De Salinas de Garci Mendoza à San Juan de Rosario : Traversée du Salar d’Uyuni

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J138 – Lundi 16 Novembre
40km ; D+ : 230m ; D- : 315m

Finalement, la chance a tourné. Ce matin, il m’a fallu 45min pour trouver une clé de 15 pour monter mes nouvelles pédales et le cyber n’a jamais ouvert : ni à 9h, ni à 10h, ni même à 11h. Je décide alors de partir car je dois continuer à avancer. C’est fou comme ce manque d’information est frustrant alors que de toute façon, je ne pourrais absolument rien faire.

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Je pars donc un peu malheureux de ne pas en savoir plus et en me disant que 150 morts dans une agglomération parisienne de plus d’1 million d’habitant, ça serait quand même pas de chance que je connaisse l’une des victimes.

Une fois sorti de Salinas de Garci Mendoza, c’est facile : toujours tout droit, direction Jirira. La piste n’est sur aucune carte, mais file dans la bonne direction sur un mélange de terre et de sel : les débuts du Salar d’Uyuni. Il n’a pas plu depuis plusieurs jours et la piste est bien sèche, mais d’après les traces, quand il pleut, c’est un sacré champ de gadoue. Pendant un bon 12km, c’est que du bonheur et en plus, j’ai une super vue sur le Thunupa.

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Je croise 3 français en moto, très sympas. On s’échange des infos sur la route. Les distances qu’ils parcourent dépassent mon entendement de cycliste : 6000km ce mois-ci et des étapes pouvant dépasser les 800km/jour.

Après ça, la piste se dégrade franchement (peut-être parce que maintenant elle est sur la carte ^^). J’enchaine les bacs à sable où il n’y a pas d’autres solutions que de descendre du vélo et de pousser. J’ai ensuite droit à quelques km de montée dans la caillasse afin de grimper de 100 ou 150m. En haut, le Salar d’Uyuni apparait dans toute son immensité, enfin presque parce que c’est tellement grand qu’on n’en voit pas les contours.

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Mais au fait, d’où vient le Salar d’Uyuni ? Initialement, c’était un très grand lac salé préhistorique, qui a fini par s’assécher. Ses dimensions étaient environ le double de celles du lac Titicaca. Comme il n’y avait aucun exutoire, les minéraux sont restés et sont toujours là. La disparition de ce lac à laisser de nombreuses traces : le Salar d’Uyuni bien sûr, mais aussi le Salar du Coïpasa, le lac Uru Uru (celui qui est tout prêt d’Oruro et dans lequel j’ai vu mes premier flamand rose), ainsi que le Las Popoo. Comme la nature est bien faite, tout ceci est relié. Le Lac Uru Uru est alimenté par le Rio Desaguadero. Si vous avez bien tout lu, vous vous souvenez sans doute que c’est le seul exutoire du Lac Titicaca. Ainsi quand le Titicaca déborde, l’eau va dans l’Uru Uru. En aval de l’Uru Uru, on trouve le lac Popoo et si celui-ci déborde également, l’eau va petit à petit inonder le Salar du Coïpasa, puis le Salar d’Uyuni.

