De Sabaya à Salinas de Garci Mendoza : Traversée du Salar de Coipasa

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J135 – Vendredi 13 Novembre
40km ; D+ : 160m ; D- : 170m

Une fois encore, départ un peu tardif, mais j’ai une excuse, il y avait une douche chaude et propre dans l’hôtel, et comme c’est très rare, il faut savoir en profiter.

Depuis la route, la vue sur le volcan Saxani est superbe. Comme je trouve quelques personnes sur le bord de la route, je demande plusieurs fois mon chemin pour être sûr de ne pas rater la piste. J’ai failli y croire quand quelqu’un m’a dit de tourner au panneau … il n’y a quasiment jamais de panneau en Amérique du Sud, surtout en Bolivie, et ce carrefour ne fait pas exception. Ceci dit, il n’y avait qu’une vraie grande piste, il n’était donc pas possible de la rater. Je quitte ainsi la route et lui dit au revoir pour un bon bout de temps.

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L’´état de la piste est assez mauvais. Entre sable et ripio, ma progression est assez lente, mais je crois que je vais devoir m‘y habituer. Entre le ripio tape-cul et le sable dans lequel on pédale dans la semoule quand on n’est pas obligé de pousser, il est difficile de savoir où rouler. En général le ripio est au milieu et le sable sur les bords, le meilleurs compromis consiste à trouver la mince bande entre les 2 pour avoir un support à peu près acceptable, mais ce n’est pas toujours aussi simple.

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Au début, je suis les traces d’un autre cycliste. Je sais que c’est un voyageur à vélo car il a les mêmes pneus que moi et que 90% des voyageurs à vélo. Mais assez rapidement, la trace bifurque et je ne la recroiserait pas.

Le trajet du jour consiste à rouler 20 ou 25km en plaine, avec vue sur les volcans pour arriver en bordure du Salar de Coïpasa. Puis rouler 15 à 20km sur le Salar pour rejoindre l’ « île » sur laquelle se trouve le village de Coïpasa.

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La première partie est interminable et ce n’est que vers 15h que j’arrive en bordure du Salar. Ne sachant pas trop ce qui m’attend, je demande ma route à 3 personnes différentes. En fait, c’est très simple, la piste est bien marquée et il n’y a qu’à la suivre. D’ailleurs, c’est assez amusant, quasiment tous les véhicules suivent bien la piste alors que c’est purement conventionnel. En fait, on peut rouler à peu près partout et il serait plus rapide de couper au plus court. C’est d’ailleurs ce que font certains 4×4 pour éviter des portions de pistes en mauvais état une fois sorti du Salar.

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Rouler sur un Salar, c’est assez unique. C’est tout blanc, c’est dur et il n’y a pas de repère de distance car il n’y a absolument rien. Parfois avec les récentes pluies, il y a quelques flaques. Le vent en assèche la surface et il se forme petit à petit une croute de sel. Et comme ici c’est globalement très sec, le sol est tout craquelé. Comme dans le Roi Lion, sauf qu’ici c’est du sel.

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L’avantage de rouler sur un Salar c’est que c’est tout plat. L’inconvénient c’est que comme c’est tout plat, il n’y a aucun obstacle et que l’on est à la merci du vent. Aujourd’hui, il vient de face et je peine un peu à rouler à 12km/h …pas de chance.

Cette région est vraiment étonnante. Une fois sorti des routes pour parcourir les pistes, on croise quelques petits villages, vraiment isolés et pas facile d’accès. Et pourtant, dans tous ces villages croisés, il y a plein de villages en construction, un peu comme s’ils reconstruisaient tout le village. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que font les gens qui vivent ici et ce qui a l’air d’en attirer beaucoup d’autres. A moins que le gouvernement ne leur donne de l’argent pour ne pas déserter la zone et qu’ils l’utilisent pour reconstruire le village. Abandonner les habitats en terre à toit de chaume au profit d’habitat en briques alvéolaires avec toit en tôle ondulée. Pas sûr qu’ils gagnent au change ! Coïpasa ne déroge pas à cette observation.

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En arrivant à Coïpasa, c’est la tuile, mais vraiment la grosse tuile. Je ne le sais pas encore (mais comme je suis sympa, je vous donne un petit teasing de la suite des aventures), mais ça sera le début de plus de 2 semaines de galères. 1er vrai problème technique : j’ai cassé une pédale. C’est beaucoup moins pratique pour avancer et je suis au milieu de nulle part.

