Derniers kilomètres en Equateur

Classé dans : 1_Equateur | 0

J41 – Mardi 11 Août
50km
900m D+
1100m D-

Avant de partir pour le Pérou, un petit passage par la poste s’impose pour envoyer les chapeaux ainsi que les quelques cartes postales.
Un petit tour au marché également où je mange avant de partir. L’assiette énorme et très grasse me reste sur l’estomac. Entre ça et les 10 derniers jours durant lesquels je n’ai quasiment pas roulé, je suis mal et soufre dans la première montée. Je suis cependant bien content de me remettre en selle.

Je grimpe 300m pour en redescendre 800. Au début de la descente, je croise Emmanuel, français de Tours, la 50ène, qui a l’air de beaucoup voyager à vélo tous les étés (Mongolie, Pérou, Bolivie, Équateur …) comme en témoignent ses sacoches usées. On discute pendant 1 heure de la route, des péruviens, des équatoriens, du matériel, de la météo, bref, de tout et de rien, avant de repartir chacun dans notre direction. C’est bien sympa de croiser d’autres cyclo-voyageurs, et beaucoup plus facile quand ils sont français. Emmanuel me confirme qu’il y a relativement peu de cyclistes en Equateur et dans le Nord du Pérou, mais que j’en trouverais de nombreux à partir de Huaraz dans la Cordillère Blanche. Les cyclotouristes ont visiblement tendance à parcourir le Nord du Pérou par la côte jusqu’à Trujillo ou Lima, puis à monter dans la sierra, ce qui est assez étonnant à mon sens, puisqu’il n’y a pas grand-chose d’intéressant sur la côte à part quelques villes au milieu de zones relativement désertiques. Mon espagnol n’est pas formidable, mais l’accent d’Emmanuel me décomplexe totalement ^^

DSC01842

DSC01863

 

Après ces 800m de descente, il fallait bien remonter. Après 500m d’ascension, me voici à Vilcabamba. C’est une ville très petite, mais très connue dans le coin pour son climat agréable toute l’année et pour la quantité de vieux qui y habitent. Il y aurait ici une quantité de centenaires impressionnantes, c’est même devenu l’emblème de la ville sur les panneaux. Il paraîtrait qu’il y a à proximité une source de jouvence où tu peux aller de baigner très régulièrement pour limiter/éviter ton vieillissement.
Il n’en fallait pas plus pour faire venir les américains en grand nombre. Résultat, 1 personne sur 2 parle en anglais dans la rue et c’est blindé de gringos. Rien de mieux pour me faire passer mon chemin. Je rempli les gourdes et repars. Je m’arrêterais au col suivant, après avoir parcouru environ 50 km. Je prévoyais initialement d’en faire 60 à 65 car la journée de demain est riche en relief, mais entre mon passage par la poste et mon heure de discussion avec Emmanuel j’ai manqué de temps.

DSC01875

DSC01890

DSC01892

 

Je profite du coucher de soleil que la montagne. En 50km, la végétation a beaucoup changé, je suis désormais dans un milieu plus « jungle tropicale » et les champs sont remplis de bananiers, cannes à sucre …, je retrouve les fleurs et les paysages sont beaucoup plus colorés. Je retrouve également la chaleur, il fait une trentaine de degrés dans la journée et encore plus de 20°C à 20h30. Les constructions changent également. Les constructions en parpaing sont remplacées par des constructions avec beaucoup plus de bois, ce qui s’explique probablement par le fait que la ressource est beaucoup plus présente ici que dans la végétation rase d’altitude.

DSC01895

DSC01910

 

 

J42 – Mercredi 12 Août
55km
1000m D+
1800m D-

Il y a des jours où il faut se battre pour avancer de 100m, aujourd’hui fut de ces jours-ci.

Ce matin, il faisait beau et chaud. J’en profite pour sortir mon short, qui n’aura pas beaucoup vu l’Équateur. Je sais qu’après 2 ou 3 cols pas trop hauts m’attends une ascension interminable, suivie d’une descente encore plus longue. J’enchaîne les 2 cols dans la matinée.

DSC01921

DSC01930

DSC01941

 

Je ne sais pas si c’est un phénomène culturel local ou si c’est un changement lié à la forte présence américaine dans les environs, mais plus personne ne klaxonne ici (alors que d’habitude, j’ai droit à un petit « pouet ! » de quasiment chaque véhicule que je croise ou qui me double). Ici on préfère un signe de la main et je ne suis klaxonné qu’une seule fois dans la journée.

Peu après avoir attaqué LA grande ascension, le brouillard revient, accompagné du vent, du froid et de la bruine (voir franchement de la pluie parfois).

DSC01954

DSC01967

DSC01977

 

Avec cette météo, l’altimètre est complètement perdu et fait n’importe quoi (les informations liées au dénivelé sont donc à mon goût très douteuse). Du coup, je ne sais pas où j’en suis, si le sommet est proche … Parfois, j’amorce une descente, persuadé d’en avoir fini avec la montée pour finalement la reprendre 500m plus loin. A cela s’ajoute l’état de la route. Ce passage de frontière est le moins fréquenté du pays et la route laisse franchement à désirer. Régulièrement, elle se transforme en piste caillouteuse et avec toute cette pluie, il y a beaucoup de boue et quelques glissements de terrain.

