De Huancavelica à Ayacucho

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J79 – Vendredi 18 Septembre
40km ; D+:850m ; D-:450m

11h, départ tardif, comme d’habitude quoi … Je pars pour 180km de piste.

Je ne sais pas si j’ai de la chance, mais ils sont en train de (re)faire la route, avec un peu de chance la piste sera bonne. Les 2 premiers kilomètres sont assez terribles pour finalement me rendre compte qu’il y avait une vraie route qui longeait cette piste. Ça commence bien …

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Je monte pendant 20km pour passer de 3700m à 4400m d’altitude, passant ainsi mon plus haut col à ce jour. La piste est souvent assez chaotique, mais j’arrive quand même à monter car le dénivelé n’est pas très important. Je croise pas mal de camions. Certains me regardent comme si j’étais un OVNI, d’autres n’en ont rien à faire, il y en a qui me font coucou et m’encouragent et même un qui s’arrête pour faire une photo 🙂

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En route, je m’arrête pour demander de l’eau à un homme sur le bord de la route qui fabrique des adobes. Ce sont des briques en terre utilisés dans la plupart des construction en dehors des villes. J’en profite pour discuter un peu : ici, on utilise seulement la terre du terrain, grossièrement tamisée, de l’eau et de la paille (qui ici ressemble plus à une grosse herbe, c’est celle que l’on trouve partout au dessus de 4000m). Je deviens rapidement l’attraction pour le voisinage et il y a comme un échos qui répète tout ce que je dis à ceux qui sont de l’autre côté de la rue. Je serais bien rester un peu plus longtemps, mais le col à 4400m est encore un peu loin et je ne suis pas en avance.

Pour finir le col, je teste la feuille de coca. Niveau goût, c’est pas génial. Niveau effet, soit c’est vraiment très subtile, soit je n’en ai pas pris assez. Je me renseignerais sur le mode d’emploi à ma prochaine étape. En tout cas, je finis par atteindre le fameux col. Le trafic de camion s’intensifie, ce sont quasi-exclusivement des camions bennes qui font des aller-retour pour le terrassement de la route, et avec ce trafic, la piste est plutôt bonne. Après 30km tout le monde est bloqué. On construit la route à coup d’explosif et ça va bientôt péter. Ensuite, il faudra dégager la piste.

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On restera finalement bloqué 1h. Ça fait pas mal de temps pour discuter avec des péruviens bien curieux. Ils sont sympas, mais j’aurais quand même préféré avancer un peu. Finalement, on repart vers 17h ! J’attaque une partie de plat et de descente. Tout le monde est sympa avec moi, surtout les chauffeurs avec qui je viens de discuter pendant 1h. Je peux même me ravitailler en eau dans les cubis de chantier.

A 17h30, je m’arrête dans un petit hameau perdu au milieu de nul part, et plante la tente dans un champ / jardin. Les péruviens sont sympas, il y a des moutons et des lamas et on m’offre même la soupe.

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Une fois couché, l’orage gronde et la pluie arrive. Ça tonne dur, à 4000m d’altitude, les orages, ça rigole pas.

Finalement, je n’ai parcouru aujourd’hui que 40km sur les 45 à 50km prévus initialement, mais j’ai bon espoir de me rattraper demain, avec un peu de chance, je ne serais pas bloqué 1h par les travaux.

 

 

J80 – Samedi 19 Septembre
50km ; D+:525m ; D-:1100m

Finalement, ce n’était pas un très gros orage, mais il faisait beaucoup de bruit car pas très loin et aussi à cause de la résonance des montagnes. Mais au final rien de bien méchant, même pas de vent.

Au réveil, j’ai encore droit à manger : lait d’avoine et maïs grillé. Cette famille est vraiment sympa 🙂

A 9h30, je suis sur le vélo. Les routiers sont toujours aussi sympa et l’état de la piste est toujours assez correct avec un dénivelé limité. Après une vingtaine de kilomètres, j’attaque la descente. Les kilomètres défilent et la sensation de vraiment avancer est très appréciable.