L’axe est toujours bien vissé dans la manivelle, mais la plateforme de la pédale s’est désolidarisée de l’axe. Comme je ne trouverais pas de pédale ici, je tente le tout pour le tout : je démonte la pédale, les roulements, tout. Mais je ne comprends pas comment c’est censé tenir. Ou alors, ça s’est cassé tout au bout.

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Je fais part de mon problème à mes hôtes. Le fils tente à son tour de réparer, sans succès. Nous allons finalement chez un voisin mécano pour lui montrer la pédale. Je crois qu’il ne s’y connait pas trop en vélo, mais malgré tout le verdict tombe : c’est bien l’axe qui a cassé au fond de la pédale, donc pas moyen de ressouder. Bref, je repars demain avec une pédale d’un côté et un axe de l’autre. Y’a plein de péruviens qui roule comme ça, y’a pas de raison que je ne puisse pas aller jusqu’à la prochaine ville où je devrais pouvoir racheter des pédales, normalement dans 80km.

En discutant, j’apprends aussi que mes observations de ce matin ne m’ont pas trompé. Il y avait bien un autre cycliste hier, ainsi que 2 danoises plus tôt dans la semaine.

 

 

J136 – Samedi 14 Novembre
68km ; D+ : 70m ; D- : 80m

Quelle journée ! Superbe, incroyable, difficile, horrible, interminable … je ne sais pas trop quel adjectif choisir. Sans doute tout ça à la fois. Ce matin, je pars de bonne heure pour traverser le Salar de Coïpasa jusqu’à Tauca durant 40km puis 20km pour aller de Tauca à Luca. Ensuite, l’idée est d’avancer le plus possible vers Salinas de Garci Mendoza, 20km plus loin pour racheter des pédales et prendre ensuite la direction du Volcan Thunupa 40km plus loin.

La traversée du Salar se passe bien. Pas de vent, un petit 20km/h au compteur et plein de belles photos. C’est assez fou d’avoir une si importante surface plane. Devant moi et à droite, des montagnes et volcans donnent une fin à cette gigantesque étendue salée, mais à gauche, rien. Le Salar est infini et se confond avec l’horizon.

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Au début, il y a pas mal de piste. Je suis la plus marquée et en cas de toute, celle qui va vers la plus haute montagne, droit devant à 40km. Au bout de 15km, au milieu de nulle part, un panneau m’indique que je suis dans la bonne direction. C’est un peu la spécialité bolivienne. La plupart du temps, il n’y a pas de panneaux, mais quand il y en a, ils sont le plus souvent dans des endroits incongrus.

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Bref, je continu ma route. Les paysages sont vraiment uniques, mais c’est quand même un peu long et monotone. Au bout de 30km, la piste disparait (ou alors, peut-être que plongé dans mes pensées, je ne l’ai pas vu tourner …). On devine néanmoins quelques traces qui filent tout droit, vers Tauca, que l’on aperçoit au loin. Je poursuis toujours tout droit, vers le village et ignore plusieurs pistes qui vont vers la gauche. Et puis 3 ou 4km avant le village, je comprends pourquoi les pistes tournaient à gauche. Le Salar devient un peu mou et on s’y enfonce d’environ 1cm. Pas facile de rouler dans ces conditions et c’est peut-être pire ensuite. Dans le doute, je reviens 200m en arrière où je retrouve un Salar bien dur, puis roule vers la gauche. Après quelques km et quelques errements, je trouve une route en terre, surélevée d’une 40ène de cm, genre une digue, probablement pour conserver un accès durant la saison des pluies.

Je sors ainsi du Salar de Coïpasa et après quelques minutes, j’arrive à une intersection : à droite Tauca, à gauche mystère. D’après une carte, il y a une route qui longe le Salar et d’après une autre carte (car pas 2 identique) il y a une route qui part de Tauca et passe par Luca en s’enfonçant dans les terres. J’en déduis donc que la route de gauche longe le Salar et prends à droite pour rejoindre Tauca. J’arrive à Tauca quelques minutes plus tard, le village est complétement désert. A côté, un « centre d’expérimentation » avec du mouvement. J’y vais pour demander ma route et on m’indique que pour Luca, c’était avant. Je rebrousse donc chemin, tente plusieurs pistes sans succès et retombe finalement sur le fameux croisement de tout à l’heure. Cette fois, je prends à gauche et c’est parti. Dans tout ça, j’ai mis 2h30 pour traverser le Salar et 2h (et 10km en plus) pour en sortir et trouver le bon chemin (notez bien que je ne parle pas de route).

