De Rio Grande à Ushuaïa

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J257 – Dimanche 3 Avril
83km ; D+ : 340m ; D- : 300m

Cette fois-ci, je pars … à 13h, et en sachant très bien que je n’aurais pas le temps de parcourir les 110km me séparant de Tolhuin où j’aurais pu dormir au chaud.

Après 2 jours de tempête, le vent est tombé. Sans le moindre souffle de vent, ça avance beaucoup moins vite. D’après Victoria, il a neigé au col menant à Ushuaïa, mais a route reste praticable et la neige aura probablement fondu d’ici mon passage.

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Par ici, les argentins sont un peu des Fangio en fiat panda (désolé pour les possesseurs de fiat panda…). Les mecs se la jouent pilote alors qu’ils conduisent des poubelles ^^

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Au fur et à mesure de mon avancée, le paysage change : je commence par longer l’océan, puis traverse une grande zone totalement plate et en fin de journée, ça commence à vallonner un peu et j’aperçois les cimes enneigées au loin. Avec le relief reviennent aussi les arbres. Certains sont barbus (oui, comme moi ^^) et d’autres arborent les couleurs de l’automne.

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Je plante la tente après un peu plus de 80km, ce qui n’est finalement pas si mal pour un départ à 13h. La nuit tombe, le froid s’installe. Je sens que le réveil va être un peu difficile demain matin.

 

 

J258 – Lundi 4 Avril
77km ; D+ : 700m ; D- : 590m

Je pars un peu après 10h, avec l’objectif de parcourir les 30km me séparant de Tolhuin dans la matinée. La route serpente entre les collines et la Cordillère de Darwin (la fin de la Cordillère des Andes) se rapproche.

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Je poursuis ma route au milieu des arbres jaunes, rouges, oranges, marrons … Mais aujourd’hui, je ne sais pas trop pourquoi, mais la lumière est un peu bizarre.

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Je fais escale à Tolhuin un peu après midi et file directement à la boulangerie La Union, boulangerie la plus célèbre de Terre de Feu et connue de tous les voyageurs à vélo d’Amérique du Sud. Il est en effet possible d’y passer la nuit et de repartir avec des empanadas. Pas de bol pour moi, il n’est que midi. Je ne passerais donc pas la nuit ici, mais déguste tout de même quelques empanadas. Je suis tout de même déçu de ne pas y trouver de pain au chocolat. Je dois avouer que j’attends cela depuis San Pedro de Atacama, au Chili, et j’avais bon espoir d’en trouver ici. Mais bon … tant pis.

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Je roule tout l’après-midi et m’avance un peu car demain il y a un col au programme, peut-être le dernier du voyage. Je suis maintenant à une petite soixantaine de kilomètres du bout du monde.

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J259 – Mardi 5 Avril
58km ; D+ : 800m ; D- : 850m

Dernier jour de vélo pour Ushuaïa. Pas de réveil et départ vers 11h 🙂
Je continu mon ascension entamée hier et arrive au Col Garibaldi vers 12h30, un peu étonné d’être déjà en haut, je m’attendais à monter plus longtemps. Il n’y a pas de neige en haut, il fait même beau et chaud puisque le thermomètre affiche un bon 15°C.

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Ensuite, c’est la descente. Comme toujours, tout le monde te dis que c’est de la « pure descente », mais en vrai tu passes ton temps à faire le yoyo. Mais au moins, la route est de qualité. Les hôtels isolés commencent à faire leur apparition, et même une station de ski.

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J’arrive à Ushuaïa dans l’après-midi. L’entrée de ville est très industrielle, portuaire et plutôt moche. Une fois dans le centre-ville, je passe rapidement à l’office du tourisme pour avoir l’essentiel des informations sur la ville et le Parc National et j’en profite pour squatter le wifi. Ici, je n’ai pas trouvé de couch-surfing. Je lance donc de nouvelles demandes … sans succès. Je vais donc faire mon peuchère chez les pompiers qui ne semblent pas vraiment émus par mon triste sort de voyageur sans abri … je finis donc dans un hôtel de backpackers.

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J260 – Mercredi 6 Avril

Après ces 3 jours de vélo et en préparation de quelques jours de randonnée dans le Parc National de la Terre de Feu, la journée est dédiée au repos. Il paraît que cette période est la meilleure pour visiter le parc car on peut profiter des couleurs de l’automne et du faible nombre de touristes. Par contre, attention au froid et éventuellement à la neige.

