De Mollepata à Caraz

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J64 – Jeudi 3 Septembre
30km ; D+ : 1000m ; D- : 600m

Avant de partir, je mange une mandarine sur la place centrale lorsque 2 jeunes viennent discuter avec moi. Plutôt sympa, on discute quelques minutes et l’un d’eux fini par me demander si je connais le gringo qui habite ici. Entre gringo, c’est bien connu, tout le monde se connaît ! Je lui explique donc gentiment qu’il y a plein de gringos dans le monde et donc que non, je ne le connais pas, et que c’est un peu comme si je lui demandais s’il connaît mon voisin argentin en France. J’apprends ensuite que le gringo en question est italien.

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Après cette petite rigolade, c’est parti. Il est environ 9h et pour le petit déjeuner, j’ai droit à une belle descente de 600m, toute en belle route. Les lacets sont assez serrés et le vide souvent vertigineux. J’aperçois le rio en contrebas, ainsi que la route qui remonte en face, les lacets qui grimpent la montagne sur environ 500m de dénivelé, le petit village à mi-chemin, puis la petite ville de Pallasca, encore 500m plus haut. J’appréhende un peu, mais bon, je ne peux pas trop faire demi-tour. C’est donc parti pour la descente. Quelques kilomètres plus loin, me voici au niveau du rio. Il est 9h30 et j’ai 1000m à grimper aujourd’hui.

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25 virages plus tard, me voici à mi-chemin. La matinée est passée assez vite et les 500 premiers mètres n’ont pas été si difficiles que cela. Je me pose 1h dans le petit village de Shindol avant de repartir. Sur une petite épicerie, il est écrit qu’ils vendent des marcianos. Un petit tour dans mon dictionnaire : ils vendent des martiens !? Je rentre donc et demande un marciano pour savoir ce que c’est. Je me retrouve avec un bâtonnet d’eau glacée, aromatisée aux maracujas, dans un petit plastique : un peu comme un mister freeze, sauf qu’ici, c’est artisanal. Je repars aux environs de 13h, et là, ça devient très compliqué. Disons que le marciano a une fâcheuse tendance à franchement m’accélérer le transit intestinal. Bref, les 400 derniers mètres d’ascension n’ont pas été les plus faciles. L’artisanat, ce n’est pas toujours une grande réussite … Au fur et à mesure de mon ascension, je me suis vu petit à petit dépasser l’altitude du village d’hier et au fond, j’aperçois le sommet des montagnes au milieu desquelles, je pédalais encore hier matin.

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J’arrive à Pallasca vers 15h30 et là tout le monde est gentil ! Je me retrouve à papoter avec des péruviens, à côté de la place centrale, on me propose de l’eau, m’apporte des mandarines, bref on est pas mal ici.

Mon système digestif ne me semblant pas encore au top de sa forme, je vais passer la nuit ici (avec des toilettes à proximité). Je me réserve les 80km de descente pour demain, si la route est bonne, et vais tacher de passer une bonne nuit. Le problème au Pérou, c’est que les véhicules sont très bruyants. Quand ils roulent, ils passent leur temps à klaxonner et quand ils ne roulent pas, il y a toujours une alarme qui se déclenche. Cette nuit, le pickup garé devant l’auberge où j’ai passé la nuit a sonné une bonne dizaine de fois entre 3h30 et 6h du matin, autant dire que les nuits ne sont pas toujours de tout repos.

Ce soir, sur la place de Pallasca, j’ai trouvé une pizzeria. Les pizzeria ne sont clairement pas très répandues au Pérou, ou alors coûtent assez cher. Là, je tombe sur une italienne et un péruvien qui ont l’air de tenir la boutique. Décidément, il y a beaucoup d’italien dans le coin. En discutant j’apprends que c’est un groupe d’italien qui est venu en « mission », probablement pour évangéliser tout ce beau monde. Enfin, en attendant, les pizzas sont faites maison, la pâte aussi, et ça, ça n’a pas de prix (la part de pizza n’est d’ailleurs pas excessive par rapport à ce que j’ai pu voir jusqu’ici). En plus, j’ai de la chance, ils ne sont ouverts que le jeudi. Voilà une journée qui finis bien 🙂

 

J65 – Vendredi 4 Septembre.
80km ; D+ ; 220m ; D- : 2700m

Beaucoup de descente aujourd’hui, je suis passé de plus de 3000m à environ 650m d’altitude, le tout en 80km.

Pallasca se surnomme la ville avec balcon sur le ciel. Et c’est vrai qu’ils sont au sommet d’une montagne avec quasiment une vue panoramique dans toute les directions.