La piste est très sableuse, une horreur à rouler, surtout avec 1 pédale ½. Je pédale dans la semoule et passe la moitié de la route à pousser le vélo car le chemin est impraticable pour ceux qui n’ont pas de 4×4. Je croise plusieurs pistes en cours de route et décide de rester sur celle-ci qui semble être la piste principale. Je ne sais pas si je suis sur la bonne route, mais je sais que je vais finir par arriver dans un village car je suis plus ou moins une ligne électrique.

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Le plus souvent aux intersections, c’est un sacré dilemme : gauche ? Droite ? Droite ? Gauche ? Parfois, les pistes se recroisent un peu plus loin, parfois elles disparaissent, parfois tu en croises une assez importante qui sort de nulle part. C’est un peu la loterie et mes choix ne sont pas toujours les bons. Il va de soi que le GPS du téléphone ne sert pas à grand-chose, à part à savoir où je suis (ce qui est déjà pas mal). Sur la carte, pas de piste, je suis au milieu de nulle part.

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Avec ma ½ pédale, je suis en train de ruiner les semelles de mes nouvelles chaussures. La chaussure est plus large que l’axe de la pédale et son extrémité creuse un peu plus ma semelle à chaque tour de manivelle. Je sors donc la pédale des sacoches et la remet en place. Mais forcément, ça ne tient pas bien et je la perds toutes les 30 secondes. Forcément, ça m’agace. Je tente alors de la scotcher à ma chaussure, genre pédale automatique (sachant que je viens de renvoyer les chaussures adéquates en France …). C’est mieux, mais avec tout ce sable, le scotch ne colle pas bien et la pédale fini toujours par se faire la malle. Forcément, ça m’agace toujours plus et après 3 tentatives infructueuses, je balance la pédale, bien content de me débarrasser de cette merde. Et puis finalement, je suis allé la rechercher, ça peut quand même être utile, on ne sait pas de quoi demain sera fait.

A ce rythme-là, je n’avance pas ben vite et après plus de 2h, je n’ai parcouru que 10km. Et puis à un moment, l’état de la piste s’améliore un peu et j’arrive à rouler. Parfois il y a beaucoup de ripios et je vais faire les bordures pour retourner m’ensabler. Comme si je n’en avais pas eu assez aujourd’hui. Quand soudain, semblant crever le ciel (enfin la route) et venant de nulle part, surgit … un 4×4 ! Je l’arrête et lui demande où mène la piste, le chauffeur me répond « à Luca ». Inespéré, les 2 cartes étaient fausses … La route pour Luca longe donc le Salar en suivant la ligne électrique pendant 12 à 15km avant de bifurquer à droite pour s’enfoncer dans les terres.

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Il me faudra tout de même 1h pour parcourir les 10 derniers km. J’en ai un peu marre et me rend compte que je n’ai pas mangé à midi. Si je trouve un véhicule à Luca pour aller à Salinas de Garci Mendoza, je monte dedans car je le sens pas trop de repartir pour 20km de pistes sans 2 vraies pédales.

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Luca est un tout petit bled et personne ne va à Luca avant demain matin. Je vais donc passer la nuit ici. Après quelques pourparlers, on m’ouvre la porte de ce qui semble être une ancienne école. Et là quand je pensais enfin pouvoir manger et dormir tranquillement, je me fais plein de nouveaux copains. Tous les gosses du village viennent me voir … pour je ne sais pas trop quelle raison, et visiblement eux non plus. Du coup, on se retrouve à discuter de comment on s’appelle, quel âge on a … Au bout de ¾ d’heure, je finis par leur dire que je suis fatigué et que je vais aller me coucher. Sympas, ils s’en vont.

Demain, réveil de bonne heure. J’ai peut-être trouvé quelqu’un qui va à Salinas pour le marché, mais ici ce sont des lève-tôt.

