De Andahuaylas à Abancay

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J89 – Lundi 28 Septembre
60km ; D+:1300m ; D- : 600m

Après 1 semaine sans vélo, c’est reparti. Au programme 150km pour aller d’Andahuaylas à Abancay, dernière étape avant Cusco, le Machu Picchu et l’Altiplano péruvien. J’avais initialement prévu 3 jours pour ce trajet, mais le relief étant relativement clément, j’ai bien envie de le tenter en 2 jours.

Pour le premier jour, c’est déjà mal parti car je prends le départ à 11h pour attaquer directement la difficulté de la journée : monter de 2900m d’altitude jusqu’au col à 4100m. Pour se remettre en jambe, on fait plus soft.

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Les 150 premiers mètres passent bien et ensuite c’est la lutte. Dommage, il reste encore 1000m. Faut dire que je n’ai pas trouvé de resto ouvert ce matin, donc je n’ai rien mangé. 1 banane et quelques petits pains feront l’affaire. Vers 13h30, je trouve un petit resto au bord de la route et repars sur les chapeaux de roues (enfin tout est relatif).

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Après avoir parcourus 20km, je me rends bien compte que je ne vais pas assez vite et que je vais finir de nuit, mais je termine quand même la route sur 2 roues.

Les derniers kilomètres de montée se font dans le brouillard, une vraie purée de pois. Depuis la route à flanc de montagne, je ne vois que le flanc de la montagne et la route sur environ 20m. Le reste est tout blanc, dommage pour le paysage.

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Pour une raison inconnue, alors que je monte habituellement à environ 8km/h, les 100 derniers mètres d’ascension se feront à plus de 20km/h. A croire que l’approche du col me donne des ailes. J’atteins le col vers 17h30. Entre le brouillard et la lumière qui baisse, l’ambiance est un peu inquiétante. En plus, on se les gèle, il ne fait pas plus de 5°C, je suis donc tout emmitouflé dans mes vêtements.

D’habitude, en descendant, je retrouve la chaleur. A cette heure-ci, il n’y a plus soleil, donc plus de chaleur et je descends dans le froid. Le début de la descente est agréable : peu de brouillard de ce côté du col, des sapins (ça change des eucalyptus) et un jolie route sinueuse en faux-plat descendant, il manquerait plus qu’un peu de neige pour vraiment être à la montagne.

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A 35km/h, les kilomètres défilent enfin. Vu l’heure, je revois l’objectif à la baisse pour atteindre Kishara, petite ville à 25km du col. Je crois quelques hameaux en cours de route. Le seul problème avec ces hameaux c’est qu’ils sont généralement au creux de la montagne. Du coup, tu descends pour y arriver, puis tu remontes pour repartir, contourner la montagne et redescendre ensuite vers le suivant. La première montée passe facilement : avec l’élan, je force un peu et maintien une vitesse supérieure à 20km/h. La 2ème montée, je me dis que c’est bientôt la fin et mets les dernières forces dans la bataille. La 3ème montée, ça commence à bien faire, normalement, c’était que de la descente.

Je finis par arriver à Kishara 1h plus tard, vers 18h30, dans le noir complet (heureusement, mon éclairage est performant). Si je veux finir la route demain, il va falloir se lever de bonne heure, mais rien d’impossible. En théorie, il me reste 90km, mais seulement 30km de montée pour 1200m de dénivelé positif, soit à peu près autant qu’aujourd’hui. Le reste, normalement, c’est de la descente. Normalement … et puis sinon, c’est pas grave, j’arriverais mercredi. En discutant avec un épicier à Kishara, j’apprends que 2 français à vélo sont passés ici la semaine dernière.

Il y a quelques temps, j’avais écrit que parfois, je ne comprenais rien à ce que les gens me racontaient. Au début, je pensais qu’il avait un bon accent de la montagne et du centre du pays, mais finalement, il n’en est rien. C’est juste qu’ici tout le monde est bilingue espagnol / quechua. Du coup, c’est un peu comme les Corses. Ils parlent corse entre eux et parlent espagnol avec les autres. Ici aussi, ils connaissent tous les chemins de leur pays et ici aussi, ils ont un petit surnom pour les étrangers. En Corse, t’es un pinzut, au Pérou, t’es un gringo.