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Le seul soucis, c’est que 10km avant Lircay (où je comptais manger), je crève de la roue arrière. C’est seulement ma 3ème crevaison depuis la départ. Je regonfle et repars. 2km plus loin, je suis de nouveau à plat, plus de doute, j’ai bien crevé. Pensant qu’il ne me reste que 2km avant la ville, je me décide à pousser le vélo pour réparer la crevaison après manger. Finalement, je me rends compte de mon erreur 1km plus loin et comme je n’ai pas trop envie de réparer la crevaison au bord de la route, je regonfle 2 ou 3 fois en cours de route pour finalement arriver à Lircay.

Cette ville est vraiment bizarre. D’habitude, la place d’arme est au centre de la ville avec toutes les activités autour. Là, je mets 20min à trouver la place, qui est totalement excentrée et il n’y a rien autour. Je grignote, répare la crevaison et retourne en centre ville pour me trouver un resto. Il est déjà 15h et certains sont en train de fermer. J’en trouve quand même un, vide, qui reste ouvert tout l’après midi. 30min plus tard, 15 personnes m’ont suivi et le restaurant est plein. A la télévision, il y a les informations sportives et j’apprends que l’Afrique du Sud s’est faite battre par le Japon … LOL !

16h, il est grand temps de repartir. Je galère un peu pour trouver la sortie de la ville et ne passe le panneau de sortie de vile qu’à 16h30. En cours de route, un péruvien a tenter de me décourager, ça serait soit disant dangereux par ici. Alors oui, enfin bon si j’écoute les péruviens, c’est toujours dangereux plus loin, du coup, je n’avancerais pas, en fait, je ne serais même pas rentré dans le pays (et rétrospectivement, il n’y avait rien de dangereux). Je roule donc une dizaine de kilomètres en grimpant de 200m, c’est pas énorme, mais c’est toujours ça de pris car demain, il y a un col à plus de 4500m. Et puis, j’ai de la chance, pour le moment, la piste qui m’était promise est finalement une belle route. Et puis le truc un peu improbable, c’est que j’ai croisé un mec qui faisait son footing, mais comme courir à plus de 3500m d’altitude c’était pas assez dur pour lui, il se traînait un pneu, accroché à sa ceinture par une ficelle …

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J81 – Dimanche 20 Septembre
50km ; D+:1000m ;D-:1100m

Départ à 10h, je suis à environ 3600m d’altitude. Je monte doucement avant d’attaquer une première série de lacets qui m’amènent à 4000m d’altitude. Après ces 2 jours de piste et le col à 4400m, je ne suis plus au top de ma forme, mais pour le moment, ça passe.

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J’ai ensuite droit à quelques kilomètres de faux-plat montant pour me « reposer » puis vient la deuxième série de lacets. C’est difficile et je galère, mais j’arrive tout de même à 4400m. Le col me semble encore bien loin. N’allant pas vraiment plus vite à vélo qu’à pied, je me décide à pousser un peu. A cette altitude, la végétation est, comme toujours, assez limitée, mais cette fois, je découvre tout de même des petits cactus tout poilus !

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Jamais 2 sans 3, après 2 ou 3 kilomètres de faux plat montant, j’attaque ma 3ème série de lacets, courte mais bien pentue, pour finalement passer la barre des 4500m et atteindre le col à environ 4525 / 4550m entre la fatigue et l’altitude, faut pas être pressé, mais on finie toujours par y arriver. J’aurais donc mis plus de 5h30 (pauses comprises) pour parcourir seulement 30km sans le moindre poil de descente et arriver au col. En haut, pas le moindre panneau pour fêter ça. Quand même, un col à plus de 4500m ça se fête non ? Bah ici non …

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A cette altitude, il ne fait pas bien chaud, moi qui ai pris l’habitude de rouler léger, avec juste un short et un t-shirt, je dois avouer que passer les 4200m d’altitude, j’ai tendance à mettre ma veste parce qu’il y fait environ 10°C, sans compter l’effet du vent.

