De Riobamba à Alausi

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J25 – Dimanche 26 Juillet
–> environ 45km

Aujourd’hui, c’est dimanche. Je profite de ce jour du seigneur pour quitter Riobamba pendant que tout le monde est à la messe. Un petit détour par le marché de la Merced (mon préféré à Riobamba) pour faire quelques provisions et prendre des forces, et c’est parti.
Cette route est une éternelle ascension. Je passe de 2750m à 3200m. C’est à cette altitude qu’est perché le petit village de Flores. Les 20km qui séparent Riobamba et Flores sont jalonnés de nombreuses serres. Je sais maintenant d’où viennent tous les fruits et légumes des marchés de Riobamba. Si les environs de Baños sont dédiés à la production de poulet, on trouve ici une importante concentration d’activités maraîchères.

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Arrivée à Flores, je prends un peu de repos bien mérité. Ne trouvant pas le chemin du centre du village, je m’arrête dans une minuscule tienda (épicerie locale) dans laquelle j’achète un petit pain que je mange juste devant la porte. La femme qui tient la boutique semble avoir envie de discuter. Passé les quelques minutes occupées à savoir comment je m’appelle, d’où je viens, comment s’appellent mes parents, si j’ai des frères et sœurs … vient le sujet de qu’est-ce que je fais avec un vélo. Et là, tout ce que je dis semble l’impressionner : le nombre d’heure d’avion depuis la France, mais aussi (et peut-être même surtout) le fait que je viens de Riobamba (à 20km de là). Je crois l’achever en lui disant que je vais à Cuenca (à 200km de là). Je n’oserais donc pas lui en dire plus.

C’est le moment de repartir. Au bout de 2min, je tombe sur un carrefour. J’ai bien envie d’aller tout droit, mais un grand panneau indique « Guamote » (mon point de bivouac du soir), à 25km sur la droite. A contrecœur, je prends donc à droite qui, en plus, se trouve être une belle petite montée. 5min plus tard, me voici finalement en plein cœur de Flores, je m’arrête donc une 2nde fois. J’y trouve une 2nde épicerie dans laquelle je me ravitaille en eau. Sur la place du village 5 petits stands de marché où mon charme naturel de gringo va faire des ravages (au début, je pensais que cette dénomination de gringo était réservée aux américains, mais finalement, ça marche pour tous les étrangers, ou au moins tous les blancs). Plusieurs stands sont tenus par des jeunes filles de 12/16ans et après m’être fait arrêter 2 fois dans la rue la semaine dernière pour faire une photo avec des ados que je ne connaissais absolument pas, voilà qu’on se met à m’offrir de la nourriture ! J’avoue en profiter un peu, je discuterais donc un bon ¼ d’heure avec ces demoiselles avant de repartir quelque peu alourdi (mais pas trop non plus, j’ai quand même refusé les trucs les plus lourds). Cette discussion m’a également permis d’apprendre que c’est la fête à Guamote toute la semaine et que mon instinct premier de ne pas monter dans Flores était le bon puisque la route qui allait tout droit est un peu plus courte (moyennant cependant un peu plus de relief).

Je redescends donc et reprend ma route. En effet, très rapidement, j’entame une descente qui me ramène à 2800m d’altitude j’ai passé 3h à monter ce que je viens de redescendre en quelques minutes. Je remonte ensuite une centaine de mètres pour arriver dans un petit vallon tout mignon. Encaissé entre les montagnes, une rivière serpente dans ce fond de vallée dédié à l’agriculture. Ça a l’air d’être un petit coin très tranquille.

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Tranquille, mais qui monte quand même un peu, j’atteindrais quelques kilomètres plus tard Guamote à 3000m d’altitude où effectivement, c’est la fête au village.

Le stade a été réquisitionné pour l’occasion, une scène montée et nous avons droit au tour de chant des stars locales. Les 2 premiers artistes qui ont l’honneur de ma présence ne semblent pas soulever les foules. C’est le moins que l’on puisse dire car les spectateurs sont totalement passifs. Personne ne répond quand le chanteur essaye de faire participer le public. Les seuls moments où 2 ou 3 mains se lèvent, c’est quand le chanteur demande qui veut un CD, avant d’en lancer 1 ou 2 dans le public. Vient alors l’heure de la 3ème chanteuse. Je ne sais pas si c’est vraiment une star locale, mais son arrivée a déclenché un petit mouvement de foule. Sans bouger, je suis passé du milieu du public au fond, tout le monde s’était tassé devant moi. C’était toujours pas l’ambiance de ouf, mais c’est quand même la seule qui a eu droit à un semblant d’applaudissement, et y’avait même un petit groupe qui avait les bras en l’air juste devant la scène … la folie quoi !

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Le jour commence sérieusement à baisser, il est plus que temps de trouver un endroit où dormir. Après une demi-heure de recherche je trouve un spot vraiment pourri, mais qui, faute de mieux, fera quand même l’affaire. Je plante donc ma tente sur un petit carré de terre/sable/graviers, à côté d’une station-service. Pendant mon installation, je serais longuement observé par le petit Bayron (comme en espagnol, toutes les lettres se prononcent, tu t’appelles Bayron, Mayckel ou Tayler, mais pas Byron, Mickael ou Tyler). Bref, Bayron doit avoir 5 ou 6 ans à tout casser et est vendeur de chips dans le rue devant la station-service. Sa maman prépare les chips et lui et son papa les vendent, chacun à un point stratégique de la ville. Il est environ 20h, il lui reste 4 paquets et il ne rentrera pas chez lui avant d’avoir tout vendu. Du coup, même si je ne suis pas grand grand fan de chips, j’ai acheté un paquet.