DSC01944

DSC01961

 

En route certains panneaux sont originaux « attention, faille géologique », « route en construction, désolé pour les désordres occasionnés » ou encore « attention, usage d’explosifs ».

DSC01942

DSC01953

DSC01994

 

A 17h30, je ne suis toujours pas en haut, je n’ai parcouru que 40km et là c’est le pompon, la rivière ne passe pas sous, mais sur la piste. Il y a donc un passage à gué pour traverser.

DSC01980

Je suis trempé, fatigué, j’en ai marre et j’ai envie d’aller me couché dans mon lit, sous ma grosse couette. Ceux-ci étant à quelques milliers de km, je suis bien obligé de continuer ^^

Dans le gué, 2 types se lavent. J’en profite pour leur demander où est la prochaine ville et si la route monte pendant encore longtemps. Ils me répondent que la route est plate et la ville à 10km. Je décide donc de poursuivre pour espérer dormir au sec et faire sécher mes vêtements. Je ne sais pas trop pourquoi je les ai crus. Il n’y avait pas de plat sur le profil et de toute façon, il n’y a pas de plat dans la sierra équatorienne. Je continu à monter pendant 3 km. Je n’en peux plus et il commence à faire nuit. Heureusement, la descente arrive enfin !

Il ne pleut presque plus, mais il fait nuit et la route/piste est trempée. Il y a du brouillard et je ne vois pas à 20m. J’imagine que la descente dans des conditions idéales est très sympa, mais là je dois avouer que si j’étais très content de descendre, j’étais quand même obligé de rester très vigilant et de ne pas dépasser les 30km/h pour ne pas me vautrer. 10 à 15km plus tard, me voici enfin en « ville » (plutôt village en fait).

→ Journée de merde, ça ne pourra qu’être mieux demain.

 

J43 – Jeudi 13 Août
65km
1100m D+
1650m D-

J’ai bien fait de dormir au sec, il a plu à torrent cette nuit. Ce matin, c’est encore ambiance pluie tropicale et je n’ai pas trop envie de partir. Je pars sous la pluie et fini la descente d’hier. De jour c’est mieux, mais la vitesse reste limitée à cause de la pluie.

2h plus tard, la pluie cesse enfin. Je suis trempé. Il y a pas mal de boue sur la route car toute cette pluie a engendré des glissements de terrain. A cela s’ajoute que certaines portions de route n’ont pas encore été réalisées, généralement là où il y a des cascades ou beaucoup d’eau. Le vélo et les sacoches sont couverts de boue. Je nettoie une première fois.

DSC01989

DSC01988

 

Après un pont, la route disparaît. La piste est ultra boueuse, plus de 10cm de boue par endroit, et bien sûr, ça monte (et pas qu’un peu). Pousser sur la route n’est déjà pas marrant, sur une piste c’est un peu plus compliqué, mais dans la boue … je glisse moi aussi et manque de tomber dans la boue à plusieurs reprises.

DSC02010

DSC01983

 

200m plus haut, je retrouve un semblant de piste praticable. Manque de chance, 250m plus loin, j’assiste en direct à un glissement de terrain. Les quelques personnes présentent regardent impuissant la route se faire recouvrir par ce tas de terre et de caillasse. Il n’y a plus qu’à attendre l’intervention de la DDE locale (qui est déjà là puisqu’ils bossaient à côté). Il reste cependant un mini passage au bord où il n’y a pas trop de boue. J’en profite pour passer avant que la pelleteuse ne se mette au travail. Celle-ci mettra environ 45minutes à libérer le passage.

DSC02015

Je reprends donc ma route sur une vraie route, en béton, avec quand même pas mal de boue, mais c’est assez roulant. Je profite d’une grosse flaque pour laver une 2ème fois le vélo. Le soleil et la chaleur sont désormais bien présents, l’humidité aussi. C’est toujours la jungle aux abords de la route. Il y a pleins de bruits, de cris d’animaux, d’oiseaux, d’insectes … de quoi rendre jalouses les cigales de Roquefort la Bédoule. Ici les oiseaux sont jaunes, bleus, verts … il y a aussi des rapaces qui planent au-dessus des vallées et profitent des courants ascendants.

Je sais que je suis toujours en retard (je voulais atteindre la frontière ce soir), mais je suis bien ici et je prends mon temps.

Après quelques kilomètres, la route disparaît à nouveau, et définitivement, au profit d’une piste en terre. Le support est cependant tout à fait correct pour rouler, pas trop sec pour éviter la poussière et pas trop humide pour éviter la boue. Pas trop de nid de poule … bref c’est assez roulant. Certaines portions restent très boueuses et je décide d’arrêter de laver le vélo. Il aura droit à un bon coup de jet d’eau plus tard.