Juste en dessous du col, je croise même une famille qui semble vivre ici avec son troupeau de moutons, de lamas et d’alpaga. C’est fou quand même de vivre à 4500m d’altitude. Ces derniers jours, j’ai croisé quelques milliers de ces animaux et pour les embellir, ils ont droit à des boucles d’oreilles colorées. Mais ce sont des animaux un peu craintifs qui ne se laissent pas facilement approcher pour une photos. Ça sera donc pour une prochaine fois.

Ce qui est assez chouette aussi aujourd’hui, c’est qu’à cette altitude, les nuages semblent presque à portée de main.

Quelques photos et quelques biscuits plus tard, c’est reparti pour une longue descente. C’est fou comme la descente est beaucoup plus rapide que la montée. 5h30 pour monter, 1h pour descendre (à ma décharge, il y avait quand même 10km de moins dans la descente) et j’ai même eu le temps de prendre l’apéro en route. Je cherchais de l’eau et demande donc à un groupe de péruviens dans un jardin. Par d’eau ici, mais on m’offre quand même un verre d’alcool de maïs.

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La bonne nouvelle de la journée c’est que je suis toujours sur une belle route et qu’il n’y a pas de raison que maintenant que je retrouve la civilisation elle redevienne une mauvaise piste. La mauvaise c’est que les distances ont tendance à se rallonger. Normalement en haut du col il me restait 80km à parcourir. Il m’a déjà fallu 5km de plus que prévu pour atteindre le col, 5km de plus également dans la descente. Les 40km restants à parcourir demain se transforment donc en 50km et le GPS du téléphone m’indique même 70km ! Je sens que la journée va être longue…

Pour bien finir la journée, j’ai cassé ma fourchette/cuillère en mangeant. Il me reste donc un couteau et 1 cuillère/fourchette sans manche (c’est quand même moins pratique). Va falloir que je me retrouve quelque chose de pratique à Ayacucho.

 

 

J82 – Lundi 21 Septembre
75km ; D+:885m ; D-:1500m

Départ à 8h30 (appréciez le départ presque matinal). Il me reste un chouilla plus de 70km à parcourir pour arriver à Ayacucho. Heureusement, le relief devrait être plus clément avec moi aujourd’hui, surtout qu’après le col d’hier, j’en ai plein les mollets.

Durant les 15 premiers kilomètres, le monte quand même de 100m pour redescendre de 150m, puis remonter de 200m, j’ai comme l’intuition qu’avec un tunnel ça aurait été plus simple, mais bon, j’arrive au col à 3700m d’altitude et c’est parti pour la descente. 1h plus tard, je suis descendu de 1000m. Les courants d’air froid ont laissé place aux courant d’air chaud et surtout, je retrouve la couleur.

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Passé 4000m d’altitude, la végétation est réduite à sa plus simple expression. Tout est entre le gris, le marron et le jaune et niveau animaux, à part les élevages et 2 ou 3 oiseaux, y’a pas grand-chose. J’aime le calme de ces lieux, mais je suis quand même content de redescendre pour retrouver le rouge, le jaune, le bleu et toutes sortes de verts : le vert qui tire sur le bleu, celui qui tire sur le jaune, le vert clair, le vert foncé, le vert bien vert … bref, si là-haut c’est un peu fifty shades of grey, ici c’est plutôt fifty shades of green ^^

J’arrive au niveau d’une rivière et mon après midi consistera à la suivre de plus ou moins loin en passant mon temps à monter et descendre de 25 à 100m suivant des villages. Au niveau de la rivière, la végétation est encore différente. A plus de 4000m, il n’y a que de l’herbe, aux environs de 3000 / 3500m, il y a une « vraie » végétation diversifiée, et sous les 3000m, le climat est chaud et sec avec beaucoup de cactus.

