De Villa O’Higgins à El Chalten

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J213 à J219 – Vendredi 19 Février au Jeudi 25 Février

Ça aura été une bonne semaine de glande. Tous les jours dans l’espoir de partir le lendemain et tous les jours la même déception. Le départ ça sera pour plus tard.

En attendant, on s’occupe comme on peut : mise à jour du blog, tarot et divers mini-jeu sur ordi.

C’est aussi le moment de redécouvrir des trucs qui paraissent un peu bêtes, mais que t’as pas souvent quand tu voyages à vélo, comme par exemple avoir de l’eau chaude pour faire ta vaisselle, avoir une douche chaude, manger du pain grillé avec du beurre, manger des œufs brouillés … des trucs comme ça quoi.

Et puis c’est aussi le moment d’assister à quelques scènes cocasses, comme 2 allemands qui se parlent en espagnol, sans se comprendre et bien sûr, sans se rendre compte qu’en fait ils sont tous les 2 allemands. Il y a aussi Quentin, un backpacker français rencontré sur place qui a failli mettre le feu à l’auberge.

Avec le temps qui passe, les copains cyclistes qui étaient derrière nous ont le temps de nous rattraper. On retrouve ainsi Océane et Loïc et Alice et Benoît. Chacun y va de son petit plat : Quentin nous fait une soirée pizzas, Kristell et Fabien une soirée crêpes, tandis que je dégaine mes porotos pour une soirée Chili
Con Carne (l’idée officielle étant de faire honneur au nom du blog, mais en vrai, je cherchais aussi à me débarrasser de ces haricots rouge). Pour notre dernière soirée, on se fait un gros plat de lasagnes arrosé de vin, qui ne nous aura pas couté grand-chose, vu que la caissière s’est trompée de prix. Mais après une semaine à assurer le développement économique de la ville au détriment de nos portefeuilles, ça sentait un peu la revanche et on était tous bien contents de les avoir escroqués.

Au-delà de l’attente sans fin, il y a quand même d’autres aspects négatifs, notamment la météo : pluie, vent … faut dire que c’est un peu à cause de ça qu’il n’y a pas de bateau. J’ai donc pris l’eau une nouvelle fois dans ma tente, puisque je n’ai toujours pas fait mes enductions PU sur les coutures de la tente. Mais nous avons aussi pas mal de belles journées et on en profite pour sortir un peu : petite balade pour prendre de la hauteur et avoir une vue sur toute la ville et la vallée, ainsi que le glacier Mosco dans la vallée d’à côté.

Avec ces belles journées qui s’enchainent et le bateau qui ne part toujours pas, on commence vraiment à croire au complot du village. Tous les habitants se liguent contre les touristes pour les bloquer ici et sucer tout leur blé. Comme par hasard, il n’y a que 2 endroits où on peut payer par carte : l’une des compagnies de bateau (la plus chère) et un magasin de bouffe. Comme ça, même si tu n’as plus de liquide, tu peux continuer à leur donner ton argent. Tout le monde commence à en avoir ras le bol et ça commence à sentir la rébellion…

Après près d’une semaine d’attente, le départ est enfin annoncé avec un départ au petit matin, évitant ainsi une rébellion touristique qui aurait mis le village à feu et à sang (oui, au moins !).

 

 

J220 – Vendredi 26 Février
8km de ripio + 16km de ripio tout pourri + 6km de sentier de rando en forêt

C’est enfin le départ de Villa O’Higgins, après une semaine à poireauter sur place. La fenêtre météo pour le bateau étant assez courte, le départ est prévu à 7h30 et le rendez-vous fixé à 7h sur l’embarcadère.