 

 

 

J137 – Dimanche 15 Novembre
30km ; D+ : 270m ; D- : 235m

Réveil à 5h30, il s’agit de ne pas rater le véhicule. A 6h je suis prêt et je commence à attendre sur la place du village qu’un véhicule pour Garci Mendoza passe. Le seul qui passera sera un colectivo sans galerie, qui refuse d’embarquer le vélo. Durant mon attente, les 8 affreux gnomes d’hier (je parle bien sûr des enfants) sont de retour et je reste la principale attraction du village. Au début, ils sont sympas et plus ça va, plus ils sont chiants. Ça touche à tout sur le vélo, il y en a même un qui joue avec un clou sur mon pneu. A 8h, je décide donc de partir. Personne ne passe par se bled paumé, je ne vais pas poireauter toute la journée.

Comme hier, je continu donc á suivre la ligne électrique avec ma pédale ½. Les 10 premiers km sont très corrects, peu de sable et peu de ripio. Ça roule plutôt bien. Ensuite, ça se gâte un peu. Je retrouve le sable, les ripios et la caillasse, sans parler du vent de face qui n’aide pas. La fatigue s’accumule un peu et je commence à trouver cela un peu dur quand même.

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Je profite de mon passage à Alcaya pour aller voir les nécropoles Chullpa. Une fois sur place, il y a de petites constructions toutes mignonnes, mais toutes fermées. Sans doute parce que c’est dimanche. Dommage, ça avait vraiment l’air intéressant.

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Je reprends donc le vélo, direction Salinas de Garci Mendoza. Entre la ville et moi une petite dizaine de km dont un col à 4000m. Entre l’état de la piste, la pente et la fatigue, je galère vraiment et finis par pousser le vélo. Au fur et à mesure que je monte, le paysage prend de l’ampleur : plaine, montagnes, volcans et même un petit bout de Salar entre 2 montagnes. Arrivé au col, j’aperçois enfin la ville quelques km plus bas, ainsi que les prémices du Salar d’Uyuni. Les derniers km filent assez rapidement et je ne tarde pas à arriver à Salinas. Il est tout de même 12h30.

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Avant même de chercher à manger, je me mets en quête de nouvelles pédales, au cas où le magasin soit fermé le dimanche après-midi. A Tauca et Luca, tout le monde m’a dit que je trouverais ici de nouvelles pédales. Maintenant que j’y suis, c’est un tout petit peu plus compliqué. Visiblement, il n’y a pas d’atelier ou de magasin de vélo ici. Après quelques minutes de recherches, on m’indique finalement une petite boutique qui a l’air de faire quincaillerie, de vendre quelques pièces de voitures et quelques pièces de vélo. En matière de pédales, le choix est assez limité, il n’y a qu’un seul modèle : 100% plastique avec roulement apparents. Autant dire que ça n’inspire pas trop confiance, mais ce n’est pas comme si j’avais le choix. Pour 18 Bolivianos (soit environ 2,3€), me voici l’heureux propriétaire d’une nouvelle paire de pédales, en espérant qu’elle au moins jusqu’à Salta.

Une fois mon achat réalisé, il est grand temps de se restaurer. Je m’arrête dans le 1er petit resto que je trouve et me retrouve à manger à côté de l’homme qui m’a indiqué la boutique pour les pédales. On discute un peu ensemble et quand je lui dis que je suis français, il m’apprend qu’il y a eu un attentat à Paris durant un concert, qu’il y a 150 morts et que c’est le gros bordel.

Je suis un peu choqué, mais je n’arriverais pas à en savoir plus. Comme j’ai malgré tout un peu de chance aujourd’hui, il se trouve qu’il y a une connexion internet à Salinas. La 1ère depuis Oruro et probablement la dernière avant le Chili. Mais comme il n’en faut pas trop non plus, c’est fermé aujourd’hui et ne rouvre que demain à 9h. Je comptais avancer un peu plus aujourd’hui, mais du coup, je me prends une chambre pour avoir internet demain et prendre quelques nouvelles de la France. A la télé, je fini par avoir confirmation de l’attentat, mais ça parle trop vite et je n’y comprends pas grand-chose. Ils parlent surtout de la réaction du Pape François, de la messe à Notre-Dame et des gens qui chante Alléluia dans la rue. C’est bien triste que je vais me coucher ce soir.

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