retrouve la route en béton, normalement jusque Sabaya. C’est le moment que le vent choisi pour se lever. Entre les mauvaises pistes et le vent, j’ai bien du mal à avancer aujourd’hui, mais petit à petit, les kilomètres défilent tout de même.

A un moment où je m’arrête sur le bord de la route pour une grosse commission, qu’est-ce que je trouve ? Un billet de 100 dollars, je me suis arrêté au bon endroit ! Je ne sais pas trop si c’est un vrai ou pas, mais dans le doute, je l’ai pris, on verra bien en Argentine. Et là vous vous dites « entre son caca sur le Huayna Potosi et son caca à 100$, il ne parle vraiment que de ça ». C’est pas faux. En même temps, figurez-vous qu’on s’est rendu compte qu’entre cycliste, les 2 sujets de discussions principaux (ou du moins les sujets récurrents), c’est la nourriture et le transit intestinal. Du coup, je partage aussi avec vous et mets ça sur le coup de la déformation professionnelle ^^

Après 70km, je décide qu’il est temps de planter la tente, il me reste normalement un peu moins de 65km pour demain. Je profite d’un très beau coucher de soleil malgré les nuages.

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Pour le diner, je teste la polenta. C’est pratique, seulement 1min de cuisson. Sauf que sur le paquet, ils indiquent 1 volume de polenta pour 3 volumes d’eau. Échec total, c’est une vraie soupe. Espérons que les prochaines tentatives seront plus réussies.

Au moment d’aller me coucher, je trouve un mini-scorpion à l’entrée de ma tente (mais vraiment mini, genre 2cm). Je ne sais pas top s’il est dangereux, mais comme la pauvre bête ne m’a rien fait, je la laisse là où elle est, ferme la tente et vais me coucher.

 

 

J134 – Jeudi 12 Novembre
64km ; D+ : 200m ; D- : 220m

Au programme de la journée : 1 ligne droite de 35km, quelques virages pour passer un mini-col, puis une ligne droite de 30km.

Je pars une nouvelle fois sous le soleil et une nouvelle fois, il y aura quelques mini-averses en cours de route. Aujourd’hui, je croise beaucoup de lamas, quand tout à coup (suspens !) un panneau indique la présence d’autruche ! Je trouve ça plutôt étonnant, mais effectivement, 50m plus loin, il y en a 4. Un peu petit pour une autruche, ça doit être une espèce endémique (après recherche, il s’agit probablement de Ñandus).

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Le paysage devient de plus en plus sableux, il y a beaucoup de dunes sur lesquelles poussent quelques mini-arbustes. Heureusement, pour le moment, je roule encore sur la route.

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Le mini-col est environ 50m plus haut que l’Altiplano, mais d’en haut, je peux voir sans problème ma destination, Sabaya, environ 30km plus loin, au bout d’une longue ligne droite.

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L’environnement devient de plus en plus désertique. Lorsqu’il n’y a pas de dunes de sable, il m’y a que des prairies d’herbe très rase. Je me demande comment tous ces lamas font pour se nourrir.

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A Sabaya, je fais quelques courses : du pain, des œufs et j’ai même trouvé de la confiture.

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