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Avec ce relief, les kilomètres défilent assez rapidement et ça fait un bon décrassage des jambes après ces 3 derniers jours assez difficile. Y’a juste la dernière montée de 300m pour arriver à Ayacucho dont je me serais bien passé.

Avec l’approche de la ville, je retrouve le trafic routier plus important, les camions pas trop trop sympas, les colectivos, voitures, taxis et moto-taxis qui klaxonnent dans tous les sens. Et avec l’entrée de ville, les stations services et surtout stations de lavage qui se compte par dizaines, pour ne pas dire par centaines (ici c’est pas compliqué, si t’as un tuyau d’arrosage et un peu de place, tu peux ouvrir une station de lavage).

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J’arrive en ville vers 15h30, l’heure idéale (ou presque) pour déjeuner. Après le repas, un petit passage par l’office du tourisme. Il y a plein de glacier autours de la place d’arme, j’en teste donc un qui me fait de l’œil (et pour être sûr, je le testerais une 2ème fois dans l’après-midi).

Et puis c’est aussi l’heure de prévenir Sylvana, qui m’héberge en couch-surfing à Ayavucho, que je suis arrivé. Et c’est là que l’aventure commence. Au Pérou, quand tu prends une carte prépayée (ce qui est mon cas), tu dois utiliser ton crédit dans le mois. Sinon, le reste est mis en réserve et tu ne pourras l’utiliser que si tu recharges ta carte pour le mois. En gros, c’est un peu à attrape-couillon. Moi par exemple, j’avais mis 5 Soles en arrivant au Pérou, mais je n’en ai utilisé que la moitié. Du coup, comme ça fait plus d’1 mois que je suis au Pérou, pour récupérer mes 2,5 Soles restant, je dois recharger de 5 Soles de plus. Bref, si je ne veux pas perdre ces 7,5 Soles de crédit (soit environ 2€), va falloir que je téléphone ce mois-ci.

Mais bon, l’aventure, n’est pas là. Je vais donc dans une petite boutique pour recharger ma carte (ici tout le monde le fait, tu peux aller dans une pharmacie, une petite épicerie, une banque ou presque n’importe quel magasin). Le principe est de donner ton numéro de téléphone et le gérant du magasin envoi un sms avec ton numéro et le montant du crédit que tu veux rajouter et ensuite tu reçois un sms de confirmation. Sauf que moi je n’ai rien reçu. Bizarre, surtout que dans le magasin, ils ont bien reçu un sms comme quoi la transaction s’est bien déroulée. Je tente donc un 2nd magasin, puis un 3ème, puis un 4ème … personne ne sais m’aider. Je me met donc en quête d’une vraie agence de l’opérateur téléphonique que je finis par trouver. Au début, je pensais écrire que leur service technique était aussi nul que moi pour trouver le problème, mais vu que j’ai trouvé la solution tout seul, je vais plutôt dire qu’ils sont pires. C’est dire le niveau. Bref, le problème vient tout simplement du fait que j’ai rechargé mon numéro équatorien au lieu de recharger mon numéro péruvien, je m’étais trompé de numéro de téléphone. Pourtant on aurait du s’en rendre compte plus tôt, il y a 10 chiffres dans les numéros équatoriens et 9 dans les péruviens, mais comme le 1er était un 0, la personne de la 1ère boutique l’a tout simplement ignoré et j’ai donné 5€ de crédit à un inconnu qui me remercie sans doute. Bref, après ça, j’ai pu recharger ma carte prépayée et trouver mon hébergement 🙂

2 Responses

  1. Ingrid Lezama

    La botánica dentro de mí cree que los « cactus peluditos » que encontraste se llaman Opuntia flocosa, buen viaje hasta Ayacucho! 🙂

  2. Philippe Paumelle

    Les paysages sont vraiment magiques

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