De Punta Arenas à Rio Grande

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J252 – Mardi 29 Mars
60km ; D+ : 540m ; D- : 500m

Le bateau ne m’attendra pas, je me lève donc de bonne heure pour ne pas le rater. Après quelques kilomètres de vélo pour arriver au port, j’assiste à la fin du lever de soleil sur le Détroit de Magellan, après quoi le transbordeur prend le départ pour 2h de traversée.

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L’arrivée en Terre de Feu est accompagnée d’un groupe de dauphins qui escorte le bateau jusqu’au port et réjouit les passagers par de nombreux sauts ! (oui, comme dans Titanic, sauf que eux c’était au départ vu qu’ils sont jamais arrivés ^^)

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Sur le bateau, j’ai fait la connaissance d’Andrés, un cycliste colombien. Nous roulons ensemble la petite poignée de kilomètres qui nous séparent de Porvenir. Alors que je m’y arrête pour manger, Andrés décide de prendre directement le départ.

Depuis le Détroit, le relief de la Terre de Feu semblait assez accidenté. Les premiers coups de pédales pour sortir de Porvenir (et aussi les suivants) me le confirmeront. Entendons-nous bien, on n’est loin d’être en pleine montagne, mais la route côtière n’est qu’une succession de petites montées et de petites descentes. A cela s’ajoute que l’asphalte et le béton pour les routes n’ont pas encore investis les routes fuégiennes qui sont toujours en ripio plus ou moins roulant. Quittant Porvenir vers 13h30, je me doute que le bilan kilométrique de la journée ne sera pas faramineux, mais c’est avec tout de même une cinquantaine de kilomètres au compteur que je m’arrête 4h plus tard.

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Je retrouve alors Andrés qui s’est installé dans un petit cabanon. Il y a un 2nd cabanon à côté, un peu dégueu et qui dégage une odeur quelque peu nauséabonde, mais comme Andrés a eu la bonne idée de monter sa tente dans le 1er cabanon, il n’y a plus de place dedans pour y mettre mon matelas. J’investis donc le 2nd cabanon qui me permettra tout de même d’être à l’abri du vent et de la pluie et aussi qui me permettra de ne pas avoir à démonter ma tente dans le froid demain matin.

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J253 – Mercredi 30 Mars
79km ; D+ : 420m ; D- : 430m

Ce matin, je pars sans Andrés. Je l’aurais bien attendu quelques minutes, mais étant donné qu’il dort toujours à 10h, alors que moi je suis prêt à partir, je me dis que quelques minutes ne suffiront pas. 1km plus loin, j’ai déjà crevé. Ça faisait longtemps. Je crois bien que la dernière était aux environs de mi-décembre ! Comme je ne suis pas sûr d’avoir vraiment une crevaison, je décide de simplement regonfler et de repartir pour voir si le pneu tient la pression. Je me rendrais assez rapidement compte que j’ai bel et bien une petite crevaison qui m’oblige à pomper tous les 10km.

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A midi, je trouve un coin avec quelques arbres au milieu de cette gigantesque étendue de pampa. J’en profite donc pour manger et réparer ma crevaison. Andrés en profite pour me rattraper et nous roulerons ensemble durant une vingtaine de kilomètres avant d’arriver à un croisement (il n’y en a pas beaucoup sur cette route, donc même si ça peut paraitre un peu flou, c’est en fait très facile à trouver sur une carte !). A ce fameux carrefour donc, il y a une petite cabane, bien connue des cyclistes et auto-stoppeur car c’est un bon endroit pour passer la nuit. Malheureusement, il n’est que 15h.

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Nous rencontrons à côté de ce cabanon pas moins de 6 auto-stoppeurs (dont 4 français), au milieu de nulle part, attendant de trouver quelqu’un pour les remonter sur le continent. Nous sommes bientôt rejoints par 4 motards colombiens. Ça papote, ça papote, mais en attendant, on n’avance plus. Je finis donc par abandonner tout ce beau monde pour une petite boucle de 30km vers le Sud, histoire d’aller voir la pinguinera (c’est-à-dire un lieu avec des pingouins). Celle-ci est le repère d’une colonie de manchots Roi. Ici, on ne fait pas la différence entre les pingouins et les manchots, c’est tous des pingouins. Pour faire simple, la différence entre pingouin et manchot, c’est que les pingouins vivent dans l’hémisphère nord et peuvent voler, tandis que les manchots ne peuvent pas voler et vivent dans l’hémisphère sud.

