De Huamachuco à Mollepata

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J60 – Dimanche 30 Août

Pas grand-chose à raconter. Après le petit déjeuner, j’ai pris le bus direction Cajabamba, où j’ai pris un collectivo pour Huamachuco.

 

 

J61 – Lundi 31 Août
31km ; D+ : 1050m ; D- : 150m

Je suis content de me remettre en selle. Après une dizaine de jours de repos, c’est reparti ! 🙂
Au moment de partir, je passe par la place d’armes de Huamachuco. Ici, les jardiniers ont la possibilité de se faire plaisir dans la taille des arbustes. Pas loin d’une 50ène sont présents sur la place d’armes et sont tous taillés différemment.

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Les 10 premiers kilomètres passent assez rapidement et me mènent à Yamobamba. C’est ici que je quitte la route pour prendre la piste. Au programme : 65km de piste, dont au moins les 2/3 à plus de 4000m d’altitude.

Je m’attendais à une piste un peu plus importante. Du coup, je passe une première fois devant sans la voir et fait demi-tour un peu plus loin. En fait, cette route aurait tout aussi pu bien être une petite route pour rejoindre une maison. Je crois qu’il ne passe pas grand monde par ici. Bien entendu, aucune indication routière. Sans carte, ça va être sympa. C’est la première fois que l’absence de carte est gênante. Heureusement, il y a une application pour ça. En Équateur, j’ai téléchargé Maps.me. C’est un peu comme GoogleMaps, mais en un peu moins complet et sans informations sur le relief. Par contre, je gros avantage, c’est qu’après avoir téléchargé les cartes, l’application est utilisable hors ligne. Ça permet au moins de savoir où je suis sur la carte et où sont les routes, ce qui est l’essentiel. A utiliser avec modération bien entendu si on veut que la batterie du téléphone intelligent dure plus d’une journée.

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Le début de la piste est assez sympa, un peu sableux, mais correct. Cela me permet d’avancer tranquillement à 10km/h.

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Dans le paysage, certaines montagnes sont taillées en escaliers et affichent de nombreuses variations de couleurs. Il s’agit en fait de site minier. Le Pérou possède un sous-sol très riche et l’exploite, ce qui n’est pas sans engendrer quelques dégradations sur les sites naturels, la qualité de l’eau ou encore celle du paysage. Je crois que ce n’est pas trop la préoccupation principale des péruviens, mais j’ai quand même vu à Cajamarca des tags « Mina no ! Aqua si ! ». En effet, il semble qu’un site riche en or ait été découvert sous une lagune et le gouvernement compte bien l’exploiter. Mais rassurez-vous, l’environnement est préservé : l’eau va être transférée sur un autre site (si si, je vous assure que c’est vrai !)

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Au loin, j’aperçois des montagnes plus hautes, où la végétation a disparu. C’est ma destination.

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A 12h30, j’arrive devant une école au milieu de nul part. Enfin si, au milieu des champs, des prés et des maisons éparpillées. Dans certaines zones rurales du Pérou, il y a de gros problèmes d’alphabétisation car les écoles sont trop éloignées et certains gamins devraient marcher 1h ou 2 pour aller à l’école (et autant pour en revenir).
Cette école est un peu bizarre. Il y a plein de parents devant et plein de parents dedans aussi, en train de squatter les gradins du plateau sportif. Devant, c’est un peu un mini-marché improvisé avec 3 ou 4 stands, plus ou moins dans des coffres de voitures. J’en profite pour manger et remplir les gourdes. Sachant que je ne croiserais pas de ville avant demain soir, j’ai 3L de réserve.

Ici, il n’y a visiblement pas souvent de gringos et les quelques personnes avec qui je discute se demandent tous comment je connais cette route.

Après l’école, la piste se dégrade. La terre et le sable laissent place à la caillasse, aux graviers, voire au remblai. Le piste devient souvent impraticable et je me retrouve à pousser une bonne partie de l’après-midi pour parcourir seulement 11km.

