Carretera Austral – Partie 1 : Chaíten Puyuhuapi

Classé dans : 4_Chili | 3

J191 – Jeudi 28 Janvier
66km ; 550m D+ ; 330m D-

Nous accostons à Chaíten vers 8h du matin. Il ne fait pas super beau, l’office du tourisme est fermé, la banque aussi. Nous profitons donc d’un petit abri pour prendre notre petit déjeuner devant la banque, puis faire quelques courses et remplir les gourdes et nous partons vers 10h pour donner nos premiers coups de pédales sur la Carretera Austral.

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La Carretera Austral est une route d’environ 1200km, reliant Puerto Montt à Villa O’Higgins. En passant par l’Ile de Chiloé, nous avons donc fait l’impasse sur les 200 premiers kilomètres de cette route mythique. La construction de cette route est à l’initiative du dictateur Augusto Pinochet, en 1975. En effet, les régions du Sud du Chili n’étaient pas desservies par des routes chiliennes et il était impératif de passer par l’Argentine pour s’y rendre par voie terrestre. Les conflits de frontières entre le Chili et l’Argentine étant légion, Pinochet décide donc de lancer la construction de cette route pour relier ces régions reculées et mal desservies. Cette route portera d’ailleurs le nom de « Senda General Pinochet » jusqu’en 1989. Cette route, réalisée par l’armée Chilienne, sera inaugurée en 1986 et Villa O’Higgins (le terminus) est accessible depuis 2000. Le revêtement en ripio d’origine (graviers) est petit à petit remplacer par de l’asphalte. Cette route se termine en cul de sac, à Villa O’Higgins, d’où la seule solution pour continuer est de prendre un bateau pour traverser un lac et arriver en Argentine.

Pour se mettre en jambe doucement, nous commençons par de l’asphalte avec nos premiers paysages de la Carretera Austral : forêts, montagnes, océans …

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Ici les abris bus sont en très beaux et formeront de très bon abri pour manger le midi les jours de pluie. Mais aujourd’hui, le soleil a fini par se pointer, nous mangeons donc au bord d’une rivière, à El Amarillo, mini bled qui s’autoproclame centre du monde ^^
A El Amarillo, il y a aussi une carcasse d’avion. C’est un avion qui a fait un atterrissage d’urgence par ici il y a longtemps et les habitants ont gardé la carcasse et l’expose au bord de la route. Il y a même une famille qui a vécu dedans pendant quelques années, mais la carcasse est aujourd’hui inoccupée.

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Nous poursuivons notre route sur l’asphalte et découvrons les lacs et glaciers, avant de parvenir à une zone de ripio et autre route en travaux. Ça reste plutôt roulant et nous conservons un bon rythme (surtout que nous n’avons pas spécialement beaucoup ou bien dormi cette nuit). Sur cette première moitié de Carretera Austral, il y a pas mal de circulation, même si cela reste très relatif et nous croisons également beaucoup de cyclistes chiliens qui viennent rouler une partie de la Carretera pendant les vacances d’été. Leur équipement est parfois sommaire, à l’image de ce petit groupe de cyclistes roulant avec des bidons à la place des sacoches.

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Sur cette première moitié de Carretera, il est parfois difficile de trouver des spots de camping sauvage. De gigantesques parcelles de plusieurs dizaines de milliers d’hectares ont été distribuées et privatisées, notamment sous la dictature Pinochet. Résultat, les bords de routes sont clôturés et il est compliqué de se trouver un petit carré d’herbe pour planter la tente. Mais plus fort encore, les sites naturels ont également été privatisés, il faut donc payer un droit d’entrée à un type pour aller voir un glacier. Sous Pinochet, tout a tellement été privatisé que les cours d’eau d’une région de Patagonie appartiennent à 96% à un entreprise électrique italienne. Je passe sur les conflits d’intérêt et autre corruption de la politique chilienne, mais cette entreprise italienne souhaite construire de gigantesques barrages sur ces cours d’eau, qui lui appartiennent. La Patagonie est la 3ème région la plus humide du monde et la construction de ces barrages reviendrait à l’assécher et à entrainer la destruction de cette gigantesque forêt primaire. Évidemment, comme en France, les études d’impacts ont été largement bâclées et l’autorisation de construire ont été données. Les autochtones ne sont bien sûr pas d’accord, mais pas du tout soutenu par le gouvernement. S’en sont suivi de nombreuses manifestations et batailles judiciaires et finalement, le projet a été retiré.