D’ailleurs aujourd’hui, c’était un peu bizarre. D’habitude, on m’appelle gringo, certes c’est un peu (voire franchement) raciste, mais je sens que pour eux, ce n’est pas méchant. Je dis que c’est raciste parce qu’au Pérou, une partie de la population est un peu lobotomisée par la télévision où il passe beaucoup de films américains. Du coup, quand t’es blanc, t’es forcément un américain, tu parles anglais et t’as des dollars. Et si t’es asiatique, on s’en fout d’où tu viens, t’es un chinois. Bref, ça m’agace. Pour le moment, je prends sur moi, mais je pense qu’il y en a un qui va finir par en faire les frais. Mais pour en revenir à la bizarrerie du jour, d’habitude, tu sens qu’on t’appelle gringo, mais que c’est pas méchant. Aujourd’hui, c’était un peu différent, c’était pas méchant, mais c’était différent. Les gamins se mettaient à hurler « gringoooo » pour avertir toute la population du coin, histoire que tout le monde sache bien que t’es là. Je ne savais pas trop si je devais m’identifier au mec bourré de Coluche, attrapé par le policier qui est très fier d’avoir trouvé quelqu’un de plus bourré que lui ou si je devais m’identifier à un juif, dénoncé au milieu des SS. Bon j’avoue, la comparaison est un peu osée, puisque finalement, ils semblaient plutôt pacifiques, mais c’était quand même bizarre.

 

 

J90 – Mardi 29 Septembre
85km ; D+ : 850m ; D- : 2500m

Départ à 9h, je suis presque matinal ^^
Pour commencer la journée, je finis la descente d’hier : 28km pour passer de 3700m d’altitude à 3000m. Ça aurait pu n’être qu’une simple formalité, mais comme hier soir, ça descend très lentement. A force de descendre 40m pour en remonter 30, je ne suis descendu que de 100m durant les 15 premiers kilomètres … mais après un semblant de col vers 3550m, je descends enfin pour de vrai et arrive dans la petite ville de Huancarama. Il ne doit y avoir que 5000 habitants ici, mais pas de complexe d’infériorité, eux aussi ont leur Christ Rédempteur (il est juste un peu plus petit qu’à Rio de Janeiro).

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Je profite de ce passage dans une ville pour manger, même s’il est à peine 11h du matin. Ensuite, c’est reparti pour une petite ascension, 10km pour monter de 400m. Par ici, je retrouve de hautes montagnes en toile de fond, à vue de nez, on atteint bien les 5000m, voire un peu plus.

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Je profite de cette petite ascension pour faire un petit détour par la Californie et Los Angeles, mais je n’ai pas croisé Schwarzenegger. Au bout de 2h, je suis au col, prêt à redescendre.

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Depuis hier, je vois de nombreuses maisons avec des sortes de girouettes sur le toit. Parfois, il y en a 1, 2 ou 3, et parfois pas du tout. Il semblerait que ça soit pour protéger la maison.

Il me reste encore 50km à parcourir, dont 20km de montée et il est déjà 13h. Assez rapidement, j’ai la ville d’Abancay en vue, c’est d’ailleurs l’une des premières fois que je vois mon objectif d’aussi loin. Pour y aller, ce n’est pas très compliqué, il n’y a qu’une route : je suis en haut, à 3400m, au fond de la vallée, à 1800m, il y a une rivière à traverser et de l’autre côté, à 2400m, il y a le centre d’Abancay.

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J’ai bien arrêté une moto pour lui demander si la petite route en terre partant sur la gauche n’allait pas à Abancay, mais la réponse est non. La seule route, c’est de descendre pour remonter. Dommage… Je poursuis donc la descente, refais le plein d’eau en cours de route, traverse la rivière et c’est parti pour remonter. En bas de la côté, il est déjà 15h, il fait très chaud et j’ai déjà 70km dans les jambes, bref, je ne suis pas très courageux. Après 8km de montée, je me décide à pousser le vélo. De toute façon, il n’est pas si tard que ça, même en poussant les 12 derniers kilomètres, j’arriverais de jour.

Il ne sera pas nécessaire d’en arriver là : au bout de 2 ou 3km, un pick-up s’arrête à côté de moi et me demande si je vais à Abancay. A priori oui ! Le type a l’air sympa, j’embarque donc dans le pickup. Un petit détour par une usine de gravats pour récupérer 3 gars et ensuite direction le centre-ville. Habituellement, j’évite de demander de l’aide pour avancer, mais quand l’aide se propose d’elle-même, ça serait mal venu de refuser (sauf si le type n’a pas un bon feeling). Mes 4 co-voitureurs sont bien sympathiques. On papote pendant quelques minutes, le temps de rejoindre le centre-ville. Eux vont chercher un moteur pour réparer l’un de leurs véhicules.

