De Mendoza à Valparaiso

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J160 – Dimanche 27 Décembre
74km ; D+ : 880m ; D- : 300m

Il est temps de partir de Mendoza, direction Valparaiso pour y passer le 31 décembre. Je ne suis pas encore parti que je sais déjà que je n’aurais pas le temps d’arriver au bout en vélo (sans parler du gars à l’accueil de l’auberge, particulièrement bavard qui me retient quelques minutes de plus), mais je vais tenter de prendre le bus le plus tard possible.

Comme toute sortie de ville, celle de Mendoza est assez désagréable. Je me retrouve sur l’autoroute et ce n’est qu’après plusieurs kilomètres et loin de toute sortie qu’apparait le panneau indiquant que la route est interdite au vélo. Mais visiblement au Chili, ce n’est pas un problème. La bande d’arrêt d’urgence est assez large et j’y croise plusieurs cyclistes et piétons. Je sors quand même à la sortie suivante pour une route bien plus agréable, avec des arbres et de l’ombre. Quand je suis parti il faisait déjà 30 degrés, mais la température est rapidement montée à 35, puis 40 degrés.

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Je rejoins ensuite la Route 7. C’est un peu l’équivalent de la Route 40 qui traverse le pays du Nord au Sud sur plusieurs milliers de kilomètres, mais la Route 7 le traverse d’Est en Ouest, de Buenos Aires à la frontière chilienne. Il y a beaucoup de trafic et de camions car c’est la principale route pour aller à Santiago.

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Je retrouve ainsi le trafic, le bruit, l’odeur des pots d’échappement et l’odeur de putréfaction des cadavres d’animaux en décomposition sur le bord de la route… La plupart des véhicules doublent en laissant une distance de sécurité respectable entre eux et moi, mais il y a malgré tout quelques camions pour qui je ne semble pas exister. Heureusement, Claire m’avait ramené dans sa valise un nouveau rétroviseur. Je finirais tout de même 2 fois sur le bas-côté, plus par sécurité que par réelle nécessité. Au début, je roulais le plus près possible de la ligne en bordure de route, mais finalement, il faut savoir prendre sa place. La meilleure technique que j’ai trouvé pour éviter de se faire frôler est de rouler entre le tiers et le milieu de la route pour obligés les voitures à aller empiéter sur la voie d’à côté au moment de doubler.

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Ici il n’y a plus un arbre et je roule en plein cagnard toute l’après-midi, jusqu’à l’arrivé de l’orage. La température baisse fortement et il pleut quelques gouttes. Heureusement, j’évite les pluies torrentielles.

La route grimpe doucement mais surement, et en fin de journée, Je suis tout de même monté de quasiment 1000m. Au fur et à mesure de mon ascension, les paysages changent les déjà les montagnes enneigées font leur apparition à quelques kilomètres de la route.

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Je m’arrête en fin de journée à Potrerillos, petite ville au bord du lac du lac du même nom. Le seul camping coute un prix exorbitant (240 pesos alors qu’habituellement, les campings coutent rarement plus de 50 pesos), je boycotte donc le camping officiel et m’installe juste derrière, ‘a 20m de la clôture. Après 2 semaines de vacances, cette journée de reprise fut un peu difficile.

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J161 – Lundi 28 Décembre
54km ; D+ : 700m ; D- : 215m

J’ai dormi à côté du camping officiel hors de prix, mais aussi à côté d’un camping gratuit non officiel de hippies et de baba-cools. Mais ça je ne l’ai découvert qu’en partant ce matin, si j’avais su, je serais allé m’incruster.

Une nouvelle fois, il n’y a pas d’ombre et il fera 40 degrés toute la journée. La route s’élève tout doucement et je passe ma journée à remonter le Rio Mendoza, un gros torrent tout boueux, probablement issu de la fonte des neiges et glaciers, qui se jette ensuite dans le lac d’hier soir.