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Vers 15h, je me retrouve devant une rivière qui traverse la route sur une vingtaine de mètres. Pas moyen de contourner, il faut traverser. J’hésite à traverser pied nu pour ne pas mouiller mes chaussures et finalement tente ma chance à vélo. 5m plus loin, le vélo a ripé sur un caillou et j’ai les 2 pieds dans l’eau … bravo !

500m plus loin, un camion est arrêté au milieu de la route et les 5 occupants sont tranquillement installés dans l’herbe en train de manger du pain et du mais grillé. Ils m’ont visiblement vu traverser la rivière et m’invitent à partager le goûter.

Je repars un peu plus tard pour m’arrêter vers 17h30, après avoir passé de justesse la barre de 4000m. La nuit commence déjà à tomber et la température chute. Les 30°C de cet après-midi ne sont plus qu’un lointain souvenir, on passe rapidement à 15°C, puis à 6°C. Pas un nuage à l’horizon, il va cailler cette nuit.

Pour installer le bivouac, il n’y a pas d’endroit un peu caché. En même temps, à pars le camion, je n’ai croisé qu’une voiture depuis que j’ai quitté l’école, je ne risque donc pas trop d’être dérangé. Je m’installe donc à côté du col. Il fait bien froid, c’est l’occasion d’inaugurer mes nouveaux gants et mon bonnet.

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J62 – Mardi 1er Septembre
30km ; D+ : 650m ; D- : 400m

Ce matin, pour bien commencer la journée, je me rends compte que mon pneu avant est à plat. C’est seulement ma 2ème crevaison depuis le départ. Malgré le vent qui à souffler toute la nuit et qui est encore fort, je démonte donc ma roue à la recherche du trou. 1h plus tard, la roue est remontée, mais je n’ai pas trouvé le trou …

A cette altitude, les paysages sont vraiment incroyables. Les montagnes ne sont pas si hautes, « seulement » 4300 à 4500m à vue de nez. En pédalant entre 4000 et 4200m, on a donc l’impression de pédaler quasiment au sommet du massif, c’est vraiment une sensation unique (et étrange). Niveau végétation, c’est assez limité : en gros, c’est de l’herbe ou rien.

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Après une quinzaine de kilomètres, mon pneu avant est de nouveau à plat. Cette fois, je suis sûr qu’il y a bien un trou, mais ne l’ayant pas trouvé ce matin, je regonfle et repars, vu mon rythme actuel, gonfler tous les 15km ne devrait pas être trop contraignant en attendant de retrouver la civilisation et de pouvoir chercher un peu plus minutieusement.

Je passe ainsi ma journée à pédaler entre 4000 et 4200m d’altitude. C’est assez sympa et je passe même par des sites historiques en pédalant à l’emplacement de la Qhapac Ñan, le chemin de l’Inca, qui va de l’Équateur jusqu’en Argentine.

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Je n’ai croisé quasiment personne de la journée, en dehors de 4 types un peu louches qui avaient l’air de « fouiller » la montagne, au bord de la route, à coup d’explosif (ils ont quand même attendu que je sois passé pour déclencher l’explosion). Et au loin, j’ai aussi vu 2 bergers. Ici, il n’y a personne pour garder les moutons, les vaches ou les chèvres. Par contre, pour les lamas (ou les alpagas, de loin, j’ai pas bien vu), là, t’as un berger et 3 à 5 chiens, relativement féroces. Si le 1er berger a rappelé les chiens, les 2nd n’en avait visiblement pas grand-chose à faire et semblait intrigué par le spectacle. J’ai quand même réussi à passer sans dommage.

