Carretera Austral – Partie 3 : Coyhaique Cochrane

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J202 – Lundi 8 Février
55km ; D+ : 1650m ; D- : 1100m

Pas couché plus tôt qu’hier, pas levé plus tôt qu’hier. Je pars de chez Javiera vers 10h30. Le temps de faire 1 ou 2 courses et de chercher un hébergement Couch-surfing à Cochrane, dans un peu plus de 300km et je pars vers midi, après avoir rencontré par hasard André dans la rue, visiblement arrivé la veille.

Comme samedi, la route est essentiellement jalonnée de champs et de prairies, ce qui n’est pas ma grande passion, mais j’ai quand même eu droit à quelques jolis paysages.

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S’il a fait très beau hier, il a plu cette nuit et j’ai eu le droit de rouler 1 ou 2h sous une bonne pluie cet après-midi. Heureusement, le soleil revient et j’ai le temps de sécher, ce qui m’évitera de remettre des fringues mouillées demain.

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A 16h, je m’arrête pour une petite pause. Je suis un peu décourager car je n’ai pas encore passé le petit bled de Rio Blanco qui n’est pourtant qu’à 35km de Coyhaique et j’ai l’impression de ne pas avancer. Et puis finalement, je me rends compte que j’ai tout de même parcourus 52km et que je n’ai juste pas vu Rio Blanco. La route monte doucement depuis un bon moment et je suis déjà montée de plusieurs centaines de mètres. Je décide de rouler encore un peu et m’arrête quelques kilomètres plus loin. Le spot est pas mal et je me garde la fin de la montée (ainsi que la descente) pour demain.

 

 

J203 – Mardi 9 Février
64km ; D+ : 860m ; D- : 1420m

Comme il n’y a pas de rivières au niveau de mon campement, je vis sur mes réserves en eau. Pas de problème pour manger hier soir et ce matin, mais je pars avec de bien maigres réserves, à savoir un simple fond de gourde. Heureusement, je sais qu’il y a une rivière dans quelques kilomètres.

Je poursuis donc ma route, et en l’occurrence mon ascension. Un peu plus bas que prévu, la route commence à descendre, pour ma plus grande satisfaction. Je descends ainsi de 250m pour finalement remonter, cette fois-ci à l’altitude prévue.

Depuis le col, la vue est superbe. Je peux voir un large panorama de la vallée, ainsi que le Cerro Castillo, montagne déchiquetées qui trône et domine le paysage. Ensuite, c’est vraiment parti pour la descente : 700 à 800m de dénivelé négatif pour arriver dans le village de Cerro Castillo. Je mange sur la place, avec vue sur la montagne, ces neiges éternelles et son glacier.

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Cerro Castillo marque la fin de l’asphalte, que je ne devrais retrouver qu’en Argentine, dans quelques centaines de kilomètres. Sur la portion qui suit le village, la route est en travaux. Je roule ainsi dans la terre, la caillasse et la poussière en naviguant entre les camions benne qui font des allers retours, chargés de gravats. Au bout de quelques kilomètres, la circulation est bloquée à cause des travaux. L’ouvrier de chantier qui fait la circulation est très sympa. Il m’indique qu’il va tout de même falloir attendre 1h. On discute une bonne demi-heure pendant laquelle retenti une grosse explosion suivi d’un bon gros nuage de poussières. Ici aussi, comme au Pérou et en Bolivie, les routes sont tracées à coups d’explosifs. Assez rapidement, le balai des camions benne reprend et au bout d’1h, comme prévu, la voie est libre et je reprends ma route.

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La piste grimpe un peu et 30min plus tard, me voici de nouveau arrêté. L’ouvrier est nettement moins agréable et m’indique 20 minutes d’attente. Au bout de 30min, un autre ouvrier vient me dire qu’il va finalement falloir attendre 1h de plus, jusqu’à 18h. Super ! Je suis ravi de perdre mon temps ici et ne manque pas de lui faire savoir. J’ai bien été tenté de planter la tente ici, mais j’ai envie d’avancer et de me sortir de ces travaux.

18h15, la piste s’ouvre enfin … 5min plus tard, je suis de nouveau arrêté. La dame qui fait la circulation semble bien plus aimable que son prédécesseur je tente donc de l’amadouer en lui disant sur le ton de l’humour que je viens déjà d’attendre tout l’après-midi et que je ne suis plus à 2min près. Banco, je peux passer en faisant attention. 5 min plus tard, je suis encore stoppé. Je retente la même stratégie, sans succès cette fois. Heureusement pour moi, un pickup d’ouvriers arrive 2 minutes après moi, et comme par hasard, c’est justement à ce moment-là que la route s’ouvre.

Je profite ensuite d’un pont pour refaire le plein d’eau dans la rivière. Si les paysages de ces derniers jours étaient un peu moins bien, je viens en revanche d’arriver dans une nouvelle vallée vraiment superbe.