Pour en revenir à notre manchot Roi, celui-ci est presque la copie conforme du manchot Empereur (comme dans la marche de l’Empereur), mais en un peu plus petit (parce qu’être roi, c’est moins bien qu’être empereur ^^).

Bref, l’entrée est payante et pas donnée, mais c’est quand même assez chouette de les voir évoluer. T’as un peu l’impression qu’ils n’ont rien à foutre de leur journée. Certains sont affalés par terre en train de dormir ou de glandouiller. Les parents surveillent leur petit et le défende des « attaques » des autres manchots. Ce sont des animaux qui ont l’air assez fier. Ils se baladent bien droit sur leurs pattes et souvent, ils allongent leur cou pour se grandir et poussent des cris. Les petits, eux, sont plus petits, tout gros et tout poilus. Franchement maladroit, ils piaillent tout le temps, se vautrent régulièrement et se prennent des coups de bec s’ils s’approchent trop des autres. Il y en avait même un qui avait l’air un peu associable, il restait un peu tout seul dans son coin et chassait ceux qui s’approchaient un peu trop. Physiquement, il ressemblait à Gattaz, mais en plus mignon ^^.

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Alors là, j’entends les défenseurs des animaux qui hurlent au scandale parce que je suis allé voir des animaux en captivité et que c’est un peu comme si on me faisait vivre dans une baignoire. Mais en fait non. C’est pas un zoo ou une réserve naturelle, en fait c’est juste un mec qui a remarqué que la colonie vient sur son terrain, au bord du Détroit, tous les ans, et du coup il a tracé un chemin pour aller à une vingtaine de mètres du lieu où ils s’installent tous les ans, il y a mis 2 ou 3 bancs, une petite guérite à l’entrée pour encaisser le fruit de son dur labeur, et c’est tout.

S’il y a bien 1 ou 2 mini-bus de touristes qui passent dans la journée, à l’heure où je suis passé, on était juste 3. Moi et 1 hollandais voyageant avec sa fille. Plutôt sympa, ils m’ont refilé un tuyau pour aller voir d’autres manchots gratuitement un peu avant Rio Grande 🙂

Je profite de cette halte pour refaire le plein d’eau et reprend le chemin du petit cabanon. Lorsque j’y arrive, tout le monde est parti et un cycliste argentin très sympa est arrivé.

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J254 – Jeudi 31 Mars
55km ; D+ : 400m ; D- : 400m

Au réveil, il fait à peine plus de 3°C dans le cabanon, autant dire qu’on se les gèle. Je remballe mes petites affaires, l’argentin repart vers le Nord et de mon côté, je reprends ma route vers l’Est.

Le vent est assez fort aujourd’hui, et j’ai la chance de l’avoir globalement dans le dos. Je pédale un peu, le vélo avance beaucoup, c’est assez pratique et pas trop fatiguant.

A midi, je tente de manger tous les produits qui ne passeront pas la frontière, mais j’ai trop de fromage. Les douaniers argentins n’étant généralement pas trop regardant, je me dis que je vais tenter le passage avec. Au cas où ils auraient l’idée de jeter un œil dans les sacoches, je me dis que finalement, le mieux est de mettre mon morceau de fromage dans la poche de mon manteau.

Je sors du Chili, parcours les 15km me séparant de la douane argentine et retrouve enfin l’asphalte. Ces argentins sont décidément plein de surprises : ils attendent mon dernier passage de frontière avant Ushuaïa pour enfin proposer une route en meilleur état qu’au Chili (en vrai ce sont surtout les chiliens qui n’ont jamais asphalté cette route parce qu’il n’y a que les argentins qui passent pas ici …). La douane argentine ne fouillera ni les sacoches, ni mon manteau. Il me demande juste le numéro de châssis du vélo … qui bien sûr n’en a pas.