Paysages sympas, jolies vallées, montagnes colorées, je retrouve les cimes enneigées en fin de journée

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Après un peu plus de 50km, j’arrive à Uspallata un peu avant 16h, au moment où l’orage éclate. Je me réfugie dans le premier resto que je croise et en profite pour manger puisque je n’avais que grignoter à midi. Je comptais avancer de 10 ou 20km de plus aujourd’hui, mais finalement, l’orage et mon repas au restaurant m’ont fait perdre trop de temps, je plante donc ma tente dans le camping municipal. Et en ce moment, le camping est à prix libre pour une raison que je n’ai pas bien compris, voilà un hébergement pas cher 🙂

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J162 – Mardi 29 Décembre
68km ; D+ : 1080m ; D- : 415m

Ce matin, au moment de quitter Uspallata, je suis un peu étonné une file de voiture sans fin sur la route principale. Je ne sais pas jusqu’où elle allait avant Uspallata, mais dans mon sens, j’ai remonté un bon 3km de voitures et de camion à l’arrêt. D’après un flic que j’ai croisé il y aurait eu un éboulement. Si tous les véhicules sont bloqués, moi je ne dois pas trop compter, on me laisse passer. J’ai donc la route pour moi tout seul pendant quelques kilomètres. Jusqu’à ce que les voitures, bus et camions soient autorisés à avancer par petits groupes. Et là, visiblement, ils ont envie de rattraper le retard. Ça roule vite et certains ne prennent pas la peine de s’écarter un peu pour me doubler. Comme hier, j’irai donc plusieurs fois sur le bas-côté pour m’en tirer entier. J’en profite donc pour décerner à cette route le prix de la plus dangereuse depuis mon départ de Quito il y a bientôt 6 mois.

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Après quelques kilomètres, la route rejoint une rivière, le Rio Mendoza que j’avais déjà suivi hier. Le rio s’inscrit dans une petite vallée, encastrée entre les montagnes. La route a été aménagée à flanc de montagne, en surplomb de la rivière. Tout me semble démesuré et dans ces cas-là, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il y a quelques millions d’année, il y avait peut-être des êtres démesurés eux-aussi, des dinosaures, ici. Genre des diplodocus, les pieds dans l’eau, tranquillement en train de brouter l’herbe sur la falaise (bon, ok, c’est extrêmement peu probable).

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Après une quarantaine de kilomètres, j’arrive à Polvaredas, c’est un bled minuscule, mais il y a un grand parking (vide) pour les nombreux camions qui passent par ici tous les jours. Je me trouve donc un arbre, pour avoir un peu d’ombre et à 13h, il est temps de manger. Avant de repartir, je pars en quête d’eau et trouve un petit vieux ravi de m’en fournir. Histoire de discuter un peu, je lui demande combien de kilomètres il y a pour rejoindre la frontière. Manque de chance, il ne sait pas, mais il me dit qu’il y a des panneaux sur la route ^^

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Je repars vers 14h. Comme ce matin, la route s’élève petit à petit, via de nombreuses petites bosses. Le vent s’est levé, mais par chance, je l’ai dans le dos. C’est assez étrange car normalement, par ici, le vent souffle d’Ouest en Est et je devrais l’avoir de face, mais j’avais je suis en train de remonter le cours de la rivière et c’est un phénomène que j’avais déjà observé : le long des rivières, le vent souffle à contre-courant. D’ailleurs, ça ne manque pas, après quelques kilomètres, il y a un embranchement : la rivière file vers la gauche et la route vers la droite. A partir d’ici, j’ai le vent de face et il est assez puissant. Comme si les camions ne suffisait pas, j’ai maintenant le vent en plus pour m’envoyer faire les bordures. Par contre, à partir de maintenant, j’ai l’Aconcagua en ligne de mire. Plus haut sommet du continent avec ses 6991m, il ne semble étrangement pas si grand que cela.

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Après 23km, je suis fatigué et décide de m’arrêter. J’aurais bien fais quelques kilomètres de plus, mais le vent aura eu raison de moi. Je suis à Los Penitentes, l’une des stations de ski qui bordent cette route. Comme on est en plein été, il n’y a pas un poil de neige et les quelques remontés mécaniques sont à l’arrêt. C’est une toute petite station, mais ils se sont montrés inspirés pour définir l’architecture du lieu. Je pense qu’ils ont pris modèle sur ce qui se fait de plus moche en France/Europe. Mais comme il y a vu sur l’Aconcagua, tout est hors de prix.

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Sur un parking, je croise mes voisins de tente d’hier soir. Eux voyagent en voiture, mais ne font visiblement pas des étapes plus longues que les miennes. On discute quelques secondes, ils viennent du Brésil et voyagent à travers tout le continent en voiture. Et comme ils sont sympas, ils m’offrent un cadeau du Brésil : des noodles ! Mais le packaging est écrit en portugais, ça change tout. D’ailleurs en lisant l’étiquette, j’apprends qu’une bonne partie des ingrédients ont été irradiés !