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Les péruviens m’avaient dit que la route était bonne. Ils avaient juste oublié de préciser que ce n’était pas valable pour les 5 premiers kilomètres. J’ai cru que je m’étais fait avoir et que j’allais galérer toute la journée … Heureusement la piste en caillasse assez grossière n’était que passagère, probablement suite à un glissement de terrain.

Après 10km, je croise Thomas, un cycliste italien. On discute pendant 1h : lui monte et est bientôt arrivé, tandis que moi, je descends et ne fais que commencer. Échange de bons procédés, on s’échange des informations sur la route, bons plans … Mais ce n’est visiblement pas son premier passage au Pérou et je n’ai pas grand-chose à lui apprendre.
Thomas me fais remarquer que je ne voyage pas hyper chargé. De mon côté, je trouve que le vélo est encore trop lourd et envisage de faire un carton avec ce qui ne me semble pas indispensable, après 2 mois de voyage, pour le renvoyer en France par la poste.

Les péruviens ont aussi oublié de me dire qu’il y avait beaucoup de vent. Bon, j’avoue, je n’ai pas demandé non plus. Impossible de faire un tenir un chapeau sous ce cagnard et ces quasiment 40°C. Heureusement, donc, ce vent est là pour rafraichir un peu l’atmosphère. Dommage qu’il soit si fort et surtout dommage de l’avoir en pleine face. Lorsque la pente est faible, c’est à dire les 60 derniers kilomètres, j’ai l’impression d’être sur du plat, voire un petit faux-plat montant. Moi qui naïvement me voyais déjà boucler l’étape en un temps record et m’avancer un peu plus, me voilà servi.

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Les paysages sont une nouvelle fois démesurés. Je suis dans un fond de vallée qui ressemble davantage à un canyon. On se sent tout petit au milieu de ces énormes masses minérales. Enfin, il faut relativiser, ils font quoi ? 2000m, 3000m grand max? Il ne faut pas oublier que j’étais à plus de 4000m il y a encore 2 jours. Ici, malgré la rivière, c’est très sec. Pas de végétation en dehors des cactus, tout n’est que sable, pierre et poussières. Cela permet d’admirer la roche dont les couleurs sont très variées dans cette région : gris, noir, marron, mais aussi vert, rouge, orange et même violet.

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Par endroit, le canyon est une gorge très étroite et profonde, si bien qu’il n’a pas été possible de faire passer la route. Pas de problème, ils ont creusé des tunnels.

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Sur cette route, je croise une ville construite devant ce qui semble être une mine de charbon abandonnée. L’endroit est dégueulasse, lugubre et miséreux, on se croirait revenu au 19ème siècle.

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A la fin, j’en ai un peu marre de rouler avec ce vent de face et pense passer la nuit à Chuquicara.

Je ne vous ai pas encore trop parlé de l’instinct, mais c’est un truc un peu fou. Avant un virage sans visibilité, j’arrive en général à savoir si je dois freiner car vraiment très serré ou avec de la caillasse … ou si je peux me contenter de passer prudemment. Ça marche quasiment à 100 %, un peu comme si je sentais la route et ça semble très commun chez les cyclistes. A Chuquicara, mon instinct me dit que la route pour aller à Caraz n’est pas terrible (même si en théorie, je devrais avoir le vent dans le dos). J’envisage donc de prendre un bus pour Caraz, d’autant plus que cette portion de route consiste à rester dans un fond de canyon, ce qui ne me semble pas très intéressant.

Malheureusement, ce n’est pas la route la plus directe pour aller à Caraz ou à Huaraz et il n’y a aucun transport à cette heure-ci, seulement un bus qui passera demain à 11h. Je vais donc attendre demain matin. Comme il y a un barrage de police, je profite que les véhicules soient arrêtés pour leur demander s’ils vont à Caraz (à tout hasard), mais personne ne prend cette direction.

A 19h, j’abandonne pour aujourd’hui et monte la tente sous un abri, à côté du commissariat et surtout à l’abri du vent qui est un peu retombé avec la nuit.

 

J66 – Samedi 5 Septembre.

Après mes 3h d’attente d’hier soir pour tenter de trouver un véhicule, j’attends de nouveau 2h ce matin, au final, toujours personne. Le bus de 11h finira tout de même par se pointer à 11h30, mettant fin à cette attente. Je demande au chauffeur combien de temps mettra le bus pour arriver à Caraz (100km plus loin), il me répond 3h. Mon instinct d’hier ne m’avait donc pas trompé, la route est en fait une piste cabossée. Les paysages sont un peu différent d’hier, il y a quelques petits sites miniers abandonnés, accrochés à la montagne sur la rive d’en face et surtout, cette vallée compte plusieurs petits barrages hydraulique. Je croise aussi mes premiers sommets péruviens enneigés (regardez bien dans les nuages).