Pour revenir rapidement sur cet épisode canin, les chiens au Pérou ont un comportement totalement différent des chiens équatoriens. Ici, le chien aboie, commence à te courser, mais si tu t’arrêtes, il prend peur et fait demi-tour aussi sec. Évidemment, ça ne marche pas pour les chiens de berger…

L’intersection qui devait me permettre de redescendre dans la vallée n’arrive pas. J’aurais dû changer de route vers le kilomètre 48 et je ne croise une intersection que 15km plus loin. Il est 19h, il fait nuit et froid, mais j’étais décidé à avancer le plus possible car la route est encore longue pour arriver à Huaraz. De toute façon, mes possibilités étaient relativement limitées : à cette altitude, je n’ai croisé aucun cour d’eau ayant une eau relativement claire et personne pour m’en fournir. Ayant vu ma réserve se vider, j’ai donc limité ma consommation, mais il ne me reste qu’1/2 litre pour finir la journée, passer la nuit et trouver de l’eau demain. Autant dire qu’avec ça, la soupe et les pâtes, c’est mort. Je dîne donc de biscuits et décide de garder le 1/2 litre pour demain.

Arrivé à l’intersection pour redescendre, il fait nuit noire et je décide de planter la tente à côté du carrefour, histoire de voir demain matin, à la lumière du jour, si c’est la bonne route. Je suis à 4200m, et c’est mon bivouac le plus haut jusqu’à aujourd’hui.

 

 

J63 – Mercredi 2 Septembre
40km ; D+ : 250m ; D- 1700m

Après une nuit difficile (vent et altitude), je me lève vers 7h du matin. Les nuages masquent le soleil. A plus cette altitude, il ne fait que 2°C. Le vent, qui aura soufflé fort toute la nuit, n’aide pas et la température ressentie est probablement négative. Heureusement, dans mon duvet, je ne m’étais pas rendu compte du froid extérieur et je n’ai pas eu froid.

Replier la tente avec ce vent n’est pas simple, mais après tout, c’est que de la toile !

Prêt à repartir, il s’agit désormais de savoir par où aller. Et là, surprise, j’étais censé prendre la route n°943, et l’intersection où je me suis arrêté pour dormir indique route n°118. C’est bien, elle m’amène sur la route que je souhaite rejoindre, mais par contre, pas trace de la route n°943 qui aurait dû être 15km plus tôt. J’ai dû la rater.

Bref, je prends donc cette route n°118, qui me fera grimper à un peu plus de 4230m, avant de redescendre dans la vallée. Et là, c’est l’anarchie, je me retrouve plusieurs fois devant des intersections, sans savoir par où aller. Le risque est minime, du moment que la route descend, je finirais forcément par arriver à l’endroit voulu, mais il s’agit de trouver la route la plus praticable et si possible la plus courte.

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Mon instinct n’a probablement pas été le meilleur conseiller aujourd’hui. J’ai passé une vingtaine de kilomètres sur des chemins qui n’existent pas sur la carte et au final, entre Huamachuco et Mollepata où je passe la nuit, j’ai fait un détour de 16 km (de piste bien évidemment)

Peu après le début de la descente, je trouve une rivière. Formidable, je vais pouvoir faire le plein d’eau et mettre fin au régime forcé que je subie depuis bien trop longtemps. En théorie, j’évite de boire l’eau lorsqu’il y a une présence animale aux environs. Là, j’ai croisé des vaches et il y a du crottin de cheval pas loin, mais bon, à 4000m, j’espère que l’eau est relativement potable, et au pire j’ai du smecta ^^

La piste alterne le correct et le pire, et ma progression est lente. Je crois que c’est la première fois que je suis obligé de pousser le vélo en descente tellement la piste est impraticable. Soudain, à une intersection, un camion. C’est le premier véhicule que je croise depuis le camion de lundi soir. Y’a vraiment pas grand monde dans ce coin !

En fin de descente, je me trompe une nouvelle fois de route, traverse une carrière de craie et une plantation d’Eucalyptus. La piste est cependant meilleure et j’accélère un peu l’allure. Erreur ! Je fête donc mes 2 mois de voyage par ma première chute à vélo … Au final, pas grand-chose à déplorer, si ce n’est une égratignure au coude et probablement un bon bleu sur la cuisse. Le plus gênant, c’est que dans la chute, j’ai cassé l’attache du compteur. Actuellement, il pendouille donc, simplement accroché au fil qui le relie au détecteur situé à côté de la roue. Il fonctionne toujours très bien, mais ce n’est clairement pas pérenne et il va falloir que je trouve une réparation à la péruvienne (c’est à dire avec 2 bouts de ficelle et du scotch) pour qu’il tienne encore quelques milliers de kilomètres.