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Réveil à 4h du matin et c’est au beau milieu de la nuit que les sacoches sont bouclées et les tentes démontées. A 6h nous partons pour l’embarcadère situé 8km plus loin. Nous roulons à la lueur des éclairages de vélo et profitons du lever de soleil sur le lac. 45min plus tard, nous arrivons à l’embarcadère. Le soleil se lève et nous faisons quelques photos devant le panneau marquant la fin de la Carretera Austral. Il marque en fait la fin de la route tout court, puisque c’est ici un cul de sac. Le seul moyen de continuer, c’est en bateau. Nous aurons parcourus 1000km sur les 1247km que compte la Carretera Austral, puisque nous ne l’avons pas emprunté directement depuis Puerto Montt pour faire un petit crochet par Chiloé.

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Nous chargeons les vélos sur le bateau qui ne tarde pas à prendre le départ. 3h de navigation sur le Lago O’Higgins plus tard, nous accostons.

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Au programme maintenant, 16km de ripio assez mauvais en montée pour arriver à la frontière argentine. Les 6 premiers kilomètres sont plutôt pentus et nous poussons un peu. En cours de route, nous passons le poste frontière chilien pour ce qui sera sans doute le passage le plus simple de tout le Chili : pas une question, pas une fouille, juste un tampon sur le passeport et c’est reparti.

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Arrivée à la frontière, c’est le parcours du combattant qui commence. Comme d’habitude, la route côté argentin est pire que côté chilien. Le ripio chilien étant déjà pas top, les argentins sont, eux, restés au chemin de randonnée. Nous nous engageons donc sur ce chemin de terre étroit, rempli de racines et de caillasses, sans parler bien sûr des rivières à traverser dans l’eau ou sur des troncs d’arbres, des chemins trop étroits pour les sacoches, des pentes impossibles à monter sans pousser le vélo à 2, des champs de boue … Bref, c’est un peu Koh Lanta en vélo, mais c’est quand même assez fun parce qu’on est 3, et bientôt 4 puisque nous sommes rejoint en cours de route par Heiko. Disons que tout seul, le chemin n’est pas impossible mais demande plus de temps et que globalement, il est plus prévu pour les randonneurs ou les cyclistes équipés de très bon VTT, mais pas trop pour les cyclo-voyageurs qui ont des vélo de 50 ou 60kg et pas de suspension. Il nous faudra ainsi 3h pour parcourir les 6km de sentier, mais c’était chouette quand même.

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J221 – Samedi 27 Février
12km à pied ; 40km à vélo ; Dénivelés inconnus

Ce matin, réveil en douceur au bord du lac. Le bateau n’est censé partir que vers 11h du matin, donc on n’a le temps de dormir un peu plus que d’habitude.

Oui, parce que si je compte contourner le lac à pied, le chemin est bien plus accidenté qu’hier et en fonction des cyclistes qui sont passés par ici, il faut entre 10 et 20h pour contourner le lac avec le vélo. L’idée est donc de mettre le vélo sur le bateau, de faire la rando à pied et de récupérer le vélo à la fin.

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Cette petite rando à la journée est bien sympathique. Une douzaine de kilomètres durant lesquels nous sommes tous bien content de ne pas nous trimballer les vélos chargés et qui nous offrent de jolis panoramas sur le Fitz Roy et un petit glacier.

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Le chemin n’est tout de même pas de tout repos et nous mettons 4h30 à parcourir des 12km. Nous récupérons alors les vélos que le conducteur du bateau a laissés au poste de police, puis en route pour El Chalten. Les 38km de ripio sont assez mauvais, mais les paysages parfois assez beaux. Nous ferons une pause imposée en cours de route pour cause d’abattage d’arbre !

Arrivé à El Chalten, nous filons à la Casa de Ciclista de Flor. Le jardin est rempli de tente, pas moyen d’en caser une de plus, du coup, nous dormons à l’intérieur 🙂

 

 

J222 – Dimanche 28 Février

Aujourd’hui, c’est une journée glande. J’avais prévu de partir randonner, mais je suis bien trop tard pour prendre le départ. Ça sera pour demain. En attendant, je fais donc le tour des tiendas du village pour refaire le plein de bouffe. Le choix est particulièrement limité et les prix très élevés.