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Au début, je m’interrogeais pour savoir si j’allais jusqu’à Huaraz ou si je m’arrêtais à Caraz. En effet, sur une carte, les 2 randonnées que j’envisage de faire sont beaucoup plus proches de Caraz et Thomas m’a conseillé de m’y arrêter plutôt qu’à Huaraz, ville 4 fois plus grosse et très touristique. Le bus décidera pour moi, il ne va pas à Huaraz, mais seulement à Caraz.

3h plus tard, me voici donc à Caraz. Je fais rapidement un petit tour de la ville, me trouve un petit hôtel pour dormir et me met en quête de l’office de tourisme. Malheureusement, au Pérou, c’est fermé du samedi midi au lundi matin. Je repars donc bredouille. Heureusement, je trouve une agence qui vend des treks, enfin ils vendent surtout le transport pour y aller et en revenir et le fait de partir avec un guide, des mules, et parfois du matériel si tu n’es pas équipés. Mais le gérant est très sympa. Il voit bien que je ne vais rien acheter et compte partir en autonomie, mais me donne quand même quelques informations. Comme d’habitude, le hic reste la carte, mais j’ai lu que le sentier était très bien balisé. Il y a également plein d’infos sur internet pour compléter cela et bien préparer cette randonnée.

J’envisage donc de faire le Trek Santa Cruz, qui est le plus parcouru dans le coin (sans doute pour cela qu’il est si bien balisé) : 4 jours de randonnée, pas de difficulté majeure en dehors de l’altitude (passage d’un col à 4750m), bref ça devrait bien se passer. Sur le chemin du retour, je compte m’arrêter en cours de route pour aller voir une lagune qui a l’air au moins aussi belle que celle du Quilotoa, puis après des 5 jours à crapahuter dans la montagne, retour à Caraz pour ralier ensuite Huaraz.
Au début, je voulais faire le trek de Huayhuash, mais celui-ci dure une bonne dizaine de jours et cela ne rentre pas dans mon planning. En plus le balisage aurait sans doute été moins bon et plus aventureux. Mon programme actuel me semble bien plus sûr pour partir en autonomie.

Pendant que je mange, j’entends passer une fanfare dans la rue. C’est relativement fréquent au Pérou, mais après manger, je décide d’aller voir un peu ce qui se passe et profiter de l’ambiance. Je retrouve assez rapidement la fanfare, il s’agit en fait d’un défilé d’une école pour fêter je ne sais pas trop quoi (peut-être la rentrée ^^⁾. Bref, il y a des chars, des danses et 3 fanfares. Au Pérou, les garçons jouent de la musique et les filles dansent. Il semble y avoir une tradition de fanfare dans certaines écoles péruviennes, et comme en France, ça carbure pas mal à l’alcool, sauf qu’ici, c’est le prof qui sert la bière !
La fanfare déambule en ville puis s’arrête sur la place d’armes (c’est la place centrale dans toutes les villes péruviennes). Là, plusieurs structures en bambou sont en cours de construction. Je me rends rapidement compte qu’ils vont tirer des feux d’artifices depuis ces structures. En fait, il y a toujours un pilier central de section triangulaire et ils font passer des tiges de bambou à l’horizontale pour créer des étages. A chaque étage sont accrochés des mobiles rotatifs (toujours en bambou) sur lesquels sont accrochés les feux d’artifices. Les 4 ou 5 structures seront allumées les unes après les autres au cours de la soirée. Le timing n’est pas toujours super, avec des temps d’attente entre les différents étages, le temps que la mèche monte, mais par contre, le feu d’artifice est tiré avec la musique de la fanfare. C’est un peu mon 14 Juillet.
Ici pas de sécurité, tout le monde est à quelques mètres des structures (y compris les câbles électriques de la ville) et le jeu des gamins c’est de passer en dessous. Il y a parfois une fusée qui se décroche et file dans le public, mais les gens semblent avoir l’habitude et tout se passe très bien. Une fois les feux tirés, les structures sont démontées et seront remontées à la prochaine occasion, il n’y a qu’à remettre des fusées dessus 🙂

2 Responses

  1. FX

    Salut Camille,

    Quels paysages incroyables. Heureux de te savoir en pleine forme à l’autre bout du monde…

  2. Christine TETREL

    Déjà 2 mois de passés. Superbes photos. Bon courage pour tes montées, descentes et cailloux. Bises

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