 

 

J192 – Vendredi 29 Janvier
60km ; 900m D+ ; 1100m D-

Départ vers 9h30, nous commençons la journée par 5km de grosse montée à quasiment 10% sur une piste assez médiocre, pour parvenir à un col à un peu plus de 600m d’altitude. Ça parait bien évidement assez faible, puisque je ne compte plus le nombre de cols à plus de 4000m que j’ai pu grimper en cours de route, mais ça n’enlève pas grand-chose à la difficulté de l’ascension. Comme hier, nous roulons au milieu de la forêt épaisse, des glaciers, des montagnes enneigées, des rivières et des cascades.

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Après ce col, nous redescendons vers Villa Santa Lucia où nous mangeons. Nous n’avons parcouru que 13km de matin, il ne va pas falloir trainer cet après-midi. Heureusement, à la sortie de Villa Santa Lucia, nous retrouvons l’asphalte, pour une trentaine de kilomètres. Il n’y a que des montées et des descentes et nous sommes bien contents de ne pas rouler sur piste.

Aujourd’hui encore, les nuages sont assez bas, mais nous avons la chance de ne pas rouler sous la pluie. Nous croisons au passage nos premières rivières d’un bleu difficilement descriptible tellement c’est beau. Et puis, ce qui devait arriver, arriva : au détour d’un pont, l’asphalte disparait et laisse place au ripio. Le relief, lui, ne change pas, et dans les montées, les piétons ne sont pas vraiment plus lents que nous.

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Ici encore, peu de lieux pour camper et bientôt la pénurie d’eau commence à pointer le bout de son nez. Mais nous passons à côté d’un grand pont et d’une maison au bord de la rivière. Le propriétaire est un chouette type, il nous laisse descendre jusqu’à la rivière par son jardin pour recharger les gourdes et nous offre un petit coin de son jardin pour camper 🙂

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J193 – Samedi 30 Janvier
65km ; 800m D+ ; 800m D-

Au petit matin, le ciel est bas, très très bas même. En fait, on est en plein brouillard et tout est très humide. Il faut dire que dans cette région, il pleut entre 3,5 et 4m d’eau par an (à titre de comparaison, il pleut environ 0,85 à 0,9 m/an au Havre, et un peu moins à Paris).

Rapidement, le soleil fait son apparition, le brouillard se lève et nous profitons de notre plus belle journée depuis plusieurs jours. Nous passerons notre journée à alterner les montées et les descentes, les routes asphaltées et les routes en ripio … Une belle petite côte en travaux constituera la principale difficulté de la journée car là, les graviers habituels du ripio sont mélangés à un genre de sable en sous-couche de route et le vélo a du mal à accrocher.

Le beau temps nous permet d’apprécier davantage les paysages : les forêts, les montagnes, les glaciers et surtout les rivières dont la couleur bleue varie du turquoise au céleste.

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Lors de notre pause déjeuner, 2 cyclos nous doublent et je retrouve parmi eux Raymond (Raymond, que j’avais rencontré dans le Sud-Lipez et avec qui j’ai traversé le Paso Sico). Il est accompagné d’un autre espagnol qu’il avait rencontré quelques mois plus tôt en Asie.

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Nous faisons plus ou moins route tous ensemble jusqu’à Puyuhuapi, petit village qui annonce fièrement avoir été créé en 1935, un peu comme si c’était super vieux ^^

Je profite de cette journée pour fêter mes 5500km et au passage, mes 1000km de route avec Fabien et Kristell.

3 Responses

  1. Martin josiane

    Bravo. Bonne continuation.

  2. Véronique NATIEZ

    Toujours de magnifiques photos ! Bonne continuation ! Bisous !

  3. Déjà 1000km de rouler ensemble! C’est fou ça! En tout cas, c’était un plaisir de faire ce bout de chemin avec toi 😉
    Bonne route!

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