Le Salar d’Uyuni est un lieu unique au monde à plusieurs titres :
– Tout d’abord, c’est le plus grand désert du monde. Ses dimensions sont d’environ 150km sur 100km, pour une superficie totale de 10 582 km2 (à titre de comparaison, la superficie de la Haute-Normandie est de 12 317 km2).
– C’est un peu prévisible mais comme c’est le plus grand désert de sel du monde, c’est aussi le plus grand gisement terrestre en sel du monde avec une quantité de sel estimé à environ 64 milliards de tonnes. Du coup, il y a bien sûr une petite exploitation saline (25 000 tonnes / an) et les locaux utilise également le sel pour les constructions. Ils découpent ainsi des briques de sel et les maçonnent avec un genre de mortier de sel pour construire hôtels, habitations, mobiliers …
– Le Salar d’Uyuni est perché à 3670m d’altitude et est extrêmement plat. On parle même parfois de seulement 1m de variation sur toute cette surface. C’est donc le lieu rêvé pour le calibrage des altimètres des satellites par exemple. C’est tellement plat et tellement grand qu’on peut y être témoin de la courbure de la Terre. C’est notamment pour cette raison que sur certaines photos, l’horizon a l’air de flotter. Et comme c’est tout plat, lors de la saison des pluies, le Salar d’Uyuni se recouvre d’une dizaine de cm d’eau et devient le plus grand miroir du monde et c’est vraiment très très beau. Mais bon, il faut reconnaître que même si quelques cyclistes traversent le Salar inondé tous les ans, c’est tout de même reconnaître que c’est beaucoup moins pratique à rouler, je suis donc passé pendant la saison sèche. Mais en cherchant très rapidement sur google, vous trouverez pléthore de photos et vidéos du Salar inondé, ça vaut vraiment le coup.
– Le sel du Salar d’Uyuni contient une part relativement importante de lithium : 0,2 à 0,3%. Ça ne parait pas beaucoup comme ça, mais au total, ça représente environ 9 millions de tonnes, soit plus ou moins 50% des ressources mondiales en lithium. Vous comprenez donc bien que c’est une ressource extrêmement stratégique actuellement, puisque le lithium est la ressource indispensable pour la fabrication de batteries, par exemple pour les voitures électriques… Jusqu’ici cette ressource était restée inexploitée (il y a bien eu quelques tentatives par des multinationales étrangères dans les années 80/90, mais les populations locales y étaient farouchement opposées, se doutant bien qu’elles n’en verraient pas la couleur). Evo Morales (le président bolivien) souhaite développer son pays sans trop se faire piller les multinationales étrangères. Il y a donc eu de très longues négociations, qui semble-t-il viennent d’aboutir, puisque le premier permis d’exploitation viendrait d’être attribué. Bref, à un moment, les boliviens vont devoir choisir entre préserver ce lieu d’exception ou approvisionner le monde entier en batteries de voitures.
– Comme ce n’est que du sel, vous vous doutez bien qu’il n’y a ici ni faune ni flore. Sur les différentes îles, on trouve un peu plus de diversité, notamment les célèbres Cactus Candelabres de l’Île Incahuasi, qui peuvent dépasser les 12m de haut. Certains sont vieux de 1200 ans.

Maintenant que vous en savez plus, je reprends mon petit périple : Depuis que j’ai récupéré la piste officielle, mon chemin consiste à contourner le volcan Thunupa, jusqu’à Coqueza. La piste est toujours pleine de sable, mais les vues toujours aussi superbes. A Jirira, je mange rapidement avant de repartir, il me reste une 15ène de km. Le vent de face, qui souffle depuis ce matin et se renforce d’heure en heure, n’aide pas, mais je finis par arriver à Coqueza.

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Le village n’a aucun charme particulier mais présente l’avantage d’être tout au bord du Salar d’Uyuni et d’avoir un chemin de rando pour aller crapahuter sur le Thunupa. Cette randonnée permet de s’offrir une belle vue sur le Salar et je l’espère, sur le cratère du volcan et sur la palette de couleurs impressionnantes qu’offrent ses roches. Vous l’avez compris, demain pas de vélo. Pour mon jour off, je fais de la rando.

Je finis dans un hôtel pas terrible et relativement cher car il n’y a ici que des touristes qui payent (très) cher pour faire du 4×4 dans le Salar. Mais au moins ici, il y a la pension complète. Ça ne va pas alléger mon chargement, mais ça m’évite de cuisiner et ça change des pâtes. En plus, j’arrive pour le gouter. Je m’installe à une table avec des inconnus (normal, je ne connais personne), mais le serveur m’invite à changer de table. Visiblement ces gens passent par une agence qui a la côte et on ne mélange pas les torchons et les serviettes. J’atterris donc à la table d’à côté, avec 2 italiennes et 2 chiliennes. Tout le monde est très sympathique. Nous discutons toute la soirée et demain nous irons randonner ensemble.