Comme j’aimerais arriver demain à Valparaiso mais qu’il me reste encore un peu plus de 200km à parcourir, j’ai confirmation qu’il était utopique d’espérer partir une journée en retard pour arriver 2 jours en avance. Je trouve donc un carton, inscris dessus Valparaiso et Los Andes (ville à mi-chemin) et commence à faire du stop. Avec un vélo, ça ne sera pas facile, mais il y a beaucoup de camions et de pickups donc j’ai quand même un peu d’espoir. Après 1h, je jette l’éponge pour aujourd’hui. Peut-être que le passage de frontière n’aide pas non plus. La stratégie pour demain consiste à rouler environ 22km jusqu’au tunnel qui va au Chili et qui est interdit aux vélos. Ainsi, un gentil policier arrêtera un camion pour moi et une fois de l’autre côté, il sera peut-être plus simple de me trouver un chauffeur pour Valparaiso.

Vu que je passe la nuit ici, je me mets en quête d’un lieu abrité du vent pour planter ma tente. Je fais rapidement le tour du village et ne trouve rien. L’affaire s’annonce compliqué. Je demande donc le prix des hébergements et là c’est du grand n’importe quoi. Le premier me demande 500 pesos sous prétexte qu’il y a vue sur l’Aconcagua et le 2nd 450 pesos. Je fais donc mon peuchère et lui demande s’il n’y a pas plutôt un coin pour camper car j’ai tout le matériel, mais il n’y a pas de camping ici. En quelques secondes, l’affaire est réglée, je peux m’installer derrière. On verra bien demain matin, mais je crois que c’est gratuit 🙂

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J163 – Mercredi 30 Décembre
96km ; D+ : 800m ; D- : 2590m

Aujourd’hui fut une journée assez incroyable et riche en rebondissements.

Au départ ce matin, il y a déjà un peu de vent, mais pas trop, ce n’est quand même pas très engageant pour le reste de la journée. Il me reste une vingtaine de kilomètres avant la frontière et rapidement, je retrouve des voitures arrêtées sur le bord de la route. La police fait un peu de rétention en amont de la frontière pour désengorger la douane car il y a beaucoup trop d’Argentins qui veulent traverser. Lorsque les voitures sont arrêtées, je les double et quand elles repartent, elles me redoublent. Comme il y a 4 ou 5 fois des barrages entre mon point de départ et la douane, on se croisera toute la matinée et les voitures mettront plus de temps que mois à arriver au Chili.

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A force de se croiser, on devient un peu copains. On discute, on rigole … une dame va même me donner des barres de céréales et une autre va me proposer de l’eau chaude pour me faire un thé ! J’ai accroché ma petite pancarte disant que je cherche à aller à Valparaiso, mais même s’ils sont tous très sympas et qu’il y a beaucoup de pick-up, personne ne se propose pour m’emmener.

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Arrivé au pied de l’ascension vers le Christ Rédempteur, la route est fermée car enneigée et en mauvais état. Elle devrait être déblayée dans 2 ou 3 semaines. Comme il y a bien 2h de montée, je n’avais de toute façon pas le temps d’aller admirer la vue en haut, mais maintenant que je sais que la route est fermée, j’ai moins de scrupules. Je parcours donc les quelques kilomètres qui me séparent du tunnel passant dans la montagne et marquant la frontière entre le Chili et l’Argentine. Le temps où la police arrêtait un camion pour plus ou moins l’obliger à emmener les piétons et/ou vélo de l’autre côté est révolu. Désormais, il y a un type avec une petite camionnette qui passe sa journée à attendre les piétons et vélos pour leur faire traverser le fameux tunnel. Et en plus, c’est gratuit ! Elle est pas belle la vie. Je redouble donc une nouvelle fois ma file de voiture passe le péage sans payer et monte dans ma voiture avec chauffeur devant tous les automobilistes qui mettront 4 heures à parcourir 20km.

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De l’autre côté du tunnel, c’est la descente 🙂 Les 8km séparant le poste douanier de la frontière passent rapidement, tandis que je remonte une nouvelle fois quelques kilomètres de voitures à l’arrêt sur le bord de la chaussée. Le Nouvel An au Chili est visiblement très populaire. Ici comme au passage de frontière du Paso Sico, les douanes Argentine et Chilienne sont dans les mêmes locaux pour simplifier les démarches.