En début d’après-midi, je retrouve enfin la route. Enfin, la route, c’est vite dit. Il s’agit de la route n°3, celle qui traverse tout le pays du Nord au Sud par la montagne, c’est donc quand même un axe routier relativement important et on s’attendrait à un beau revêtement tout lisse, pour le bonheur des cyclistes. Et bah non, ici, on est toujours sur de la piste. Comme elle est un peu plus emprunté, pas de caillasse, juste de la terre, sauf que dans les virages, ça fait des petits tas et ce n’est pas très stable. Je ne dépasse donc pas les 20km/h, ce qui est néanmoins assez appréciable, vu la qualité de la piste de ces derniers jours.

Quelques kilomètres plus loin, me voici à Mollebamba. Il est 14h et plus que temps de manger. Je me trouve un petit resto, et là, chance, je me retrouve avec une énorme assiette. Et aujourd’hui, il n’y a pas les 3 minuscules morceaux de salade habituels, mais des carottes, des petits pois, et on me propose même une assiette de salade en plus. Je ne suis pas un grand fan de salade, mais vu qu’ici les légumes sont plutôt rares, j’accepte avec un plaisir non dissimulé.

A 15h, je suis prêt à repartir. Je vais m’avancer d’une dizaine de kilomètres et passer la nuit à Mollepata. Aujourd’hui, je suis passé de 4200m à 2650. Demain, je redescends à 2100m pour traverser un rio et ensuite remonte à 3100 pour passer un col et redescendre dans la vallée suivante. Après 2 nuits difficiles, je n’ai pas trop envie de camper ce soir et m’arrête donc dans ce qui semble être le dernier village avant de remonter. Les 10km de descente entre Mollebamba et Mollepata sont du pur bonheur : 10km à avancer sans pédaler (ou presque), en plus après 83km de piste, j’ai enfin retrouvé une vraie route 🙂
J’espère qu’elle continue encore longtemps.

Comme je suis arrivé relativement tôt à Mollepata, je profite du jour pour nettoyer un peu le vélo, plein de terre et trouver le mini-trou dans ma chambre à air avant. Je m’aperçois au passage que le vélo a un peu subit durant ces 3 jours de pistes déglinguées et les 2 roues ont pris un très léger voile. Je profiterais donc de mon passage à Huaraz pour les faire dévoiler.

Ça ne vous intéresse probablement pas trop, mais comme c’est mon quotidien, je vous mets quand même quelques photos des différents types de pistes que j’ai pu croiser ces derniers jours.

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Au final, l’état de la piste rivalise sans peine avec les pistes équatoriennes, je n’ai parcourus qu’environ 30km par jours. En plus, avec le vent et la fraîcheur je ne me suis pas assez méfié du soleil et je repars très probablement avec un coup de soleil sur le visage, mais par contre, je ne regrette pas d’être passé par ici. Les paysages sont vraiment fous. J’aurais juste préféré faire ce trajet en 2 jours au lieu de 3.

3 Responses

  1. Philippe Paumelle

    Tu as tords de négliger le pliage de la tente! même si ce n’est que de la toile 😉

  2. Ingrid Lezama

    Hola ! Aunque me costó entender lo que me tradujo el « google traductor » 😛 , me enteré que ya pasaste la Sierra de La Libertad (Huamachuco) y vas camino a Huaraz , mucho cuidado con las caídas ^_^ , ya te acostumbrarás a los caminos peruanos.
    Tomaste hermosas fotografías, no recordaba Huamachuco, fui cuando era muy pequeña espero hayas pasado por « El Agua de los Pajaritos », allí encuentras agua helada y cristalina del nevado Huaylillas, sigue adelante y buen viaje 😀

  3. Christine TETREL

    Ce n’est que de la toile ! le mot culte est lancé. Toutes ces photos nous dépaysent.

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