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J139 – Mardi 17 Novembre

Aujourd’hui, c’est repos, pas de vélo. A la place, je vais randonner sur le Thunupa. Après le petit déjeuné fournis pour l’hôtel (un peu léger à mon goût) nous nous rendons à l’office du tourisme pour acheter le ticket d’entrée et c’est parti pour la montée. Les 1er km sont carrossables et il y a plein de lamas (mais ça n’a aucun rapport, les lamas ne viennent pas en voiture).

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Au bout de la piste, les momies. Honnêtement, l’attraction est franchement survendue. En gros, il y a quelques cadavres dans une grotte avec un vieil édenté qui pue la coca, qui te donne un minimum d’explication en mâchouillant ses feuilles de coca et qui répond à côté de toutes les questions.

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Après ce petit intermède culturel, c’est reparti pour la grimpette. Il y a 2 miradors sur le chemin et rapidement, il faut choisir. L’une des chiliennes ayant un peu le souffle court (faut dire qu’elles sont en Bolivie depuis seulement 2 jours), nous optons pour le moins haut et le plus proche. 30 minutes plus tard, nous sommes au mirador. La vue sur le volcan est jolie, sur le Salar aussi. Petite photo de groupe et on repart. On est malgré tout un peu loin du volcan et j’aurais bien aimé grimper un peu plus pour voir le cratère. Pour l’ascension complète, il est obligatoire de prendre un guide local à 300 bolivianos, mais pour l’autre mirador, c’est inclus dans le prix du ticket d’entrée.

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Les chiliennes décident de redescendre, tandis que les italiennes et moi prenons le chemin du mirador suivant. Mais à peine commençons-nous à monter que l’une d’elle se sent mal. Visiblement, le repas d’hier a du mal à passer. Nous montons lentement, trop lentement. En route, nous croisons des randonneurs qui redescendent et nous indiquent qu’en marchant bien, le mirador est à environ 45min. Beaucoup trop loin pour nous, surtout à cette allure car il est quasiment midi et le repas de l’hôtel est à 13h30. On monte encore un peu pour tenter d’avoir une nouvelle vue sur le volcan, mais ce n’est pas très concluant et l’heure tourne. On redescend au pas de course et arrivons à l’hôtel à 13h30.

Et c’est là que la galère commence. Mes 4 compagnes de randonnées sont passées par une agence, avec un forfait tout compris : hôtel et pension complète. Moi par contre, je suis le seul client de l’hôtel « indépendant » et j’arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Hier on m’a demandé si je voulais la nourriture avec la chambre, j’ai dit oui pour ne pas faire mon associable, mais j’ai oublié de demandé ce qui était inclus et on s’est bien gardé de me le préciser. Bref, le déjeuner n’est pas compris dans le prix. Le type d’hier ment comme un arracheur de dent en disant que j’étais au courant. Je lui réponds donc que c’est un menteur et un escroc. Visiblement il n’a pas trop apprécié. Je traite donc ensuite avec la gérante de l’hôtel, lui explique ma situation, mais elle n’est pas plus coopérative. Je fais donc mes sacoches et m’en vais.

Je suis rentré de rando pour un déjeuner que je me retrouve à préparer moi-même sur la place du village. Si j’avais su, j’aurais continué à grimper. Je m’installe ensuite dans l’hôtel d’à côté et passe la fin de l’après-midi à trier mes photos.

 

 

J140 – Mercredi 18 Novembre
59km ; D+ : 90m ; D- : 80m

Aujourd’hui, j’entame la traversée du Salar d’Uyuni. Je pourrais le faire en une seule grosse journée, mais je décide plutôt de dormir au milieu sur l’île Incahuasi, également appelé Isla del Pescador (ou Ile du Pécheur). Du coup, c’est une petite journée en perspective, seulement 40km de Salar.