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J204 – Mercredi 10 Février
60km ; D+ : 700m ; D- : 750m

Ce matin, je me lève sous un grand soleil. Pas un nuage à l’horizon et pas un ne se pointera de toute la journée.

A peine parti, me voici une nouvelle fois arrêté par les travaux. Je resterais une petite demi-heure à poireauter avant d’avoir enfin le feu vert. Quelques kilomètres plus loin, je quitte enfin les travaux et ne devrait pas les retrouver avant d’arriver en Argentine. Place désormais à la Carretera Austral, la « vraie », ni rénovée, ni en travaux. Le revêtement ressemble à un vieux béton grossier tout usé, mais il ne s’agit en fait que de couches superposées de terre et de gravier, usées par les années. Je retrouve ainsi les calaminas et les graviers, mais ça ne roule pas si mal. Il y a quand même quelques pentes vraiment pentues, genre 15 ou 20 %, heureusement jamais très longues.

Niveau paysage, je reste sur la lancée d’hier soir. Je continu d’évoluer dans cette nature retrouvée qui avait été mis partiellement entre parenthèses aux environ de Coyhaique. Je retrouve ainsi les forêts, les rivières, les lacs … Il y a tout de même quelques ombres au tableau. Tout d’abord les taons, qui refont leur apparition. Ils ne sont pas bien vifs ce qui me permet d’en zigouiller 5 ou 6 à chaque pause pour être à peu près tranquille. Et puis il y a les véhicules. La piste étant assez roulante, les voitures, bus et camions roulent assez vites et soulèvent des nuages de poussières sur leur passage. Je n’y vois plus grand-chose et surtout, je ne suis plus vu. Je roule donc avec mes phares en plein jour !

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En fin d’après-midi, je profite de quelques kilomètres de plat pour accélérer le rythme et faire quelques kilomètres supplémentaires. Je devrais ainsi arriver à Puerto Tranquilo demain, en début d’après-midi pour me reposer un peu et faire quelques courses avant de reprendre la route le lendemain pour rejoindre Cochrane.

 

 

J205 – Jeudi 11 Février
41km ; D+ : 620m ; D- : 650m

Dernière ligne droite avant Puerto Tranquilo. Les premiers kilomètres sont dans la continuité des derniers d’hier, c’est-à-dire faciles. Mais ça ne dure pas bien longtemps. Rapidement, le dénivelé arrive et là c’est presque le grand n’importe quoi, avec des pentes de fous furieux. Il y en avait une tellement inclinée que lors de la construction, ils l’ont pavé pour que les véhicules puissent grimper.

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Tout cela est bien fatiguant et vers 13h30, je m’apprête à m’arrêter pour manger, quand je me rends compte qu’il ne me reste plus que 5km à parcourir avant d’arriver à destination.

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La route pour Puerto Tranquilo n’est pas trop « tranquilo » mais je finis par y arriver. J’achète du pain, fais un petit tour des campings du village et m’installe. C’est le milieu de l’après-midi et les campings sont déjà bien pleins. Le wifi est pris d’assaut et est globalement inutilisable. Je glande donc une bonne partie de l’après-midi.

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Puerto Tranquilo est un petit village quasi-exclusivement tourné vers le tourisme grâce aux 2 grandes attractions du coin : une grotte de marbre accessible par bateau et la possibilité de randonner sur un glacier. Comme le village ne vit globalement que de ça, tout est horriblement cher.

En fin d’après-midi, c’est l’anarchie. Une vague de campeurs bruyants débarque et c’est quasiment la foire d’empoigne pour chopper une prise électrique, une place pour s’assoir ou encore pour aller aux toilettes. Je me réfugie donc dans ma tanière, à savoir ma tente.

 

 

J206 – Vendredi 12 Février
56km ; D+ : 710m ; D- : 860m

Aujourd’hui, départ bien tardif car je profite du départ de tous les backpackers auto-stoppeurs pour utiliser le wifi. C’est l’avantage du vélo : c’est fatigant, mais tu es autonome et libre de partir 2h plus tard si tu en as envie. Je découvre ainsi que pour l’instant, je n’ai personne pour m’héberger à Cochrane. J’irai donc sans doute dans un camping car ensuite, c’est la dernière ligne droite : 4 jours sans le moindre village pour arriver à Villa O’Higgins, fin de la Carretera Austral.

Je découvre aussi que mon pote Guigui est papa. C’est fou hein ?! J’en profite aussi pour faire le tour de l’actualité et voir notamment qu’il y avait plus de 75% d’absent à l’assemblée nationale pour voter la modification de la constitution … bref un bel exemple de démocratie.

C’est ainsi que je pars vers 11h. Rapidement, il commence à pleuvoir légèrement, puis plus fort alors que la route continue à faire des petites bosses à 20%. C’est pas trop la joie. Heureusement, il reste les paysages. Même avec la pluie et les nuages ça reste beau. Disons que c’est un charme différent.