Grâce au vent, j’arrive à la douane argentine à seulement 15h. J’aurais bien roulé 2 ou 3h de plus pour avoir une journée plus courte demain. En effet, il me reste 80km avant Rio Grande et j’aimerais bien prendre le temps d’aller voir les autres manchots. Mais ici, il y a une salle à disposition pour passer la nuit et il semblerait qu’il n’y a absolument aucun endroit où s’arrêter avant Rio Grande. Et avec un tel vent, difficile d’envisager de planter la tente. Je me décide donc à rester ici, avec mon fromage et les douaniers ^^

Étrangement, le paysage côté argentin a changé. La Terre de Feu chilienne était un peu vallonnée alors que côté argentin, vers le Nord, c’est le plat pays.

 

 

J255 – Vendredi 1er Avril
81km ; D+ : 580m ; D- : 570m

Ce matin, pas de tente à démonter et je suis bien au chaud, ça va tout de suite plus vite pour ranger mes petites affaires et à 9h, je suis déjà en selle. Le seul inconvénient de ma nuit, c’est qu’il n’y avait pas d’interrupteur pour éteindre les lumières qui sont donc restées allumées toute la nuit.

Ce matin, le vent est déjà fort … très fort même (70 à 80km/h), et j’ai la chance de l’avoir dans le dos. Le vélo file et j’arrive même à accélérer dans les petites montées sans donner le moindre coup de pédale ! Si je n’avais pas fait ma pause manchots, j’aurais parcourus les 80km dans la matinée.

Votre curiosité naturelle, aiguisée par 11 mois de lecture sur ce fabuleux blog, vous incite donc à vous demander « Mais pourquoi ça s’appelle Terre de Feu alors que c’est plutôt une Terre de Vent ? » et depuis mon 2 roues, je ne peux que souscrire à ce constat. L’origine du nom Terre de Feu vient en fait des peuples présents ici avant la conquête espagnole, les Yamanas. Comme ça caille pas mal, les Yamanas faisaient des feux pour se réchauffer. Depuis les navires espagnols, on voyait alors des colonnes de fumées s’élever et les espagnols ont donc appelé cette terre la Terre de Feu.

La côte Atlantique Argentine est riche en gaz et en pétrole et je vois donc apparaître mes 1ers puits de pétrole.

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Je profite de l’occasion pour aller voir ces fameux manchots et fais un petit détour par la plage. Il y a tellement de vent que je peine à avancer. Je finis donc par abandonner le vélo dans un coin et continu à pied, ce qui n’est finalement pas beaucoup plus facile. Effectivement, le pied de la falaise est rempli de petits manchots. A priori, ce sont des gorfous (ceux avec des petites mèches blondes sur la tête). Si les manchots Roi étaient un peu actif et assez bavards, ceux-là sont totalement silencieux et quasi-immobiles. Un peu comme s’ils attendaient que la tempête passe. D’après une personne sur place chargé de surveiller que les quelques touristes qui passent chaque jour ne s’approche pas trop, la colonie compte actuellement environ 150 manchots. Ils ont commencé à arriver il y a environ 1 mois et restent ici, à ne rien faire le temps de perdre leur duvet d’hiver pour ensuite pouvoir nager de longues distances. Mais pour le moment, on ne sait ni d’où ils viennent, ni où ils vont, puisque leur présence sur cette plage ne date que de très peu d’années et les recherches n’ont pas encore été menées.

La théorie actuellement privilégiée serait qu’ils s’arrêtaient auparavant sur une île plus au Sud, mais qu’ils s’arrêtent aujourd’hui un peu plus au Nord pour diverses raisons : changements climatiques, surpêche … mais en vrai, on n’en sait rien.

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Après quelques temps sur place, je reprends ma route et termine les 12km restants pour rejoindre Rio Grande peu après midi. La matinée aura été productive et peu fatigante. Après quelques temps dans la station-service pour squatter le wifi, j’apprends que j’ai un lieu pour dormir dans la ville, via couch-surfing. Je file donc chez Victoria, mon hôte, où je rencontre également Nicolas, un backpacker argentin.

Aujourd’hui, c’est vendredi et vendredi, c’est jour de sortie. La fête se prépare, on va acheter des bières et prenons la direction de la maison d’Horacio, un ami de Victoria qui accueille tout le monde pour festoyer dans la joie et la bonne humeur.

 

 

J256 – Samedi 2 Avril

Autant le dire tout de suite, je me réveille avec une sacrée gueule de bois … et visiblement, je ne suis pas le seul ^^ On restera donc tous à ne rien faire de notre journée et mon départ est reporté au lendemain.

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