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Je pars, suis la piste principale qui mène directement à l’île, fais quelques photos du Thunupa qui s’éloigne … Mais il y a quand même un problème : les 3 français à moto d’il y a 2 jours m’ont dit avoir dormi sur l’île et que c’est l’île la plus grande, en forme de M. Hors, ce n’est pas vers celle-ci que je me dirige. N’osant pas remettre en doute leur parole, je change donc de cap et un peu moins de 40km plus tard, j’accoste. Sauf que l’Ile Incahuasi est hyper touristique et là, je suis tout seul. Je sors le GPS … et ne suis pas sûr la bonne île. Ici, c’est la Isla del Pescado (Ile du Poisson). Un petit « r » de rien du tout qui me coutera une vingtaine de km en plus pour rejoindre la bonne île. J’ai bien vu les traces des motos des français. Ils ne m’ont pas fait une mauvaise blague, ils ont juste dormi sur la mauvaise île. Bravo les français !

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La Isla del Pescado est un lieu désert. Juste du sable, de la caillasse, des rochers, des cactus et de la broussaille piquante. La surface des rochers est assez intrigante, on dirait un peu du corail.

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Malgré tout, j’ai un peu de chance. Il est déjà 15h, le vent se lève et il est à peu près favorable. Les 20km passeront donc assez rapidement. Arrivé devant la Isla del Pescador, il y a une bonne trentaine de 4×4 devant l’île, je sais que je suis au bon endroit.

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Je suis le seul cycliste au milieu de tous ces touristes. Si beaucoup ont l’air de s’en foutre, les japonais ne perdent pas 1 seconde pour me demander de me prendre en photo et d’autres prennent des photos en cachette. Les japonais sont très impressionnés par mon voyage à vélo. Je discute aussi avec une anglaise qui trouve ça très chouette et avec un français qui ne savait pas trop quoi dire. En gros, il m’a dit « chapeau, en vélo, félicitation » et comme je ne savais pas trop quoi lui répondre, j’ai juste dit « merci ». Après ces quelques échanges, je paye mon droit d’entrer et de visiter l’île, met le vélo à l’abri et pars en visite.

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Ici, il y a un petit circuit bien balisé pour monter au sommet de l’île, voir le panorama sur le Salar, les cactus … au cours de la redescente, le circuit passe par une formation géologique vraiment étonnante : l’Arco de coral. Ce sont des grottes / arches, probablement creusées par l’érosion. Les parois sont recouvertes par quelques centimètres d’une substance blanchâtre. Il pourrait s’agir d’un joli béton projeté, mais c’est plus probablement du sel, transporté par les puissants vents qui balayent le Salar. J’apprends également que la roche qui ressemble à du corail est en fait du corail pétrifié.

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Vers 17h30, la billetterie ferme. A 18h, il n’y a plus aucun touriste et à 18h30, je suis seul pour profiter du spectacle du coucher de soleil sur l’île et ses célèbres cactus. Le vent s’est encore renforcé et il n’est pas toujours évident de marcher bien droit. Espérons qu’il s’essouffle pendant la nuit, si je ne veux pas faire du sur place ou de la marche arrière demain.

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En plus, je suis un peu privilégié, je me fais héberger sur l’île par le guichetier, dans ce qui semble être une salle de projection, avec une grande baie vitrée donnant sur le Salar et un canapé placé juste devant, le tout pour moins cher qu’une chambre d’hôtel 🙂

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Côté pédales, il y a aussi du nouveau. Si lundi la pédale droite faisait quelques bruits, aujourd’hui ça va mieux. Par contre, côté gauche, ça bloque, ça craque, ça ne tourne pas toujours très rond … je crois que la pédale gauche est déjà cassée, elle n’aura même pas fait 100km 🙁 En attendant, je peux toujours l’utiliser et compte bien aller jusqu’à San Juan de Rosario avec, en espérant y trouver des pédales plus fiables. Sinon, je serais obligé de faire un crochet par Uyuni.