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Il pourrait d’ailleurs paraître étonnant qu’El Chalten soit un village si petit alors qu’il est au pied du Fitz Roy et d’un paquet de randonnées. Vu le nombre de touristes, ça pourrait tout aussi bien être 2 fois plus important. Mais la réponse est tout simplement historique, le village n’a été fondé qu’en 1985 et compte 30 ans plus tard un peu plus de 2300 habitants (donc quasiment 90% sont arrivés ces 15 dernières années). La création de ce village répond à un enjeu touristique, mais aussi et même surtout à un enjeu politique. Si vous avez une carte du monde chez vous, allez donc voir où se situe la frontière entre le Chili et l’Argentine à cet endroit et aussi un peu plus au Sud. Selon toute probabilité, vous avez un rectangle blanc, voir pas de frontière dessinée du tout (vous pouvez d’ailleurs observer cette absence de frontière pas plus loin que sur GoogleMap).

Mais pourquoi donc me direz-vous ! La Cordillère marque la frontière entre l’Argentine et le Chili, mais la question de savoir si on trace la frontière au niveau d’une ligne reliant les plus hauts sommets ou suivant la ligne de séparation des eaux a longtemps été discutée, et en de nombreux endroits, la lutte contre l’ennemi pour grappiller un peu de territoire a été sans merci. Faut dire qu’ils ont quand même plus de 5000km de frontière, donc les litiges ont été nombreux. Pour la partie la plus Australe du continent, c’est Jean-Paul II qui a même dû faire médiation pour trouver un accord en 1984. A la suite de cet accord, on peut soupçonner les Argentins d’avoir créé la ville d’El Chalten pour justifier l’appartenance de ce territoire au territoire argentin. Officiellement, le litige est résolu avec la signature d’un accord en 1998, mais les frontières n’étant toujours pas tracées sur les cartes 18 ans plus tard, on peut se dire que la lutte continue.

Et là, vous vous dites, mais pourquoi se battent-ils ? Rassurez-vous, ils ne se battent pas physiquement (enfin je crois). Et surtout pas au niveau de ladite frontière, puisqu’il n’y a là absolument rien … enfin presque. Disons plutôt qu’il n’y a pas la moindre vie humaine. Sur une vue satellite, vous verrez une immense étendue blanche, il s’agit des champs de glace Nord et Sud (ou Campo Hielo Norte et Campo Hielo Sur). Pour faire simple, le Campo Hielo Sur, c’est la 3ème plus grande calotte glaciaire du monte après l’Antarctique et le Groenland (en gros c’est pas un glaçon qui flotte comme au Pôle Nord, mais de la glace sur une surface terrestre, et donc de l’eau douce), avec 350km de longueur et une superficie de quasiment 17 000km2. Et c’est de cette calotte glaciaire que naissent de nombreux glaciers dont vous entendrez parler dans la suite de mon récit, comme le Glacier Viedma, le Glacier Perito Moreno ou encore le Glacier Grey.

Ceci étant dit, vu la pluviométrie locale, je ne pense pas qu’ils se battent pour des ressources en eaux, donc je me dis que soit c’est juste pour faire chier le voisin, soit il y a de forte probabilité qu’il y ait des ressources minières en dessous (ou alors, je suis complétement à côté de la plaque ^^)

Bref, vous savez maintenant pourquoi votre mapmonde est incomplète et pourquoi les superettes de ce mini-bled sont pourries. Je profite ensuite de cette journée pour passer à l’office du tourisme pour récupérer une carte de randonnée, très sommaire, mais c’est toujours mieux que rien.

Ce soir, c’est mon dernier soir avec Kristell et Fabien. Ils sont assez pressés par le temps pour avoir leur vol retour à Ushuaia, alors que moi non. Ils vont donc faire une partie du trajet en bus et cette fois, je ne pourrais pas les rattraper. Pour l’occasion, Fabien nous cuisine sont célèbre riz au lait en dessert.

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