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Après 25km de galères, la route devient plus droite, plus roulante et les kilomètres défilent, même s’il pleut toujours autant.

En fin d’après-midi, la pluie s’arrête, mais le relief reprend. Après avoir longé toute la journée le Lago General Carrera et ses eaux bleues azur un peu laiteuses, je passe à côté du Lago Negro, aux eaux bleues bien plus sombres et arrive finalement sur les rives du Lago Bertrand qui offre, lui, des eaux bleues turquoise. Le paysage est magnifique. En toile de fond de ces eaux à la pureté incroyable se déploie une chaine de montagnes enneigées qui émerge au milieu des nuages.

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Le Lago General Carrera marque à cet endroit la frontière entre le Chili et l’Argentine. En Argentine, ce lac s’appelle d’ailleurs Lago Buenos Aires. C’est le 2ème plus grand lac d’Amérique du Sud après le Lac Titicaca. Sa superficie de 1850m2 est comparable à celle de l’Essonne et au plus profond, le Lago General Carrera atteint tout de même les 590m.

Je m’installe pour la nuit sur une plage et fait la connaissance d’un couple de français qui voyagent en combi et fait quelques tentatives de pêche infructueuse. Ils remontent vers le Nord et m’informent que la météo prévoit encore 3 jours de pluie à venir. Super …

 

 

J207 – Samedi 13 Février
59km ; D+ : 1200m ; D- : 1300m

Je me lève sous un temps mitigé, mais au moins il ne pleut pas. Je replis mon bazar, papote avec un couple de chilien de passage sur la plage et prends la route.

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Celle-ci ne sera qu’une longue succession de montés et de descentes, tout aussi pentues qu’hier, mais plus longues et sans les quelques kilomètres de plat dont j’avais pu bénéficier. Il tombera bien quelques gouttes, mais j’arriverais globalement à passer à travers.

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Les paysages sont sympas, le relief est plus marqué qu’hier et au milieu coule le Rio Baker. Le Rio Baker est la rivière la plus puissante du Chili, avec un débit de 900 m3/s.

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J’arrive enfin à Cochrane vers 17h30. Le 1er camping est plein, le 2nd aussi mais je peux quand même m’y installer … ainsi que toutes les personnes qui suivront. C’est ainsi que nous finirons à plus de 40 tentes pour 2 toilettes (incluant la douche). Autant dire qu’il vaut mieux ne pas être pressé pour aller pisser.

Je profite de la fin de l’après-midi pour faire quelques courses en vue des 4 jours de vélo à venir. Ici tout est vraiment cher. On sent qu’on commence à être loin de tout.

Si je pars demain pour Villa O’Higgins, j’y arriverais mercredi soir. Or les bateaux partent théoriquement les lundis, mercredis et samedi soir. Je n’aurais donc pas celui de mercredi et vais devoir attendre samedi. Comme le camping ici est pas mal et que la connexion internet est très correcte, je décide donc de rester une journée ici.

 

 

J208 – Dimanche 14 Février

Aujourd’hui, je reste donc à Cochrane et partirais donc demain. Manque de chance, il fait super beau et ça aurait été une belle journée pour pédaler. Mais le bateau ne partant que samedi, autant se reposer une journée avant de repartir.

Aujourd’hui, je me suis aussi rendu compte que les cyclistes sont vraiment des gros galériens :
– Les auto-stoppeurs quittent le camping dans la matinée (généralement à une heure plutôt avancée), attendent sur le bord de la route qu’un conducteur s’arrête, se font transporter pendant 1h ou 2 et s’arrêtent dans un autre camping.
– Les motos partent vers 11h à grands coups de klaxon, roulent 100 ou 200km (dans des conditions pas toujours faciles il faut bien le reconnaître) et s’arrêtent dans un autre camping.
– Enfin, les vélos sont globalement les seuls à se lever de bonne heure, à galérer dans les montés et à planter la tente au milieu de nulle part, sans eau ni électricité parce que la ville suivante est trop loin.
Bref, je suis un galérien, mais j’aime bien ça quand même 🙂

Mis à part ça, j’ai un peu pensé à vous en avançant la mise à jour du blog et la journée n’a pas été beaucoup plus productive que cela.

Par contre, figurez-vous qu’à Cochrane, la quasi-totalité des arbres qui bordent les avenues sont des arbres fruitiers. On y trouve ainsi des pommes, des poires, des cerises, des prunes … C’est en accès libre et gratuit, comme les Incroyables Comestibles. Et ce n’est pas la razzia. Tout le monde ne se jette pas dessus comme la pauvreté sur le monde, pour tout prendre égoïstement et ne rien laisser aux autres. Il y en a tellement que les gens se servent pour la consommation du jour et reviennent sans doute les jours suivants s’ils en veulent. Ici il y a donc de la bouffe gratuite et en libre-service.

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