 

 

J141 – Jeudi 19 Novembre
64km ; D+ : 270m ; D- : 190m

Ce matin, réveil à 5h car la route est longue. En plus, ça me permet de voir le lever de soleil, même si je ne suis pas orienté du bon côté. Les premiers 4×4 de touristes arrivent des 5h30 pour voir le lever de soleil et ensuite ont droit au petit déjeuner dehors, à 6h du matin alors qu’il fait un froid de canard. Ils sont fous ces touristes.

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Pour ma part, je me prépare tranquillement et pars discrètement vers 7h pour éviter de devoir papoter 30min avec les touristes. Très peu de vent ce matin, ça roule bien et je me fais une pause tous les 10km :
– La première pour faire des photos sur le Salar,
– la 2ème pour ramasser du sel car je n’en ai pas pour cuisiner et aussi pour en ramener en France car je trouve ça classe de dire que le plat est salé avec le sel du plus grand désert de sel du monde et que c’est moi qui l’ai ramassé 🙂
– la 3ème pause, c’est pour grignoter.

A propos des photos, ce qui est chouette dans le Salar, c’est que c’est tellement grand, tout blanc et avec tellement peu de repère géographique que la perspective est faussée. Du coup, y’a moyen de faire des photos marrantes. On m’a aussi raconté qu’il y a une tradition dans le Salar qui consiste à faire une photo tout nu. Comme je suis un vilain traditionaliste conservateur et que j’étais seul, j’ai honoré cette supposée tradition.

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Au fur et à mesure de mon avancé, le vent se lève petit à petit. Il est bien matinal aujourd’hui et cela n’augure rien de bon pour cet après-midi. Heureusement, pour le moment, je l’ai plutôt de dos.

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Mes pédales, surtout la gauche, font toujours des leurs. En fait, je pense que je perds les billes des roulements en route. Mais pour le moment, ça tient toujours.

Après 43km, je quitte le sel et me voici sur la terre ferme. Au programme, un peu plus de 20km de piste pour arriver à Colcha K. La qualité de la piste est comment dire … assez déplorable. Quand je repense aux grands panneaux en 4×3, aux environs de Sabaya pour se féliciter de la qualité des routes boliviennes au slogan de « Que Carreteras ! », je ne peux m’empêcher de me dire qu’au lieu de se pignoler sur les 2 ou 3 seules bonnes routes du pays, ils feraient mieux de s’activer un peu pour construire les autres. Bref, j’ai comme toujours le choix entre sable et ripios. Le vent se renforce toujours et maintenant, je l’ai de face. A vue de nez, ´ça doit bien souffler entre 80 et 100km/h et le vent déclenche des tempêtes de sable. Vu de loin, c’est assez sympa, ça ressemble à un ouragan. Quand t’es dedans, c’est beaucoup moins sympa et t’en prend plein la gueule. Les 4 derniers kilomètres seront vraiment durs, car en plus de l’état de la piste et du vent, ça grimpe un peu.

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Depuis que j’ai quitté Sabaya, il y a quelques jours, les champs semblent assez minables, que de la terre et du sable, balayé par les vents et parfois quelques mini-pousses de rien du tout. Et pourtant, c’est dans ces champs que poussent les meilleurs quinoas du monde.