À la douane, c’est un peu les 12 travaux d’Astérix. Je passe de bureau en bureau. Ils ont visiblement l’habitude des cars et des voitures, mais avec mon vélo, je tombe visiblement dans un genre de faille juridique. Comme je suis un véhicule, je fais une première fois la queue au guichet des voitures. Mais arrivé devant le guichetier, j’apprends que le formulaire des voitures n’est pas á remplir pour les vélos, mais qu’il me faut un « pax ». Je fais donc la queue dans un 2ème bureau pour obtenir le fameux sésame (un papier avec mon nom, mon numéro de passeport et écrit «bicicleta »). Puis je retourne au guichet. Manque de chance, le mien a fermé, c’est maintenant un guichet pour les car et un car vient justement d’arrivé. Je tente donc un peu plus loin, y’a un type tout seul qui semble s’ennuyer …en fait, je crois qu’il n’avait surtout pas envie de travailler et il m’envoie directement à la douane Chilienne (tout à fait logique d’entrer au Chili avant de sortir d’Argentine). Je vais donc voir un 4ème guichet, Chilien, qui m’indique que je dois d’abord passer par la douane Argentine. Je passe donc sur un 5ème guichet, qui par chance est en train d’ouvrir, il n’y a donc pas encore la queue et je suis le 1er client. Quelques secondes après je vais à mon 6ème guichet, juste à côté pour avoir mon tampon Chilien … ça y est, l’immigration est passée. Reste le contrôle sanitaire… Et là c’est pareil. Les soutes des bus sont intégralement vidées et tous les bagages passés au rayons X. Idem pour les voitures. Je vais voir dans l’espace bus juste à côté de l’immigration et ce n’est visiblement pas ici pour moi. Ce n’est pas non plus avec les voitures, je dois juste aller voir le vigile à sortie de l’espace douanier. Il faut croire que demander à subir le contrôle des bagages est un signe de bonne foi. Il m’a laissé passer sans ouvrir la moindre sacoche et sans me poser la moindre question … lui non plus ne devait pas avoir envie de travailler.

Passé l’épreuve de la douane, j’attaque la descente, direction Los Andes. J’ai un gros 50km de descente pour y arriver et ensuite, il restera 120km jusqu’à Valparaiso. Malgré le vent qui n’a pas faibli, la descente se passe bien. Il faut tout de même faire attention car le vide n’est pas bien loin et qu’il n’y a aucune barrière de sécurité … Dans la descente, je me refais doubler par les voitures de ce matin et je les trouve étrangement beaucoup plus joyeux maintenant que ça roule que lorsqu’ils étaient bloqués dans les bouchons ^^.

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Je finis par arriver à l’entrée de Los Andes en milieu d’après-midi et décide de commencer à faire du stop ici. Les véhicules passent et ne s’arrêtent pas, j’attends 10minn, 20min et finalement, au bout de 30min, un pickup s’arrête et j’embarque. Manque de chance, il ne va pas bien loin et m’arrête 20km plus loin. C’est toujours ça de gagner. Et surtout, le type, Sergio, est vraiment très sympa. En route, je lui explique que je vais à Valparaiso pour le 31 et que je vais donc continuer en stop en espérant arriver ce soir et que je chercherais un coin pour dormir en arrivant. Il se trouve que ce monsieur est gérant d’un camping dans la ville où il vient de me déposer. Si je ne trouve pas de voiture pour Valparaiso, je suis donc invité à venir camper gratuitement dans son camping 🙂

Mais j’essaye quand même de continuer. Je me mets à la sortie de la ville et attends une nouvelle fois 30min avant qu’un camion s’arrête. Il va jusqu’à Viña del Mar, sur la côte, à quelques kilomètres de Valparaiso. Cette fois, c’est la bonne, en route ! Là encore, je tombe sur un chauffeur très sympa, Danilo, qui me donne à manger, me propose une bière (que je refuse poliment) et fini par m’inviter à dormir chez lui. Je finis la route en vélo car c’est le camion du boulot et que Danilo rentre avec sa voiture bien trop petite pour y faire rentrer le vélo. La mer n’est pas loin, ça sent l’air salin et parfois même un peu la marée … après 6 mois de montagne, ça fait du bien et j’ai trop la banane. Danilo a visiblement envie de fêter ça car nous boirons à nous deux, plus d’un pack de bières et 2 bouteilles de vin … C’est donc un peu joyeux que je vais me coucher.

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