Maintenant que je suis arrivé, je peux vous le dire, le gouvernement français déconseille formellement de passer ici, sauf raison impérative car ça serait un lieu de transit pour certaines activités criminelles (sous-entendu, le sentier lumineux). Rassurez-vous, tout va bien. La ville n’est ni plus jolie ni plus moche qu’une autre, les péruviens n’y sont pas plus méchants, bref, c’est une ville normale. Enfin bon, je ne vais pas crier victoire trop vite, je n’en suis pas encore reparti, mais étant donné que je reste sur l’une des routes principales du pays, le sentier lumineux serait quand même gonflé de se pointer ^^

 

 

J91 – Mercredi 30 Septembre

Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose d’actif au programme, l’idée est de se reposer. J’en profite pour préparer mon itinéraire pour aller à Cusco, ainsi que le trek que je ferais dans la région. Le plus connu : le Trek de l’Inca pour monter au Machu Picchu est une véritable usine à touriste et coûte une fortune, je décide donc de l’éviter pour privilégier plutôt le Trek du Choquequirao, une autre cité Inca, découverte plus récemment et encore assez peu explorée. Et surtout, elle se situe à 2 jours de marche du premier village, autant dire que si le gouvernement péruvien à limiter à 2500 personnes par jour l’accès au Machu Picchu, ici il n’y a aucune limite et il n’y a jamais plus de 20 ou 30 personnes par jours. Et si j’ai la forme, 5 ou 6 jours de marche supplémentaire permettent de rejoindre le Machu Picchu et comme ce n’est pas le trek officiel, c’est gratuit 🙂
Enfin, faut quand même payer l’entrée au Machu Picchu, pour la modique somme de 60 à 70 US Dollars, soit environ 200 Soles, ce qui est déjà assez énorme quand on sait qu’au Pérou, tu manges pour 5 Soles et tu dors à l’hôtel pour 20 Soles. Mais bon, c’est probablement le site touristique le plus visité du Pérou et sans l’un des vestiges Incas les plus impressionnants au monde, je ne vais pas passer à côté sans aller le voir.

J’ai aussi passé une partie de ma journée à chercher un réveil. En effet, avant j’avais un altimètre qui faisait aussi horloge et réveil, mais je l’ai perdu en allant à la Nevada Huaytapallana il y a 2 semaines (probablement dans l’un de mes nombreux transports). Du coup, quand je dors à l’hôtel, je peux brancher le téléphone, mais sinon, c’est quand même pas très pratique d’avoir un téléphone uniquement pour l’allumer la nuit histoire d’avoir un réveil le matin. Bref, je pars en quête et la quête ne fut pas simple ! D’abord ce n’est pas facile de trouver un réveil ici. Ensuite j’ai réussi à en trouver un qui était environ aussi gros qu’une brique. Sur une table de nuit, ce n’est pas forcément gênant, mais dans des sacoches de vélo c’est quand même beaucoup moins pratique. On m’en a aussi proposé un plus petit, mais rose et en forme de château de princesse Disney. N’étant pas encore assez désespéré, j’ai préféré refuser. La 3ème proposition fut le réveil matin tout gros et tout lourd avec 2 sonnettes dessus. C’est pareil, c’est sympa, un petit look vintage, mais à vélo, c’est quand pas hyper pratique. Bref, cette fois je commençais vraiment à désespérer. Heureusement, j’ai fini par trouver la perle rare, ou plutôt un truc moins pire. Je passe devant une boutique avec un peu de tout (ici ça s’appelle un bazar) et y voit quelques horloges. Je m’approche et trouve quelques gros réveils. Je demande au gérant : rien d’autres. Par acquis de conscience, je vérifie quand même et tombe sur une petite horloge électronique qui fait aussi réveil : victoire. J’en profite au passage pour expliquer au gérant que c’est bien un réveil (ça pourra toujours servir aux suivants). Le seul truc chiant, c’est que c’est une horloge qui parle … on verra bien à l’usage.

4 Responses

  1. Philippe Paumelle

    Pour le futur j’aurais pris le réveil château de princesse rose. C’était drôle…

  2. Philippe Paumelle

    Pour le fun j’aurais pris le réveil château de princesse rose. C’était drôle…

  3. Jacqueline REY

    Après le périple de Florent au Canada, c’est un plaisir de te suivre dans le tien. Un petit moment de dépaysement avant d’attaquer la journée de boulot, ça fait du bien. Merci à toi, et bon courage pour la suite. Jacqueline, maman de Florent REY.

  4. Ola Camille ! Je viens de découvrir ton blog grâce à Florent, super ton projet 🙂 Je suis à Cuzco jusqu’à dimanche prochain, si tu es dans le coin on pourrait se retrouver pour boire un verre ! On pourra discuter du trek Choquequirao – Machu Pichu, on a terminé il y a 2 jours 🙂

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