DSC02021

DSC02022

DSC02036

DSC02037

 

Ici les gens n’ont pas trop la notion des distances. Quand je demande le nombre de kilomètres pour aller à Zumba (dernière ville avant la frontière), on m’indique une direction en me disant que c’est loin. Il y a une juste une petite vieille qui me dira qu’avec de la patience, j’y arriverais 🙂

La frontière est marquée par le passage d’une rivière à une altitude d’environ 750m. J’arrive dans les hauteurs d’un petit bled avec une route qui descend à environ 800 m, et un pont qui traverse une rivière. C’est cependant beaucoup trop tôt et on m’indique effectivement que ce n’est pas ici. J’ai quand même le droit de descendre et de remonter de l’autre côté. La jolie piste qui me plaisait bien laisse place à une piste avec de la grosse caillasse. Pas cool pour finir la journée.

Ici, on ne dit plus « hasta luego » (à plus tard) pour se dire au revoir, mais « hasta mañana » (à demain), ce qui est assez déconcertant la première fois. Ah bon, on se voit demain ?!

Il est 17h, Zumba est encore à 10km, et je sais que je vais encore finir de nuit, vue qu’il reste toute cette montée avant d’arriver. Mais je suis décidé à y aller. 5Km plus loin, je suis monté de 450m, il fait nuit noire. Encore quelques kilomètres et me voici à Zumba. Il doit être environ 19h. En cours de montée, je crois être passé après Super Mario, un piège m’a été tendu en posant délicatement une peau de banane pour me faire tomber, mais heureusement, je ne me suis pas laisser avoir.

DSC02040

Ces 2 derniers jours, le vélo et les sacoches ont été bien remués, mais tout est encore au top, visiblement, c’est du costaud. Le plus fragile dans tout ça est sans doute mon fessier. Cette dernière montée a été épuisante et la journée difficile, mais contrairement à hier, je suis content et j’ai la patate. Vivement demain.

PS : j’ai pris un coup de soleil sur le mollet gauche. Sauf qu’avec la boue que j’avais sur moi, c’est assez disparate. Ça forme des aplats et taches rouges ou blanches … pas sûr de lancer une nouvelle mode.

DSC02049

 

J44 – Vendredi 14 Août
35km
725m D+
1300m D-

C’est parti pour la frontière, à moi le Pérou !
Si mes souvenirs sont bons, Google Maps m’a indiqué 180km entre Loja et la frontière, il m’en reste donc 13 à parcourir. En partant, je demande à un jeune la direction et quelques informations sur la topographie, j’apprends qu’il y a 2 grandes montées … super ! En sortant de Zumba, je tombe sur un réparateur automobile en train de laver sa cour au jet d’eau. Ni une ni deux, il me prête son jet pour passer un coup rapide sur le vélo et les sacoches. J’espère que ces dernières sont vraiment imperméables car je ne prends pas le temps de les vider (→ elles sont vraiment imperméables).

La piste est dans le même état qu’hier, c’est à dire très mauvais. Difficile de dépasser les 20km/h en montée et obligé de pousser dans les montées qui ont toutes des dénivelés importants. Il fait chaud et humide, je suis trempé et cette fois ce n’est pas à cause de la pluie.

Le chemin est interminable, les 13km en font en réalité 26, et les 2 côtes sont vraiment « bastante » comme on dit ici.

DSC02056

DSC02059

DSC02052

 

Quelques kilomètres avant la frontière, une barrière avec une petite cahute militaire :
Le militaire : « Bonjour, où allez-vous ? »
Moi : « Au Pérou » (en même temps, je suis à 1000 lieux de la civilisation, dans ce trou pommé avec une piste de merde, y’a bien 1 ou 2 hameaux ensuite, je ne vois pas trop ce que j’irai y faire)
Le militaire : « Votre passeport, s’il vous plaît, ceci est un contrôle militaire »
Moi « oui oui 🙂 » (Ah bon, ceci est un contrôle militaire ? Entre l’uniforme et la proximité de la frontière, je ne m’en serais pas douté)
Je m’attendais à une fouille, quelques questions ou un tampon sur mon passeport. Rien du tout, juste mon nom dans le registre pour dire que je suis passé.

DSC02071

Quelques kilomètres plus loin, la frontière. Le poste d’immigration est vide. Je cherche autour des 3 ou 4 bâtiments du village où sont passés les gardes-frontière, je les trouve en train de regarder le match de volley des jeunes du coin. L’un d’eux daigne s’occuper de moi. Je lui donne le duplicata de ma carte andine de migration remplie dans l’avion et dont l’original est resté au poste d’immigration à Quito. Tout est en ordre, un coup de tampon et c’est parti. Pas de question, pas de fouille, pas de douane.

Avant de traverser le pont, je croise un péruvien avec qui je discute quelques minutes en compagnie d’un mec du village. Tous les 2 me mettent en garde : le Pérou c’est super, mais attention aux voleurs et à ceux qui se prétendent ami.

Sur ce, je traverse le pont. Me voici au Pérou 🙂