Je ne connais pas la législation en vigueur en Équateur, mais ils ont un gros problème avec le travail des enfants. Si j’en vois beaucoup avec un cartable et un uniforme (car ici il y a des uniformes pour tout, c’est un peu militaire comme organisation) il en reste encore un nombre non négligeable dans les champs, dans la rue ou dans les marchés.

 

J26 – Lundi 27 Juillet
-> environ 45km

Après avoir très bien dormi à côté de ma station-service (qui se trouve en plus au bord de l’axe routier le plus fréquenté de la ville), je plis bagage et prend la direction d’Alausi.

Une fois sorti de la ville, la route traverse une longue plaine vallonnée (je crois que je viens d’inventer le concept, ici c’est ce qui se rapproche le plus d’une plaine, mais ça reste vallonné donc …). Comme l’Equateur est un pays très agricole, les paysages sont marqués par cette activité et remaniés par l’Homme. Ici, c’est différent, ça semble moins « artificiel » la plaine est composée de milliers de petites buttes sur lesquelles poussent des touffes d’herbe, des petits buissons et des conifères. Ce lieu semble totalement abandonnée des activités humaines. Une quinzaine de kilomètres plus loin, le paysage redevient agricole

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Les 2 ou 3 villages traversés dans la journée ne présentent pas d’intérêt particulier. A la sortie du dernier, je sais que la prochaine ville sur la carte est Alausi, je demande donc à quelqu’un de la station-service combien de kilomètres il me reste à parcourir, je comprends « 3km et c’est que de la descente ». En fait, j’avais pas bien compris, ce n’était pas 3 mais 13. Et concernant la descente, je retiens de cette expérience qu’il ne faut jamais croire un automobiliste, concernant le relief, celui-ci n’y a jamais fait vraiment attention car il ne l’a jamais fait à pied ou à vélo. Si les 7 ou 8 derniers kilomètres sont effectivement très descendants, je passe de 2900m à 2400m, les précédents sont moins marrants, surtout en fin de journée.

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Heureusement je saisi une occasion de sociabiliser en cours de route, ce qui ne m’étais pas encore vraiment arrivé aujourd’hui. Dans un virage, je vois 2 camions s’arrêter et une vingtaine de personnes en descendre, quasiment que des femmes indigènes et toutes habillées de la même manière. Quelques hommes sont là également et portent un groupe électrogène, un ampli et une enceinte. Intrigué, je m’arrête. C’est bien sûr un homme qui vient me parler. Contrairement à ce que je pensais, ce n’était pas du tout une fête plus ou moins improvisée sur le bord de la route, mais le tournage d’une danse traditionnelle pour la télé. Effectivement, d’autres personnes arrivent ensuite avec une caméra. C’est la danse avec les rubans et la bouteille que j’avais déjà vu lors de la Mama Negra, mais étrangement, pour la télé, la bouteille n’est pas là ^^

Pendant les prises de vue, je discute avec l’homme qui m’avait abordé lors de mon arrivée, ainsi qu’avec les 2 gamines d’environ 6 et 8 ans qui me posent plein de questions sur comment on dit … en anglais. A priori, ici la plupart des blancs sont visiblement des américains (c’est peut-être pour ça qu’on est tous des gringos). Du coup, j’en profite pour leur apprendre quelques mots de français.

Quelques minutes plus tard, me voici à Alausi. La rue principale s’appelle la rue du 5 Juin, je ne pense pas que ça soit un hommage à ma naissance, je vais donc devoir me renseigner pour savoir ce qui s’est passé un 5 Juin en Equateur, affaire à suivre.

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Alausi est célèbre pour sa gare. Un train reliant Quito à Guayaquil avait commencé à être construit, la construction ne s’est jamais terminée, mais quelques portions ont été conservé et reconverti en attraction touristique (le réseau de bus étant très développé et beaucoup moins cher que le train). La portion de voies ferrées que l’on peut emprunter depuis Alausi est célèbre en Equateur et s’appelle la Narine du Diable. Le train descend alors la montagne sur un flanc très abrupt. N’ayant pas la place d’aménager des virages, le train descend en oscillant sur la montagne tel un pendule : un coup en avant, un coup en arrière. C’est assez unique (le tarif pour monter dans le train aussi).

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A noter également une immense statue de St Pierre qui domine toute la ville, pour une raison que j’ignore.

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Alausi est aussi le point de départ du bus qui mène à Achuppalas d’où commence un chemin de randonnée très connu en Equateur : Le Chemin de l’Inca (en fait, le Chemin de l’Inca traverse une bonne partie de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie et du Chili), mais cette petite portion permet en 2 ou 3 jours d’arriver sur les ruines Incas d’Ingapirca qui est sans doute le site Inca le plus célèbre d’Equateur. Comme c’est un peu compliqué de laisser le vélo et les bagages dans la nature, d’aller randonner 3 jours et de revenir en bus pour repartir ensuite en vélo. Je fais l’impasse sur le chemin de randonnée et me rend directement à Ingapirca en vélo.

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