Ici on repère les villes assez facilement. Ce sont les seuls endroits où il y a des arbres. Et il se trouve que j’aperçois des arbres. Plus que 1,5km avant Colcha K. Après avoir trouvé un hébergement, je me mets en quête de nouvelles pédales, la 2ème paire en moins d’1 semaine. On m’indique qu’il n’y a qu’une seule boutique où je suis susceptible d’en trouver, et effectivement, j’y trouve mon bonheur. Pour 22 Bolivianos (soit environ 3€), j’ai une nouvelle paire de pédales et pour 4 bolivianos de plus que les précédentes, celles-ci sont tout en métal, plus lourdes et inspirent un peu plus confiance. En plus, vu la boîte, ça à l’air d’être des pédales qui roulent vite ! J’irai quand même voir ce qu’il y a à San Juan pour éventuellement avoir une paire de rechange, vue ma consommation actuelle. Je dois aussi trouver une clé de 15 pour pouvoir les monter et les démonter.

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Toujours pas d’internet dans ce bled. J’ai un petit espoir pour San Juan de Rosario demain. C’est ma dernière chance de prendre des nouvelles de la France avant une 10ène de jours. Les 10 prochains jours de pistes seront sans ravitaillement en nourriture, il s’agit donc de bien prévoir les 10 jours à venir et d’optimiser le poids car 10 jours de bouffe, ça pèse lourd. Clairement, ce n’est pas la peine de penser aux fruits et aux légumes : trop lourd, trop encombrant et en plus, ça ne supporte pas trop le transport en vélo. De toute façon, la question est réglée, ici comme « produits frais », il n’y a que des patates. Bref, faut aimer les pâtes, les soupes et la purée lyophilisée. Je finirais le plein de nourriture demain à San Juan. Avec un peu de chance, il y aura davantage de diversité.

 

 

J142 – Vendredi 20 Novembre
34km ; D+ : 280m ; D- : 230m

Petite étape aujourd’hui. L’idée est de rallier San Juan de Rosario pour y finir les préparatifs avant ces 10 jours de désert pour traverser le Sud Lipez et arriver au Chili : nourriture, eau, carburant, pédale et clé de 15. Je ne sais pas si ce sont ces nouvelles pédales qui vont vite, la double assiette d’hier ou la route qui est en meilleur état, mais les 15 premiers km passent très vite. Ou alors c’est parce que c’est la 1ère fois en plus d’une semaine que je peux vraiment appuyer sur les pédales sans avoir peur de les casser. La route est souvent caillouteuse et parfois sableuse, mais j’arrive à me frayer un chemin la plupart du temps.

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Déjà, les volcans ponctuent le paysage. Je contourne le Cerro Caral et après avoir rejoint la « route principale », j’en ai un autre en face et au loin, d’autres commencent à pointer le bout de leur nez. Cette « route principale » n’est pas en très bon état. Il y a beaucoup de ripios, mais les bords restent acceptables.

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Après quelques km, j’ai de nouveau des problèmes de pédales avec cette paire toute neuve. Encore la pédale gauche qui ne tourne pas rond. Au début, je pense qu’il s’agit encore de problèmes de roulements et poursuit ma route. Et puis plus ça va, moins ça tourne rond. Je finis par m’arrêter pour regarder. En fait, c’est la pédale qui se dévisse. San Juan n’est plus qu’à 5km. Je me dis que je peux continuer jusqu’à San Juan, au ralenti pour ménager les pédales. Et puis 2km avant la ville, ce n’est plus possible. Je m’arrête, tigone un peu la pédale … celle-ci me reste dans la main. Je finis donc à pied avec obligation de trouver une clé de 15 pour revisser ma pédale.

Une fois à San Juan de Rosario, je mange, trouve un hébergement et c’est parti pour une longue to do list. Tout d’abord, pas de pédale ici, il va falloir faire avec le matériel actuellement en ma possession. Ensuite la clé de 15. Im possible d’en acheter une, personne n’en vend. On m’en prête une pour revisser ma pédale gauche, mais là, problème. Comme j’ai continué à pédaler alors que la pédale se dévissait, le pas de vis de la pédale à ruiner celui du pédalier. Impossible de revisser la pédale. Là, ça se complique franchement. La seule solution serait de trouver quelqu’un pour me souder la pédale sur le pédalier, en espérant que la pédale ne casse pas, sinon il faudra tout changer. Avant de me mettre en quête d’un soudeur, je tente ma dernière chance : la pédale gauche de ma 1ère paire. Au début, je visse dans le vide, mais à la fin, ça accroche. Je serre comme un fou et j’ai maintenant une paire de pédale dépareillée, mais ça semble tenir. Espérons qu’elle tienne au moins 350km car à partir de demain, normalement, c’est zéro assistance.