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Je vais quand même faire un petit tour dans le centre-ville en fin d’après-midi. Ce n’est pas particulièrement joli, ni typique, mais c’est nettement moins pire que ce qu’on avait pu me dire et je m’y sens bien : La « buena onda » comme on dit par ici.

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Les principales villes de la Terre de Feu argentine sont Rio Grande et Ushuaïa. Rio grande se situe sur une zone de plaines, ce qui facilite l’expansion de la ville alors qu’Ushuaïa est coincée entre la mer et la montagne. Mais la côte ne permet pas au port de Rio Grande de recevoir de gros bateaux, alors que cela est possible dans le port en eaux profondes d’Ushuaïa, dans le Canal de Beagle. En conséquence de quoi Ushuaïa est le port de la Terre de Feu et tous les containers sont ensuite envoyés à Rio Grande par la route.

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On pourrait être étonné de voir des villes comme Ushuaïa et Rio Grande s’étendent alors que soyons honnête, le climat en Terre de Feu est tout sauf accueillant pour ceux qui y vivent à l’année. Mais l’explication, en réalité est fort logique. Si j’ai bien tout compris, l’Argentine a été touchée par la crise financière dès les années 2000, ne pouvant payer toutes ses dettes, le gouvernement, alors de gauche, a fini par dire merde aux politiques d’austérité et à refusé de payer les fonds vautours. En conséquence, la note de l’Argentine (le fameux triple A) est devenu un triple C et la monnaie est devenue très instable (cela explique notamment les queues aux banques pour faire des retraits ou encore l’appétit des argentins pour le dollar, bien plus stable que leur pesos). Bref, pour éviter de se faire bouffer, le gouvernement a mis en place des mesures pour protéger son économie. Cela passe notamment par des taxe très importantes sur les produits importés qui deviennent alors hors de prix pour les argentins. Qui dit crise économique dit chômage. Le moyen le plus simple quand tu as beaucoup de chômeurs et que les produits d’importation sont trop chers, c’est de faire fabriquer ces produits dans ton pays par tes chômeurs. Ainsi, les argentins ont du travail, gagne de l’argent avec lequel ils peuvent acheter les produits qui, fabriqués en Argentine, ne sont pas taxés comme les produits importés et son donc à portée de bourse. Et avec ça, ton économie survie et ta population avec 🙂

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Pour en revenir à la Terre de Feu, le gouvernement a fait le choix d’y implanter les usines d’assemblage, notamment parce qu’il y avait plein de place là-bas: Mais, il y a certainement d’autres raisons parce qu’il y a plein de place partout, l’Argentine est un territoire 7 fois plus grand que la France, mais avec seulement 42 millions d’habitants. Dans les autres raisons, on peut notamment pensé à la volonté d’asseoir sa domination territorial au cas où les chiliens décideraient de faire valoir quelques velléités territoriales. Et pour faire venir les entreprises et les travailleurs ici, il y a tout pleins d’incitations. Pour les travailleurs par exemple, le temps de cotisation pour avoir droit à la retraite complète est plus court que dans le reste du pays. Enfin était, parce qu’avec le nouveau gouvernement (de droite), ces avantages ont été supprimés, en se disant que de toute façon comme il y a pas mal de chômage dans le pays (surtout avec les plus de 150 000 suppressions d’emplois engendrées par ses réformes en quelques mois), les travailleurs continueront à venir chercher du travail ici. D’où les nombreuses manifestations à Buenos Aires.

 

Bref, Ushuaïa est le port de réception des pièces détachées et Rio Grande l’usine d’assemblage de très nombreux produits Made in Argentina et c’est pour ça que ces villes croissent. On trouve donc de nombreux containers à Ushuaïa et même une inscription à l’entrée du port indiquant que les navires battant pavillon britannique ne sont pas autorisés à accoster ici. Et ce n’est pas une blague ! Les argentins n’ont toujours pas digérés la conquête des iles Malouines par le Royaume-Uni (qui s’appellent depuis les iles Falkland) et du coup, la Région de Terre de Feu a décidé de boycotter des pirates d’anglais !

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