Une fois le sujet mécanique réglé, il est temps de finir les courses. Malheureusement, ici il y a encore moins de choix qu’à Colcha K où j’aurais mieux fait de finir mes courses. Je finis tout de même par avoir mes 10 petits déjeuners et mes 20 repas pour les 10 jours à venir. Je refais le plein d’essence du réchaud et prends une petite bouteille de 0,5L en plus au cas où. Enfin, je ne trouverais de point d’eau que tous les 2 jours. J’ai 2 gourdes d’1L et une poche à eau de 4L, ce qui est insuffisant pour boire et cuisiner pendant 2 jours. Je rachète donc 2 bouteilles de 2L pour avoir une capacité de 10L et tenir 2 jours.

Mais concrètement me direz-vous 10 jours de nourriture, pour que ça ne soit pas trop lourd et pas trop volumineux, t’as pris quoi ?
– pour le matin, 800g d’avoine, 250g de sucre, 650g de céréales, 150g de lait en poudre, 200g de confiture et 8 petits pains (qui ne feront que les 2 premiers jours)
– pour les autres repas : 1kg de spaghettis, 150g de polenta, 650g de purée en flocons, 550g de soupes lyophilisées, quelques boites de thon, 900g de noodles ainsi que quelques biscuits.
Soit un total de quasiment 8kg de nourriture. Ajouté à cela les 10L d’eau, me voilà désormais bien chargé.

Je profite de la fin d’après-midi pour faire un brin de lessive, laver aussi le vélo sur lequel il y a encore pas mal de sel des Salars et sel et métal ne font pas trop bon ménage et puis je me lave moi aussi, parce qu’il n’y aura pas de douche pendant les 10 prochains jours. Ensuite, je change mes patins de freins arrières qui sont bien usés, resserre les vis et les boulons du vélo qui ont tendance à se dévisser à force d’être secoués sur les pistes défoncées et recharge les piles et batteries puisque les 10 prochains jours seront aussi sans électricité. Enfin, avant de me coucher, je tasse un peu les sacoches pour tout faire rentrer et après tout ça, il est déjà quasiment minuit. Et donc plus que l’heure d’aller se coucher.

4 Responses

  1. Cécile Cazorla

    Bonjour Camille,
    j’ai été super contente de croiser votre route vers la laguna Tuyajto en compagnie de Jean-Philippe, Rodrigo et Ramon.
    Que la vayas super bien.
    Cécile

  2. Jacqueline REY

    Tes photos sont magnifiques et c’est toujours un plaisir de te lire, et de voyager avec toi en pensée. Bonne continuation. Jacqueline (maman de Flo)

  3. Ta vieille tata Annie

    Bonjour mon Camille, bonne et heureuse année.

    Premièrement : coupage de barbe obligatoire, moustache autorisée.
    Deuxièmement : pédale plus vite, tu reviendras plus vite. Nous avons eu une part de foie gras en trop et une coupe de champage que j’ai bu évidemment à ta santé.
    Troisièmement : continuer tes reportages magnifiques et profite de ces moments de tranquilité. Car ton retour sera pénible et difficile : nous t’attendons de pieds ferme le rasoir à la main.

    Sur ce, nous t’embrassons et te souhaitons bonne route.

    Ta vieille tata Annie.

  4. On se croirait avec toi, c’est génial ! Continues avec tes blagues made in Cam, je me suis bien marrée !
    Bonne année l’ami =)

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